Ramasse-miettes N°53

Publié le par Association des Libres Penseurs de France

Revue de presse militante

 
La revanche du « Petit ».
 
« Le premier passage de Philippe Poutou à l'émission du samedi soir de France 2, «On n'est pas couché», en février dernier avait déjà été remarqué. La chroniqueuse Vanessa Burggraf avait été prise d'un fou rire en posant au candidat du Nouveau parti anticapitaliste une question sur les licenciements. Une séquence ahurissante que de nombreux observateurs avaient symboliquement assimilée au mépris d'une élite culturelle pour ceux qui ne seraient pas dépositaires du pouvoir. »
 
Personne de sérieux ne s'en étonnera et les facéties d'un Ruquier, qui n'amusent plus que les béats et les bêtas, ne donneront jamais de la « tenue » à une émission basée sur l'humiliation, plus ou moins appuyée, des invités via la mauvaise foi des interviewers. La trivialité congénitale de cette émission n'est plus à démonter.
 
 
Mais, mais, mais ! voilà-t-il pas que le « petit » Poutou s'offre les « grands » dans « l'émission circus » de BFM-TV, de ce mardi 4 avril.
 
"Question moralité politique, on est servis depuis quelques temps!". Sur le plateau du Grand Débat sur BFMTV et CNews, Philippe Poutou avait promis, en début d'émission, d'exprimer son "ras le bol des politiciens corrompus". Il a tenu sa parole.
Alors que la discussion tournait autour de moralisation de la vie publique, le candidat du NPA n'a pas retenu ses coups, ciblant tour à tour François Fillon et Marine Le Pen. « Depuis janvier, c'est le régal, Fillon, il est en face de moi, plus on fouille, plus on sent la corruption, la triche. En plus c'est des bonshommes qui nous expliquent qu'il faut la rigueur, et ils piquent dans les caisses », a-t-il lancé. Et d'un ! Puis vient le tour de Marine : « Le Pen aussi, on pique dans les caisses publiques. Là c'est pas ici, c'est l'Europe. Alors pour quelqu'un qui est anti-européen, ça pose pas de problème de piquer l'argent de l'Europe ? » Et de rappeler que les ouvriers, quand ils sont convoqués par la justice, s'y rendent, à la différence de madame Le Pen, qui se cache derrière les avantages d'un système que, par ailleurs, elle prétend récuser.
Dans la grisaille d'un concert de monologues, une perle nous fut ainsi offerte par un homme qui sait qu'il n'a rien à perdre et qui trouve là la tribune idéale pour dire à tout le monde : « Eh ! Oui, on existe, on pense et on est lucides sur ce que vous êtes, même si on n'a pas de cravate ».
 
 
 
Une utopie : le commis de confiance.
 
Florence Gauthier, historienne, Université Paris 7 – Diderot, nous offre cette réflexion sur les élections, en partant de ses travaux sur la Commune de Paris, qui innova radicalement sur le sujet.
 
« L'Appel aux électeurs parisiens, daté du 25 mars 1871 et rédigé par les membres du Comité central de la Garde nationale, invite les citoyens à choisir les « hommes qui vous serviront le mieux » : les députés seront alors au service des électeurs. Il conseille de les choisir « parmi vous, vivant de votre propre vie, souffrant des mêmes maux », « des hommes aux convictions sincères, des hommes du Peuple, résolus, actifs, ayant un sens droit et une honnêteté reconnue », « des hommes modestes » et non de beaux parleurs « incapables de passer à l’action ».
C'est, lato sensu, appeler à élire un commis de confiance, i.e. un missionné choisi avec soin par les électeurs, qui contrôleront sa mission et qui, s’il n’a pas été capable de l’accomplir ou l'a trahie, le révoqueront et le remplaceront.
 
À lire en suivant le lien :
 
Mgr Georges Pontier, Archevêque de Marseille, président de la Conférence des évêques de France conclut son allocution par ces propos :
 
« Il me reste à nous souhaiter une bonne session de travail, d’amitié et de prières. Nous ne manquerons pas de confier au Seigneur, par l’intercession de la Vierge Marie, notre pays ainsi que la recherche de la paix dans le monde, au Moyen Orient particulièrement. Le visage de Bernadette nous désigne les plus pauvres comme ceux que le Seigneur aime rejoindre, par Marie comme par de grandes figures de sainteté, telle celle de St Vincent de Paul, dont on fête le 400ème anniversaire des congrégations qu’il a fondées dans notre pays. C’est à partir du souci des plus pauvres que se trouvent les chemins porteurs d’espérance ».
 
On admirera l'appel à la Vierge, à Bernadette et l'allusion aux pauvres, les mantras habituels de l'Église. Mais il ne faut pas croire que ce brouet, éternellement servi aux cagots et aux agenouillistes, soit le seul message du prélat.
Nous passerons sur la « joie d'accueillir nos catéchumènes lors des fêtes pascales », quelle organisation ne se réjouirait pas d'enrôler de nouveaux membres ?
Mais sur ce qu'il appelle nos fragilités et nos fautes, entendre les affaires de pédophilie. Nonobstant la dénonciation constante du relativisme, cher à tous les papes, on le voit poindre, caché derrière l'esquive : « Qu’on veuille bien nous croire : nous sommes profondément touchés par la souffrance des victimes et nous voulons les accueillir et les écouter de notre mieux. Nous sommes résolus à aider la justice à faire son travail... Mais qu’on veuille bien cesser de laisser entendre que tout prêtre est un pédophile potentiel. Qu’on arrête de taire toutes les décisions prises en ce domaine par notre Conférence depuis des années et tous les changements dans notre manière d’aborder ces faits... »
En conclusion des habituels propos sur la famille chrétienne, ceci, qui en dit long sur les pensées profondes du catholicisme : « il n’y a pas de droit à l’enfant et brouiller les repères de la filiation devrait apparaître comme une limite à ne pas franchir ».
Enfin à propos des IVG, notamment pour malformation avérées de l’embryon : « Nous déplorons une fois de plus que notre société aille vers des pratiques eugéniques (sic) et ne puisse prendre en compte les démarches de soutien et de réflexion auprès des couples qui découvrent le handicap prévisible d’un de leurs enfants à naître. Les progrès scientifiques fournissent des informations qui étaient ignorées auparavant. Cela devrait déboucher sur de meilleures thérapies et non sur une culture qui, voulant l’enfant parfait, recommande d’éliminer l’embryon porteur de handicap. »
Un programme qui ne cache pas une certaine violence.
 
 
 
C’est dans les vieux pots qu'on fait la bonne soupe.
 
Jean-Marie Le Pen était l'invité de marque de la première Fête du pays réel, organisée ce samedi à Rungis (Val-de-Marne) par Civitas. Le toujours président d’honneur du Front National y a servi aux quelque 300 personnes venues l’applaudir, tous les « tubes » qui ont jalonné sa carrière, dont « la déferlante africaine [qui] submergera bientôt l’Europe », l’ « affaissement de la religion catholique », ou encore la « mission capitale » que constitue le fait de « transmettre la vie et [d’]élever les enfants » pour les femmes. Désormais parti politique, Civitas, compte en effet présenter des candidats aux législatives de juin, et son président Alain Escada présente les axes forts de son programme : abrogation de la loi de séparation de l’Église et de l’État, annulation rétroactive du mariage pour tous, interdiction de l’avortement, remplacement du droit du sol par celui du sang, sortie de l’Europe.
Une régression radicale. Les bigots sont à la manœuvre et ils comptent bien peser sur Fillon, si d’aventure il était élu à la magistrature suprême. N'ont-ils pas contribué fortement à sa victoire aux partielles de la droite ?
 
 

Publié dans La chronique de Gilles

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