Cléricalisme pas mort

Publié le par Association des Libres Penseurs de France

Edito: "La Raison Miltante n°69"

 

Le débat à l’Assemblée Nationale sur le mariage pour tous a réveillé les fantômes. Ceux qui pensaient que l’Eglise avait évolué, qu’elle s’était modernisée, en sont pour leurs frais. La ringardise à l’état pur s’est mobilisée en masse bêlante à l’appel des ensoutanés pour rappeler nos élus à l’ordre divin et « naturel », mais surtout pour que chacun sache bien que les dogmes séculaires, parmi lesquels celui de la « famille », sont toujours bien présents pour s’imposer à tous. Pas question qu’une liberté pour la majorité puisse aussi s’appliquer aux déviants !

 

Ils sont à croquer nos tenants de la morale à deux ronds de l’Eglise qui rappelle qu’elle est bien catholique, c’est-à-dire impérialiste. On peut les voir occuper et troubler l’espace public en brandissant leurs chapelets et en marmonnant leurs litanies pour le salut des brebis égarées. Tous ces gens-là n’ont pas l’air bien catholique. Pardon : ils n’ont pas l’air bien musulman, nos réacs de Civitas qui étaient en bonne place, il y a quelques mois, pour crier avec la louve frontiste contre les prières de rues.

 

Pour nous, Libres Penseurs, la laïcité n’est pas à géométrie variable. La Libre Pensée « regarde tous les mysticismes et toutes les religions comme les pires obstacles à l’émancipation » rappelle notre déclaration de principes. Il est bien vrai que, suppôts de Jésus ou de Mahomet, ils se partagent équitablement la tâche consistant à empêcher le progrès, à s’opposer aux libertés, à imposer à tous leur vision du monde où l’individu n’est qu’un mouton destiné à suivre son berger, aussi abruti et réactionnaire soit-il. Le C.F.C.M. (1) demande la répression de l’islamophobie, c’est-à-dire de la critique d’une religion. Comme les responsables cathos – et pas uniquement ceux, caricaturaux, de Civitas – ils voudraient bien qu’on reconnaisse partout en France, et pas seulement en Alsace et en Moselle, comme un délit le fait de dire du mal de Dieu (qui c’est celui-là ?) et de la religion.

 

Nous ne laisserons pas faire. Les révolutionnaires de 1992 ont prononcé la réhabilitation du Chevalier de La Barre, torturé et mis à mort pour « crime d’impiété ». Il ne saurait être question de permettre que l’histoire fasse marche arrière. Au contraire, c’est sur l’ensemble du territoire national que doivent s’appliquer les principes et lois laïques. C’est ce que nous voulons dire – entre autres – au président de la République à qui 17 associations laïques, parmi lesquelles l’ADLPF, ont fait une demande commune d’audience.

 

Voilà maintenant près de trois mois que la demande a été déposée et, à l’heure où cet édito est rédigé, nous n’avons pas encore de réponse. Nous aurions pourtant aimé être reçus aux alentours du 9 décembre, histoire de matérialiser notre vœu de voir enfin reconnue cette journée comme étant officiellement celle de la laïcité. Certes, le président est très pris. Ce n’est pas l’ouvrage qui lui manque avec la crise. Mais cela n’empêche nullement de s’intéresser aux questions de société. La preuve : on débat bien du mariage pour tous.

 

« Pendant les travaux la vente continue » peut-on lire à la devanture de certaines boutiques. Nous pourrions dire : pendant la crise, le cléricalisme continue de sévir. Un maire, celui d’Argenteuil (Val d’Oise), crée un conseil officiel des religions dans sa commune, au mépris de la loi de Séparation. Un procureur s’associe à la demande de l’évêque faisant appel d’une décision du tribunal ayant donné raison à un Libre Penseur de Coutances (Manche) exigeant le retrait de son nom du registre baptistaire. Un curé, à Brou (Eure et Loir), mobilise ses ouailles contre la décision du maire qui a retiré le crucifix illégalement installé à la porte du cimetière après la loi de Séparation…

 

Notre tâche est de faire prendre conscience à nos élus qu’émancipation, progrès social et laïcité sont indissociables. Mais il nous faut les moyens de nos ambitions, y compris au plan financier. La crise n’épargne pas les mouvements populaires comme le nôtre. Alors, n’hésitons pas à répondre positivement à l’appel au soutien financier qu’il a fallu à nouveau lancer en ce début d’année.

(1) Conseil Français du Culte Musulman.

                                                                                       Denis PELLETIER

                                                                                       Président de l’ADLPF

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