L'ultra libéralisme se croit irrésistible, il n'est que cafouillages mortifères

Publié le par Gilles POULET

En guise de précaution préalable, je tiens à préciser haut et fort que ce qui suit n'est pas un exercice d'adoration envers monsieur Poutine. Les choses sont elles claires ? Oui ! Procédons donc à la démonstration. Elle porte sur l'absurdité que peut provoquer le sacro-saint dogme néolibéral mâtiné néo conservatisme sur une économie, un peuple, une nation..
On s'en souvient sans doute, en 1989 tombait le Mur de Berlin, avec lui et à très court terme, le monde communiste, qui fit tellement trembler ce qu'on appelait encore le capitalisme, contraint, le pauvre, de transiger avec la classe ouvrière.
Ce qui marqua l'époque, c'est l'invraisemblable arrogance du dit capitalisme, de ses thuriféraires et des états qui le soutiennent sans barguigner, au premier rang desquels on trouve les États-Unis et ses affidés. Sans oublier le délire d'un certain Jean-Paul, pape de son état, qui laissa à dire et avec quelle volupté, que c'était lui l'artisan de la chute du communisme : « N'ayez pas peur ! »... Une sorte de mot magique, un sésame de clôture ! Ô paradoxe.
L'URSS se désagrégea sous l’œil gourmand de ses ennemis qui sonnèrent l'hallali et oublièrent, au passage, que la Russie, l’âme de l'URSS défaillante, hébergeait un peuple fier, éduqué et bien plus moderne qu'on voulait bien le laisser entendre. Humiliée la Russie et humiliés les Russes. De géniaux stratèges étaient à l’œuvre et les proconsuls pas très loin.
 
Qu'on en juge. À son corps défendant, la Russie devint le laboratoire des principes néolibéraux les plus aboutis : ouverture au commerce extérieur, liberté des prix et des changes, désindexation des salaires, privatisation massive et détricotage de la protection sociale, bref une thérapie de choc menée tambour-battant et imposée sans nuance par le président Boris Eltsine et son premier ministre Egor Gaïdar. Naturellement ces deux hommes s'étaient dotés de « conseils » hautement compétents en les personnes de l'économiste américain, Jeffrey Sachs et du grand prédateur et donneur de leçons, George Soros. Comme d'habitude, on présenta cette purge comme absolument nécessaire, on ressortit pour faire bonne mesure le fameux « il n'y a pas d'alternative » et on obtint, de surcroît, la bénédiction et l'aide, désintéressée, des États-Unis ! Résultat de l'opération : le PIB chute de moitié entre 1991 et 1998, la production industrielle s'écroule de près de 48% par rapport à son niveau de 1990, bref une catastrophe économique qui néanmoins fait surgir – Ah ! les vertus du libéralisme – une minorité prédatrice et quasi mafieuse, dont l'enrichissement fut fulgurant, tandis que 80% de la population basculait dans la pauvreté. Un indice décisif en rend compte : entre 1988 et 1994, espérance de vie pour les hommes passa de 64,8 à 57,3 ans.[1]
On comprend maintenant pourquoi monsieur Poutine, qui a redonné de la fierté à son peuple, y compris en relançant une néo guerre froide, et tente de redresser son économie en s'appuyant sur les oligarques matés, est chez lui quasiment intouchable. Le nouveau tsar, comme on dit, s'appuie sur un peuple qu'on a eu bien tort de traiter comme quantité négligeable et qu'on a pris, à tort encore, pour une bande de moujiks incultes. Le balancier est revenu et les dégâts des « recettes libérales », après le triste exemple du Chili, sans parler du martyre de la Grèce, ne peuvent plus être niés ni cachés ni défendus.
Voilà les désastres engendrés par toute dogmatique rigide et bouclée sur elle-même, qui s'en soucie ?
 
Gilles Poulet
septembre 2016.

[1]    Chiffres puisés dans le N° spécial « Manuel d'Économie Critique » du Monde Diplomatique.

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