Lettre d’une Niçoise à Momo le fou

Publié le par Sophie TORDJMAN

Il y en a qui crachent sur toi et sur ta mémoire : je les comprends. Il suffit que je pense à cet ami qui a perdu trois membres de sa famille, et je les comprends tous. Qu’on les laisse faire, ceux qui en ont vraiment besoin ! Qu’on les laisse jeter toutes leurs larmes et toute leur salive empoisonnée, ceux qui ont souffert dans leur chair ou dans celle de leurs proches. Toi, tu ne risques plus rien : tu es mort. C’est malin ! C’est facile ! Du reste, tu t’es bien fait avoir, car tu sais maintenant qu’il n’y a pas de paradis. Pas d’enfer non plus d’ailleurs, au grand regret de tous ceux qui voudraient t’y expédier. Moi qui n’y étais pas, qui n’ai perdu personne, je n’ai pas envie de cracher. Pleurer, oui, sur ma ville natale, ma belle ville qui ne pensait pas à ça. Mais, par-dessus tout, moi qui peux le faire, je veux réfléchir.
Ce qui m’a donné envie de t’écrire cette lettre que tu ne liras jamais, c’est une citation de Mauriac. Gonflé de citer Mauriac sur un site de libres penseurs ! En fait, la phrase n’est pas de lui, mais il l’a reproduite en exergue de son roman Thérèse Desqueyroux. Elle est de Baudelaire :
« Seigneur, ayez pitié, ayez pitié des fous et des folles ! Ô Créateur ! Peut-il exister des monstres aux yeux de celui-là seul qui sait pourquoi ils existent, comment ils se sont faits, et comment ils auraient pu ne pas se faire ? »
Es-tu un monstre ? Hélas, non ! Ce serait trop simple s’il suffisait d’exclure de l’humanité tous ceux qui commettent des actes monstrueux. Certes, ça ferait beaucoup de monde ; mais on pourrait se bercer de l’espoir qu’un jour peut-être, une fois le grand ménage terminé, on se retrouverait tranquilles, entre gens bien. Tu n’es pas un monstre, ou alors nous en sommes tous, au moins en rêve. Qui de nous n’a jamais rêvé de vider sa mitrailleuse sur un groupe qui l’avait humilié, ou une bande de gamins dont les jeux bruyants l’empêchaient de se reposer ? Tu es un être humain, l’un des nôtres, nous te portons tous en nous et nous le savons. Ce n’est pas joli, mais c’est comme ça.
 
Qu’es-tu alors ? Dans notre midi, on aime bien traiter les gens d’imbéciles heureux. Toi, je te rangerais plutôt dans la catégorie des imbéciles malheureux. Si tu avais su être heureux, simplement heureux en regardant la mer rouler ses galets, tes enfants jouer ou ta femme nouer son foulard avec grâce, tu ne serais pas allé louer ce camion de malheur. Dire que l’idée t’en est peut-être venue, simplement, pendant un de ces terribles embouteillages niçois, où la patience échappe à plus d’un. Même ta carrière de Don Juan ne te suffisait donc pas.
 
Qu’est-ce qui t’a pris ? Qu’est-ce qui a fait jouer dans ta tête malade cet affreux déclic du passage à l’acte ? Nous le savons maintenant : c’est le fanatisme religieux. J’ajoute, et politique. Car il suffit qu’un névrosé lambda, comme toi, trouve à son mal-être de fond une caution collective ou transcendante pour le rendre extrêmement dangereux, pour lui-même et pour les autres. C’est dire que nous ne sommes pas au bout de nos peines, car le vivier est grand comme la Terre.
J’ai l’air de te parler avec sympathie et ceux qui ont souffert par toi pourraient me le reprocher avec justice. Je ne peux pas te plaindre ni t’excuser, quand je pense aux quatre-vingt-quatre que tu as laissés sur le bitume de la Prom et aux centaines de blessés à vie. Celui que je plains, c’est le quatre-vingt-cinquième, celui que tu aurais pu être : un de ces gentils voisins tunisiens, que nous aimons tant, chaleureux, serviables, hospitaliers. Et je les plains, eux, tous ces bons voisins, musulmans tranquilles qui nous offrent des gâteaux de ramadan, et à qui tu as fait honte et chagrin pour longtemps.
En attendant que nous trouvions comment cesser de fabriquer des monstres, ou prétendus tels, sans doute en luttant contre la misère, les guerres et l’ignorance, c’est là-dessus que je voudrais conclure. J’en reviens à ceux qui crachent sur toi. Je comprends leur colère et même leur haine. Je ne mets qu’une limite, au-delà de laquelle je n’irai pas : celle de ta responsabilité individuelle. Ce que je résumerais ainsi: salaud, oui ; salaud d’arabe, non !
PS Douze jours sont à peine passés que deux allumés de ton espèce ont encore sévi. Tout est à recommencer !
« Ah, mais
ça ne finira donc jamais ! »

Sophie TORDJMAN

29 juillet 2016

Publié dans SOCIETE, LAICITE

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marochon 30/07/2016 16:25

salut,
non ces mecs ne sont pas des détraqués mal dans leur peau .Ce sont des soldats appartenant à une armée , ils sont chargés de semer la guerre chez nous ,et à ce titre ils ne méritent aucune excuses.
Ils obéissent à des ordres et doivent en subir les conséquences .De notre coté nous devons les anéantir avant que se soit eux qui nous anéantissent.

Carmen 30/07/2016 19:27

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