Ramasse-miettes n°75

Publié le par Association des Libres Penseurs de France

Revue de presse militante

 

L'élitisme est sous-jacent à la pensée macronienne, c'est entendu (et ça s'entend!), alors pourquoi maltraiter les normaliens, une élite qui fut le fer de lance de la troisième République ?
 
« Payés durant leurs études, les étudiants de Normale-Sup s’engagent en retour pour dix ans au service de l’État, qui ne leur garantit plus une embauche ».
Un normalien qui n'avait pas trouvé de boulot auprès de l'État et du coup s'était tourné vers le secteur privé, s'est vu réclamer 30 000€ pour sa « pantoufle ». Le terme est attesté pour les hauts fonctionnaires qui se retrouvent dans les grandes boîtes, armés de leur carnet d'adresses si pratique pour le lobbying, et que les aller-retour état/privé ne gênent pas le moins du monde. Double peine donc. Snobés par l'État puis martyrisés. Très cohérent, n'est-ce pas ?
« Depuis 2014, cette situation n’est plus atypique : un normalien parti trop vite dans le secteur privé est tenu de rembourser sa « pantoufle ». Les écoles normales supérieures ont créé des services ad hoc pour retrouver ceux qui pensaient échapper à cette « dette ». Chaque année où le contrat décennal court encore – soit six ans après une scolarité de quatre ans –, les normaliens, qui ont bénéficié lors de leur scolarité d’une rémunération d’environ 1 300 € mensuels nets, sont tenus de renseigner l’école sur leurs activités professionnelles. S’il y a un doute ou une absence de réponse,la procédure de contrôle s’enclenche ».
Un pays mal gouverné, mais sur-administré, tel est la France.
 
 
Visites domiciliaires, avec bélier.
 
Interrogée, Vanessa Codaccioni, maître de conférences en science politique à l’université Paris-VIII et auteure de Justice d’exception : l’État face aux crimes politiques et terroristes, répond que pour elle, l'argument de la nécessité ne tient pas, tous les défenseurs des droits qui se sont penchés sur les lois existantes l'ont démontré. Elle rappelle également que la France a une très longue expérience des attentats, qu’elle a longtemps été à l’avant-garde en matière d’antiterrorisme et qu’elle a l’un des appareils antiterroristes les plus puissants d'Europe: plus de vingt législations en trente ans ! Notre appareil judiciaire et nos services de renseignement sont déjà tout à fait capables de démanteler des réseaux et d’arrêter des gens, même préventivement. L’argument de la nouveauté de la menace ne paraît pas valable non plus, puisque, en France, on dispose déjà d’un antiterrorisme préventif depuis le milieu des années 1990 et d’un arsenal puissant qui a donné beaucoup de pouvoir à la police, aux services de renseignement et à l’administration.
À la toute fin, cette nouvelle loi s’inscrit dans la continuité de la justice d’exception et ne fait que renforcer un basculement d’une justice d’exception judiciaire, aux mains des juges, à une justice d’exception policière et administrative, dominée par les services de renseignement et l’administration, via les préfets et la police. Avec ces nouveautés, ce n’est pas tant l’état d’urgence qui est permanent, que des mesures d’exception qu’on rend permanentes : les perquisitions administratives – les « visites domiciliaires » en novlangue - les assignations à résidence et d’autres encore, tels les périmètres de sécurité ou l’extension des zones de contrôle d’identité.
On n'arrête pas la régression.
 
La Laïcité en danger dans certains collèges des zones sensibles.
 
C'est le préoccupant constat que dresse Bernard Ravet, principal dans plusieurs collèges de zones sensibles de la région de Marseille. Nouvellement retraité et donc déchargé de son devoir de réserve, il publie un ouvrage édifiant sur les dérives de l’islamisme dans l’éducation nationale : « Principal de collège ou imam de la république ? », aux éditions Kero. Il y raconte sa vie, la violence, la montée du religieux. Y décrit ces familles au mieux absentes, au pire fracassées, tacle l’hypocrisie et le clientélisme des politiques et déplore l’immense solitude des personnels de direction et des enseignants qui ressentent un profond sentiment d’abandon par leur hiérarchie. Bernard Ravet met aussi en lumière le grand danger qui mine la laïcité à la française du fait de l'islamisme radical qui nous livre une guerre sans merci, de plus en plus prégnante, face à laquelle les autorités manquent de courage, alors qu'à force de renoncement, les islamistes grignotent nos libertés fondamentales, jusque dans les écoles et les collèges.
 
 
Une fois de plus la parole laïque, républicaine et féministe est portée par une Française arabe et musulmane, Jeannette Bougrab, l'ancienne présidente de la défunte Halde, et ça en énerve plus d'un.
 
Constamment poursuivie par l'éternelle pléiade des idiots utiles de l'islamo-salafisme, l'ex-ministre qui s'était battue, entre autres, pour relever l'âge du mariage des filles et contre le sort fait à la crèche Baby Loup, est partie en Finlande où elle dirige l'action culturelle à l'ambassade de France. Elle ne lâche rien. Dans un nouvel opus intitulé « Lettre d'exil », elle s'insurge : « Qu'on cesse de m'opposer “la religion de l'amour” d'un islam imaginaire par crainte de m'entendre proférer la vérité ! Moi, la fille de musulmans, je crois qu'il n'y a pas d'autre choix pour la France que d'expulser l'islam de la cité comme déjà, dans l'histoire, elle avait dû mettre hors jeu du champ politique les autres religions et neutraliser leur tentation de substituer l'ordre théocratique à la démocratie républicaine. ». Ou encore : « Notre pays n'apparaît plus comme celui qui défend la liberté d'expression, et ce renoncement est impossible à accepter. La loi de 1905 ne pourrait pas être adoptée si les débats avaient lieu aujourd'hui. On ne pourrait pas accepter les mots si sévères de Clemenceau sur la religion ! ». Jeannette Bougrab stigmatise l'abîme qui sépare la bienveillance politico-médiatique dont jouissent en France les promoteurs de l'islamisme comportemental - voile, burkini, observance stricte du ramadan - et le combat mené par les résistants des terres d'Islam : « En Algérie, on se bat pour porter le Bikini, en France on protège le burkini ! ».
 
Désolant, en effet.
 
Il est bon que ces choses là soient dites, surtout à l'heure ou Tariq Ramadan réussit à co-écrire un livre avec Edgar Morin, où il déploie, comme à l'accoutumé, son art du double langage. Regarder la vidéo de sa prestation, ce 4 octobre sur TV5 Monde.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Publié dans La chronique de Gilles

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Daniel Adam 06/10/2017 16:31

Sur les Zélites.

« Il viendra, sans doute, un temps où les sociétés savantes, instituées par l'autorité, seront superflues, et dès lors dangereuses... » CONDORCET, rapport sur l'organisation générale de l'Instruction publique, 30 janvier 1792.

« Les ingénieurs (les élites en 2017) sont une sorte d'État dans l'État, dont l'insolence et la suffisance croissent en raison de leur incapacité. Une caste privilégiée, souveraine, tyrannique, sur laquelle aucun contrôle n'est jamais exercé et qui se permet ce qu'elle veut ! Quand, du fait de leur incurie notoire, ou de leur entêtement systématique, une catastrophe se produit, ce n'est jamais sur eux que pèsent les responsabilités... Ils sont inviolables et sacro-saints. » Octave MIRBEAU, « Questions sociales », Le Journal, 26 novembre 1899.

Que sont devenues l'ENA, l'École Polytechnique et Science Po ?

Les élites se délitent. L'ENA produit une corporation fondamentalement antidémocratique. Polytechnique a perdu son sens de l’État. Sciences Po s'éloigne de l'orbite républicaine.

Ces trois écoles seront supprimées.

Elles ont essentiellement un rôle de reproduction sociale. Pierre BOURDIEU, dans son livre « La noblesse d'État » (1988), note que les grandes écoles tendent à produire des univers aussi clos et homogènes que possible. Il établit un parallèle avec la transmission héréditaire des titres de noblesse : « l'accès aux positions de pouvoir économique, sociale et politique passe désormais par l'obtention de titres scolaires (…) Les grands concours sont les rites magiques par lesquels nos sociétés instituent leurs héritiers légitimes ». 200 ans après l'abolition de la vénalité des charges et des offices, les privilèges de l'hérédité existent donc toujours.

École Polytechnique : 40 % de ses élèves sont issus de deux lycées seulement ; 74 % des admis sont parisiens ; 17 % sont des femmes ; 13 % sont boursiers ; près d'1 sur 2 est fille ou fils d'enseignant. Cette école est minée par le pantouflage. Seuls 20 % des sortants de l'X choisissent le secteur public. Alors que les élèves sont rémunérés autour de 1000 euros durant leur scolarité, par ailleurs gratuite, ils ne travaillent pas pour l’État par la suite. Or, la règle de la pantoufle – le fait de devoir rembourser une partie des frais de scolarité si l'on part travailler dans le privé avant d'avoir accompli dix ans dans le service public – n'applique pas à ceux qui choisissent d'aller servir les entreprises dès la sortie de l'école ! Lorsqu'elle est réglée, cette pantoufle de 45 000 euros est versée par l'entreprise qui débauche et non par l'ancien élève. Dans tous les cas, le sens de l'Etat semble bien loin.

ENA. Un énarque coûte en moyenne 83 300 euros annuels à l’État, contre 7000 pour un universitaire habituel, soit 11 fois plus ( en raison de la masse salariale). Créée par Michel Debré en 1945 pour former des élites destinées à servir l’État, aujourd’hui l’ENA dispose d’un quasi-monopole du pouvoir que ce soit dans l’administration, le secteur privé ou la politique.

Sciences Po. La pensée unique s'y expose toujours en deux parties. A la réforme de l’État, rengaine immuable depuis la fondation de l'école en 1872, s'ajoutent les éloges du marché et du néolibéralisme, qui brise le collectif au profit de quelques uns.