Athéisme et agnosticisme.

Publié le par Gilles POULET

L'agnosticisme, à la différence de l'athéisme qui nie toute réalité surnaturelle – ce qui est au-delà de la nature ne peut être analysé - et toute forme de divinité, y compris personnelle, se garde bien de trancher et de répondre à la question de Leibniz « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? », en conséquence de quoi, il se réfugie dans la suspension du jugement.

Brève histoire de l'Athéisme.

Depuis Démocrite qui concevait un monde éternel, formé d'atomes qui se combinent au hasard en passant par Épicure, qui le rejoignit sur ce point avec la notion de clinamen – cette infime déviation engendrant un infime changement dans un monde si parfait qui, s'il n'intervenait pas, assurerait la stérilité radicale du monde. Épicure, dis-je, qui pratiqua un athéisme existentiel rejetant la divinité et la crainte qu'elle engendre auprès des esprits faibles et nia l'existence même de l'âme jusqu'à Spinoza dont le système, apparemment panthéiste, flirte avec un athéisme masqué par le danger qu'il y avait alors de s'en prévaloir, mais dont les thèses sur le bien et le mal et la négation du démon – qui nie le diable n'est pas loin de nier le divin – montre assez que ceux qui lui attribuent le fameux « Traité des des trois Imposteurs » l'ont lu pour tel.

Après une mise en jachère durant le Moyen-Âge, l'athéisme ressurgit plus combatif que jamais pendant la Renaissance et se fortifia plus encore avec Bayle, qui montra l'existence d'athées vertueux, ce que n'admettent pas les croyants, avec d'Holbach et avec l'abbé Meslier, auteur d'un traité matérialiste au parfum communisant, qu'on découvrira après sa mort. Laplace, quant à lui, éliminera « l'hypothèse de Dieu » et Nietzsche proclamera la mort du même dans le Gai Savoir.

Le combat athée est poursuivi notamment par les existentialistes pour qui l'absolu n’existe pas, « l'homme est condamné à être libre » (Jean-Paul Sartre) et la philosophie analytique (Wittgenstein entre autres) qui pose que la question de l'existence de Dieu n'a pas de sens puisqu'il est impossible de le définir. C'est sans doute par là que s'engouffrent dorénavant l'agnosticisme trop heureux de ne pas se sentir seul dans ses question théologiques et téléologiques.

Après ce survol de l'histoire de l'athéisme, on peut pour résumer, dire ceci : l'athéisme rejette toute pensée magique, toute superstition infantile et n'accorde aucun crédit à quelque croyance religieuse que ce soit, en revanche, il fait confiance à la recherche scientifique et n'ignore pas que nombre de choses inexpliquées aujourd'hui trouveront demain un éclaircissement scientifique et rationnel. La Raison guide ses pas.

L'agnosticisme a du mal à s’extraire du relativisme culturo/cultuel lié à la prégnance, plusieurs fois centenaire, de la propagande religieuse, aussi s'appuie-t-il sur le scepticisme pyrrhonien, qui affirme que toute connaissance est impossible dans la mesure où nous ne pouvons jamais affirmer d'une chose que nous la connaissons et donc qu'il convient de s'abstenir de tout jugement, pour donner une justification à ses hésitations.

Cela dit, je ne suis pas sûr que l'agnosticisme ne soit pas autre chose qu'une posture, somme toute confortable, mais qui ne délivre pas nécessairement celui qui s'en réclame des question telles que celle posée par Leibniz, citée plus haut.

Gilles Poulet

Septembre 2015

 

Publié dans SOCIETE, PHILOSOPHIE, RELIGION

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Mme Bureau 19/09/2015 10:40

Vos articles sont toujours " au top",je me procure "Dieu est une fiction"

Merçi! continuez

FOLL Lydia 19/09/2015 08:36

Merci pour cet article on ne peut plus clair et exact. Mais actuellement, les personnes ne veulent plus penser par eux-mêmes et attendent des miracles de toutes sortes de divinités. Ils préfèrent remettre leur sort entre les mains d'un dieu plutôt que de faire l'effort de penser par eux-mêmes. Cet état d'esprit arrange beaucoup tous les chefs religieux de n'importe quelle confession. Nous ne sommes pas au siècle des "lumières" au contraire cela s'assombrit surtout dans le cerveau des personnes.