CES VOILEES QUI N’EN SONT PAS...

Publié le par Jean Pierre BERRAUD

        Dans les repères traditionnels marocains, les femmes portaient la jellaba et le nguab ou letham. Les grands-mères et arrière-grands-mères sortaient ainsi dans les venelles de la médina. Après l’indépendance, dans les années 60, elles se sont émancipées en adoptant des tenues plus modernes et plus fonctionnelles. Les femmes marocaines envahissaient petit à petit la vie active et libéraient leur corps. Un demi siècle plus tard, les choses ont changé. Un vent de conservatisme souffle dans les rues. Et partout on ne voit plus que jeunes femmes et moins jeunes opter, sans référence identitaire définie, pour diverses tenues, qui vont du hijab au khimar, nguab, niqab ou foulard. Au grand bonheur des marchand de fringues. Des ninjas, sombres silhouettes informes, aux jeunes audacieuses osant l’alliance d’un vêtement moulant et d’un foulard coloré.

         Pour les hommes, se dissimuler derrière les voiles devient un gage de respectabilité. Etre l’épouse « obéissante » ou la « bonne » mère est rassurant, être voilée aussi. La « bonne » mère, au même titre que la femme voilée est associée dans l’imaginaire collectif au dévouement total à la famille et aux enfants. C’est pour cela que la femme voilée croit en sa supériorité morale sur la « non-voilée ».

 

Arbitraire culturel

 

        Pour Mohamed Darif, politologue, les femmes se voilent aussi, aujourd’hui, pour des raisons autres que religieuses. Selon lui, la société marocaine est d’abord et avant tout conservatrice sans être vraiment ancrée dans la religion. C’est la tradition qui prime. Nous y sommes face à un arbitraire culturel où le foulard renvoie à une forme de socialisation traditionnelle plus qu’à une conviction religieuse. Une socialisation qui par ailleurs cantonne la femme dans un rôle défini par la famille de type patriarcal.

        Ce sont celles qui appartiennent à la classe moyenne qui sont les plus concernées. Les enseignantes, les petits fonctionnaires, ou encore les secrétaires et agents. Elles n’ont pas le pouvoir d’achat suffisant pour s’habiller auprès des franchises ou aller régulièrement chez le coiffeur. Le voile ou le foulard devient alors leur cache-misère. D’autres affirment porter le voile en raison de leur situation économique. Ainsi, elles réduisent leurs charges financières : elles n’ont pas besoin de changer d’habits au quotidien, d’utiliser des produits de beauté ou d’aller chez le coiffeur.

 

Un trophée d’intégrité

 

       « L’homme marocain reste conservateur et pour celles qui cherchent un mari, le voile est un trophée d’intégrité, surtout quand elles dépassent la trentaine » explique M. Darif. « Par ailleurs, poursuit-il, pour se débarrasser contrôle de la famille et du père, le voile crédibilise et devient une dissimulation qui permet aux jeunes filles de sortir ». Les maris exigent également de leurs jeunes femmes de porter le foulard quand elles sortent de la maison ou pour aller travailler sous prétexte qu’on ne les approchera pas, vêtues de cette manière.

        « Mon mari, dit Fatima, 34 ans, ne veut pas que j’aille travailler à l’usine sans mon foulard et je suis d’accord avec lui, on me fout la paix comme ça ». Mais Souad, 28 ans : « Vous avez vu ce qu’il ya dehors, toutes ces filles indécentes et à moitié nues, elles nous déshonorent ».

         C’est peut-être la raison la plus surprenante, mais qui à Casa ne les a pas rencontrées au moins une fois, cigarette à la main, fardées à la Fellini, jeans taille basse laissant entrevoir un string provoquant et foulards colorés. Ce sont les prostituées qui pensent ainsi déjouer la surveillance de la police et s’inscrivent dans les fantasmes d’une catégorie d’hommes pour qui ce genre d’accoutrement équivaut aux costumes mythiques de la pornographie, comme celui de la soubrette ou de l’infirmière. Et c’est ainsi que l’on revient au mythe de la danse des 7 voiles. (1)

 

         Fouad Bennir, socilogue et enseignant à la faculté des sciences humaines de Mohammedia, nous prévient : « Le hijab est devenu un accessoire de mode à part entière, il contribue plus à rehausser les charmes des adeptes qu’à les recouvrir ». Et Jabel Da Costa de conclure : «  Bon nombre de Marocaines cherchent de plus en plus à ressembler à des Orientales, quitte à se dénaturer totalement et à arborer des habitudes qui n’ont jamais été les leurs. Cela n’a vraisemblablement plus grand-chose à voir avec la religion.

 

         Le Maroc n’est pas Mantes-la-Jolie. Mais Mantes-la-Jolie est la première ville marocaine de France.

                                                                                                           JP BERRAUD

 

Sources : Actuel n° 19 (24 octobre 2009) hebdo marocain, en vente à la maison de la presse du Val fourré de Mantes-la-Jolie.

 


 

 

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