Ramasse-miettes N°34

Publié le par Gilles POULET

« Dans un entretien, l’archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, analyse les causes de l’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray. À ses yeux, « nous sommes au bout du modèle de la laïcité », la société engendrant le pire en ne respectant pas assez les religions. »
La hiérarchie, en la personne de l'archevêque Dominique Lebrun, n'a pas mis bien longtemps pour récupérer l'assassinat, ô combien remarquable, qu'on en juge:« C’est évident que c’est le crime perpétué (sic) et un crime perpétué(sic) à un prêtre »(et re sic). Faut-il entendre que si la victime est un citoyen lambda l'assassinat n'aurait pas la même valeur ? Il semble que oui: « Ils ne sont pas venus dans une boulangerie. » ? Pauvres boulangers qui n'auraient pas droit aux mêmes les sanglots. Mais on ne rêve pas, il l'a dit !
Les média nous ont saturé les oreilles de rassemblements œcuméniques, bourdonnant d'émotions et de propos définitifs sur la haine et le pardon; du pain béni pour Dominique Lebrun qui pense que contre le mal « la réponse la plus forte c’est d’être uni au Christ qui a vaincu le démon ». Éternelle petite musique qui oublie au passage le lapidaire « Tout est pardonné » des survivants de Charlie, loin du pathos habituel des gens d'église sur le sujet.
Puis on arrive à ce qu'il veut vraiment dire, en prenant le prétexte de ce malheureux assassinat, que bien sûr, rien ne peut justifier. « Je crois que nous sommes au bout du modèle de la laïcité qui était exaspéré ces dernières années. Jusqu’à dire que la religion doit rester dans la sphère privée. Ce qui est tout à fait faux ». Dominique Lebrun ne connaît-il pas la loi de Séparation qui dit précisément le contraire ? Puis quand il en appelle au respect de la religion, on se demande de quoi il s'agit au juste. S’agit-il d'encourager le politique à passer outre aux injonctions de neutralité que la laïcité lui impose, de cartons d'invitation à toute manifestation républicaine ou d'insertion de lois  dûment concoctées dans les arrières boutiques de l'Église ou de la Manif pour Tous ? Quand il prétend que nier la religion est une folie, on reste pantois puisqu'elle ne l'est précisément pas (toujours la loi du 9/12/1905!). Faut-il lui rappeler alors qu'il existe un bureau du Ministère de l'Intérieur dédié aux cultes ? Faut-il, derechef, lui rappeler les innombrables atteintes à la laïcité (CF/ le live de Frédérique De La Morena ; Les limites de la Laïcité), que, précisément, les pouvoirs publics, les tribunaux et même le Conseil d'État et le Conseil Constitutionnel laissent passer, tout en laissant se forger un délire jurisprudentiel pour le moins paradoxal. Le législateur, quant à lui, se refuse, on se demande bien pourquoi, à tracer clairement les limites, que justement Lebrun et ses semblables ne cessent de violer, incapables qu'ils sont de se débarrasser de la vieille lune de la théocratie ou du moins de l'alliance du sabre et du goupillon..
Ce n'est pas la petite musique anti néolibéralisme, à l'honneur depuis le pape polonais et constamment remise au goût du jour, qui nous fera perdre de vue l'essence même de ce qu'est l'Église : une entreprise politique de pouvoir et de domination par ce que l'Homme à de plus commun, la crédulité et le besoin d'être rassuré sur sa pérennité post mortem. De vieilles ficelles qui marchent toujours aussi bien. Sapere aude, devrait être le seul souci de tout citoyen s'agissant de ses convictions.
L'Église est repartie à la conquête du pouvoir, c'est le lot des minorités agissantes, elle appelle à une refondation de la société qui la réintégrerait dans le statu quo ante qui faisait d'elle un acteur surplombant et quasi hégémonique, partenaire privilégié du pouvoir politique. Montesquieu a théorisé la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire ; il faut rappeler à la hiérarchie catholique que la loi de Séparation a parachevé son œuvre en séparant État et églises, le 9 décembre 1905. Dès le lendemain le pape et son église partaient en guerre contre cette loi jugée par eux scélérate. Abattre la laïcité est donc leur l'objectif. Cette interview le confirme.
 
Trop fort !
Oui, trop fort le nouveau Pape. On le savait écolo, le voilà geek. C'est que, dans sa chapelle, quand il faut faire un virage linguistique, malgré la pesanteur du conservatisme, on sait le faire, quitte à bricoler un peu. La preuve : « Virus, disque dur : le pape François file les métaphores tech », c'est du moins ce qu'on retient de son homélie de Cracovie lors des Journées Mondiales de la Jeunesse, les JMJ.
«À cette occasion, le pape argentin a fait un sermon truffé de références tech et de métaphores informatiques, qui devaient «  parler  » à son jeune public de Cracovie.... [mais, mais, mais !] (quelques jours plus tôt, il mettait en garde les religieuses contre les dangers de dissipation d’Internet. ».
Comme toujours, avec l'Église et ses représentants, il convient d'étudier les éléments de langage et dans quelles circonstances ils sont utilisés pour comprendre de quoi il retourne et faire tomber le masque.
 
Charles Arambourou monte aux créneaux dans un papier publié par l'UFAL et intitulé : « Après le tout sécuritaire, la tentation bonapartiste ? Cazeneuve veut un concordat avec “l’islam” ! »
« Selon Le Canard Enchaîné, le ministre de l’Intérieur aurait déclaré, au séminaire gouvernemental du 23 juillet « s’interroger » “sur l’usage vis-à-vis de l’islam d’un concordat tel que celui qui est en vigueur en Alsace-Moselle”. Qu’il ait précisé : “tout en gardant mes principes républicains” relève dès lors de la mauvaise blague, de la part de qui doit savoir que la République est laïque. »
Et d'interpeller le Ministre : « Monsieur le ministre, la laïcité, c’est l’exact opposé du concordat ! » Lire la suite en suivant le lien.
 
Et pour le cas où on n'aurait pas compris dans quelle galère nous conduit cette fin de règne :
« Islam en France :
« La question du financement des lieux de culte est accessoire », en tout cas pour  Nathalie Goulet, sénatrice UDI de l’Orne et rapporteure d’une mission d’information sur le sujet, dont le rapport a été publié le 5 juillet, la priorité est de mettre fin au principe des imams détachés et d’établir une fondation transparente afin de centraliser les financements de l’islam. »
Et cette perle : « On considère que l’islam est une religion comme une autre, mais on ne lui donne pas les moyens de l’être. »
Question à madame la sénatrice Goulet : depuis quand et en vertu de quelle nouveauté législative, l'État ou les collectivités locales doivent-ils financer les religions ? Et pour combien d'entre-elles le doit-on ? Les adorateurs de Dionysos, ou ceux du Slip Kangourou, pourront-ils arguer de cette nouveauté, qui est l'exacte négation de la loi de Séparation ?
 
Décidément, l'inculture laïque est très répandue dans les milieux qui nous gouvernent.

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Duvallet 14/08/2016 11:32

Un petit bonheur de lecture comme d'habitude. Laïcité une et indivisible. Laïcité en danger. Bon courage.
G. Duvallet

bureau anne 09/08/2016 17:58

les médias hélas n'ont pas fini leur travail de sape ! quelle histoire pour un vieillard de plus de 85 ans.Toujours le sensationnel.Et pendant ce temps là les vrais sujets de société sont occultés.bravo BFM; LCI et autres......
le pire est à craindre

Duterroir 09/08/2016 18:31

Vous avez vu avec quelle furia l'évêque se jette sur la mort du curé, en fait un martyre... pour taper à bras raccourci sur la laïcité. À bien le lire, ce qui provoque de tels actes , c'est la laïcité. On croit rêver! Tant de duplicité, tant de cautèle, c'est à vomir.