Vendredi 16 octobre 2009 5 16 /10 /2009 17:11
- Par Antoine THIVEL - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Lors du Colloque du 10 octobre 2009 à Nice, organisé par l'Association des libres penseurs des Alpes-Maritimes (ALPAM), Antoine Thivel, son président a prononcé ce discours :

                           Sarkozy dit toujours : « Je vais vous dire une chose ». Si vous le voulez bien, pour commencer, je voudrais vous dire deux choses.

Premièrement, nous sommes des libres penseurs, nous voulons donc que la pensée soit libre, et pour qu’elle soit libre il faut qu’elle puise s’exprimer. Or tous les hommes ne pensent pas la même chose, et nous ne sommes pas pour que tout le monde pense la même chose, nous sommes même contre la pensée unique, quelle qu’elle soit, aussi bien contre la pensée unique Colloque du 10 octobre 2009, à Nice de gauche que contre celle de droite, nous sommes pour la diversité des opinions et pour que tout le monde puisse s’exprimer.

La démocratie, c’est la diversité d’opinion. Mais d’autre part, nous aimons aussi la vérité, nous pensons que personne ne la possède mais qu’il faut toujours la chercher. Nous sommes comme Socrate, qui cherchait la vérité dans les opinions de ses élèves, mais qui avait une idée derrière la tête. Nous avons des principes communs, et nous voulons qu’ils se réalisent, sinon nos discussions ne seraient que vains bavardages. Il faut que nos discussions soient libres, mais qu’elles débouchent sur l’action. 

La deuxième chose que je voudrais dire, c’est que nous sommes dans une République laïque qui a une Constitution, et que cette Constitution est précédée d’un préambule où l’on a reproduit l’article 2 de la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l’état : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ».

Mais au moment de la création de la Vème République, en 1958, après la prise du pouvoir par De Gaulle, des juristes bien intentionnés ont ajouté à cette formule une petite phrase qui n’a l’air de rien, mais qui en réalité anéantit cette formule de la loi de 1905 : après « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte », a été ajouté : « Elle respecte toutes les croyances. » Il faut le dire, cette formule a été rajoutée par la suite par un gouvernement de droite. La République n’a rien à faire avec les croyances, elle ne s’en occupe pas, elle les met à l’écart, ce n’est pas son domaine, elle n’a ni respect ni mépris pour les croyances, elle les ignore, elle ne se détermine que par la raison et l’universel. En revanche, elle respecte les croyants, et bien évidemment elle ne les respecte pas en tant que croyants, mais en tant que citoyens, car tout le monde a le droit de croire ou de ne pas croire, et tout le monde est citoyen. Cette petite phrase a l’air anodine, mais en fait elle est meurtrière, et il se trouve qu’à cette époque, en 1958, j’ai connu un des juristes, un conseiller d’état qui a travaillé à cette forfaiture, et dans l’intimité il se frottait les mains et disait, tout fier : « Ca y est, on a résolu le problème, maintenant on va pouvoir faire subventionner par l’état les écoles privées».

Un an plus tard, les lois Debré et Guermeur étaient votées. Vous voyez donc que les laïques devront y penser un jour : il faut faire abroger cette petite phrase. Car le principe est toujours valable : « A l’école publique argent public, à l’école privée argent privé ». 

                                                                             Antoine THIVEL


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La séparation :Lithographie représentant Emile Combes tranchant le lien entre la République et le Vatican - Musée Jean Jaurès Castres

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