Le pape François et ses contradictions

Publié le par Gilles POULET

       Dans un entretien au quotidien catholique La Croix daté du mardi 17 mai, le pape annonce un voyage en France, pays dont il vente l'apport au catholicisme. La vieille lune de la France « fille aînée de l’Église », n'est pas loin ! Il explique par ailleurs qu'il a été invité par le président Hollande a venir en France. Toutefois, il entend différer cette visite car : « En général, la pratique du Saint-Siège est de ne pas accomplir un tel déplacement en [période électorale] ». Jusqu'ici, tout va bien : on l'invite et il accepte en prenant la précaution de ne pas perturber de sa présence une campagne électorale qui s'annonce chaude ! « Rendez à César... etc. ». Un bon point pour le locataire du Vatican.

      Dans la même interview le pape confirme son soutien au cardinal Barbarin sans attendre le résultat de l'enquête préliminaire qui le vise, lui et plusieurs cadres de son diocèse de Lyon, à la suite d'affaires de pédophilie. Il lui exprime toute sa confiance: « D'après les éléments dont je dispose, je crois qu'à Lyon le cardinal Barbarin a pris les mesures qui s'imposaient, qu'il a bien pris les choses en main. C'est un courageux, un créatif (sic), un missionnaire. Nous devons maintenant attendre la suite de la procédure devant la justice civile.» Quant à l'éventuelle démission du cardinal, François ne barguigne pas et répond sans détour: «Non, ce serait un contresens, une imprudence. On verra après la conclusion du procès. Mais maintenant, ce serait se dire coupable.»

      Il conclut cette intéressante interview par cette sortie plutôt contradictoire pour qui prétend éviter de s'immiscer dans les affaires de la France: «La petite critique que j'adresserais à la France à cet égard est d'exagérer la laïcité. (Bigre !) La France devrait faire un pas en avant à ce sujet pour accepter que l'ouverture à la transcendance soit un droit pour tous.» Qu'est-ce à dire ? Où voit-il une fermeture à la transcendance qui est affaire parfaitement privée ? Ce pape, devenu la coqueluche d'un certain monde qui vante son incontestable dimension intellectuelle, est-il tombé sciemment dans ce contresens-ci ? N'avance-t-il pas bien imprudemment sur ce terrain de la laïcité qui, contrairement à ses dires, n'interdit nullement d’exprimer ses convictions religieuses à travers quelque tenue vestimentaire que ce soit ? Ignore-t-il que la loi n'impose que de s'abstenir des signes religieux ostensibles à l’école qui, la plupart du temps d'ailleurs, relèvent de la provocation instrumentalisée par le fondamentalisme ? Ignore-t-il que le problème soulevé à propos des espaces de cours à l’Université fait partie de cette volonté de provocation ? Ignore-t-il que la loi exige également la nécessaire neutralité religieuse pour les agents de l’État qui doivent recevoir indistinctement tous les publics ? Dans le même esprit, sait-il que la loi du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public n’est pas une loi relative à la laïcité, mais relative à la sécurité publique ?

      Dès lors le François qui déclare que : «Tous les citoyens doivent respecter les lois de la République qui se font au Parlement » ne voit-il pas quelque contradiction dans les manifestations bruyantes menées par les catholiques contre la loi sur le « mariage pour tous » et ce après son adoption ?

      Pointons encore une contradiction flagrante quand le pape François admet « que face au pluralisme confessionnel, la laïcité est la seule solution comme garantie de la liberté religieuse. » Alors, alors ?

     Les chefs religieux nous ont habitués à ces bizarreries qui consistent d'une part à reconnaître les vertus de la laïcité et d'autre part à la voir comme un problème pour eux, d'où les éternelles offensives pour l'adjectiver, i.e. l'affaiblir et obtenir des « accommodements raisonnables », qui invariablement débouchent sur le communautarisme, lequel consiste à demander des avantages particuliers pour sa boutique, au détriment de l’égalité républicaine.

      Le « grand intellectuel » devrait peut-être s'obliger à étudier véritablement ce qu'est la laïcité en France et quelles sont ses immenses vertus, tout le monde y gagnerait : les catholiques, en cohérence, et la laïcité, enfin débarrassée des élucubrations plus ou moins malhonnêtes qui ne cessent de l'accabler.

Gilles Poulet

Mai 2016

Publié dans La chronique de Gilles

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Ledru françois 05/06/2016 10:47

Le pape est un menteur et c'est tout. Il roule pour son étrange groupe qui veut faire croire les gens à des fables. C'est dur de voir qu'aujourd'hui les gens sont moins sévères, plus longs à réaliser, avec ceux dont on voit tout de suite qu'ils ne pensent pas ce qu'ils disent ! Ledru

Gilles Poulet 01/06/2016 11:04

Je suis flatté, mais faudrait m'offrir une mule pour faire sérieux, ou deux pour que je trouve chaussures à mon pied (de poule).

Denis 30/05/2016 15:34

Excellente analyse !
Les cathos se réjouissent quand la fumée blanche qui sort de la cheminée vaticane les informe qu'ils ont un chef. "Habemus papam !" disent-ils.
Nous autres, libres penseurs, après le congrès de Boé, on peut s'écrier avec joie : "Habemus Gilles Pouletam !"