FORUM LAÏQUE DE CARQUEIRANNE

Publié le par Antoine THIVEL

Réunion du 17 octobre 2009

Compte-rendu par Antoine Thivel, président de l'ALPAM


Il existe à Carqueiranne, sur la côte varoise, entre Hyères et Toulon, un Observatoire méditerranéen de la laïcité (O.M.L.). Le samedi 17 octobre 2009, l' OML avait invité le Comité 1905 du Var, présidé par Patrice Decorte, ainsi que l'Observatoire de la laïcité de Provence et Aix, et un certain nombre d'associations laïques, dont l'ALPAM, à venir discuter avec Antoine Sfeir, journaliste et écrivain, et Henri Pena-Ruiz, philosophe, sur la situation de la laïcité et le combat à mener pour la défendre et la promouvoir.

L'assistance était nombreuse, entre 300 et 200 personnes (150 au repas), et enthousiaste. Dans la discussion du matin, nous avons appris la formation d'un Comité 1905 dans la région Rhône-Alpes et d'Observatoires de la laïcité en Lozère, en Bretagne, ainsi que le soutien du Conseil régional PACA.

Plusieurs questions importantes ont été abordées : la nécessaire liaison entre le combat pour la laïcité et celui pour l'égalité de droits entre les hommes et les femmes, l'absence complète d'enseignement de la laïcité dans les IUFM, et en conséquence l'abandon de la laïcité dans une bonne partie de l'enseignement primaire et secondaire, et l'ignorance très profonde des enseignants et des jeunes à l'égard de ces questions. Il y a donc tout un travail d'enseignement populaire à rétablir pour que la laïcité redevienne un objectif conscient du peuple, nécessaire à son unification et au rétablissement de la démocratie. A cet égard, un orateur a invité à faire attention à la prochaine réforme de l'université, l'institution des "masters" qui risquent d'accentuer la privatisation des programmes d'enseignement, donc une fois de plus l'abandon de la laïcité, l'introduction des intérêts privés et de l'enseignement religieux.

En conclusion, Patrice Decorte a expliqué le projet de FURAL, Front unitaire républicain d'action laïque, fondé sur l'action contre l'accord Kouchner-Vatican, négation de la laïcité de l'Etat, et la loi Carle, destruction de l'enseignement public.

L'après-midi, nous avons accueilli Henri Pena-Ruiz et Antoine Sfeir. L'exposé d'Henri Pena-Ruiz était intitulé : "La laïcité, état des lieux". En voici un résumé :

"L'heure est grave. La laïcité est en danger. Décembre 2009, c'est le cinquantenaire de la loi Debré, la loi de décembre 1959 qui a institué le financement des écoles privées par l'Etat. Nous avons actuellement un gouvernement réactionnaire et antilaïque. Il y a 25 suicides par an chez France-Télécom. Le chômage s'étend, 2000 chômeurs de plus par jour. L'Etat subventionne les banques qui spéculent, subventionne les écoles privées, et supprime chaque année 20.000 à 30.000 postes dans l'enseignement public. Il y a quelque temps, j'ai été appelé à une discussion sur la laïcité avec les responsables des partis de gauche. Il y avait là Jean Glavany, qui est chargé de la laïcité parmi les députés socialistes de l'Assemblée nationale. Au cours de la discussion, je me suis aperçu que Glavany ne remettait pas en cause la loi Debré. Si le principal parti d'opposition admet que l'Etat subventionne les écoles privées, j'appelle cela une trahison. Sarkozy nous a expliqué, dans son discours du Latran, que le curé serait à jamais supérieur à l'instituteur parce qu'il n'apportait pas seulement à l'enfant des connaissances, mais aussi un idéal de vie ; c'est le contraire qui est vrai : l'instituteur est supérieur au curé parce qu'il permet à l'enfant de choisir lui-même sa vie. Il ne faut pas détruire les services publics pour favoriser les intérêts privés. L'accord Kouchner-Vatican, c'est l'application de la logique du communautarisme. La laïcité n'est pas anti-religieuse, elle combat le privilège public accordé aux religions. La laïcité ne combat pas la religion, pas plus qu'elle ne combat l'athéisme. Utilisation frauduleuse de la lettre de Guy Mocquet par Sarkozy. Il y a une déontologie laïque, qui n'est pas fondée sur une doctrine unique, mais sur la liberté pour chaque individu de construire sa vie et sa pensée. Il ne faut pas faire de loi contre la burqa, mais contre toutes les tenues qui dissimulent l'identité. Il faut faire une loi générale, pas de loi particulière. Le plan Fadela Amara de création d'écoles privées dans les banlieues va à l'encontre de l'idéal républicain. La loi Carle institue le chèque éducation, un chèque par élève, il n'y a plus de budget de l'Education nationale. La laïcité ouverte est une infamie. Ouverte à quoi ? au contraire de la laïcité. Il n'y a pas d'égalité des sexes ouverte, ouverte à quoi ? A la domination d'un sexe sur l'autre ? Le détournement de l'argent public, c'est de la discrimination. La laïcité, c'est l'égalité de tous les citoyens. "La religion est un supplément d'âme dans un monde sans âme", disait Marx dans la "Critique de la philosophie du droit de Hegel". La laïcité a des amis, mais elle a aussi de faux amis : les relativistes et les pragmatistes. L'humanité est en amont de ces différences, nos différences ne doivent pas nous opposer . Il ne faut pas que les uns soient mieux traités que les autres. Il faut la liberté de conscience et l'égalité de traitement. La religion ne doit engager que les croyants. Des idéologues comme Jean Baubérot, Marcel Gauchet, croient qu'il faut faire avec les religions des "accommodements raisonnables", mais ces accommodements sont des concessions. La laïcisation des lois a fait beaucoup pour la libération des femmes. C'est un principe de paix et de concorde. La laïcité, c'est la supériorité de l'universel sur le particulier. Aucun citoyen n'est réductible à son orientation religieuse".

Exposé d'Antoine Sfeir : "Je me déclare intégriste de la laïcité. On n'avait pas besoin de légiférer contre les signes religieux à l'école publique, les lois républicaines suffisaient. La République française n'est plus française, elle est universelle. Je suis né à 1.200 mètres d'altitude dans la montagne du Liban, dans une famille qui parlait arabe et français et qui était de religion chrétienne (maronite). J'ai fait toutes mes études chez les jésuites, mais j'ai adhéré à la République. Ma foi ne regarde que moi. Il faut distinguer foi et religion. On nous dit que les jeunes des banlieues sont des fanatiques islamistes qui brûlent les voitures, mais les islamistes sont peu nombreux, ils ont peu d'influence, il faut écouter les jeunes, ils ne parlent pas de l'islam, ils demandent à être traités comme des Français, ils se sentent discriminés socialement . En tant que laïque, je me sens menacé, pas par les jeunes des banlieues, mais par le gouvernement. La laïcté est en danger parce qu'il n'y a plus de citoyenneté, il n'y a que le goût de l'argent, renforcé par le retour du communautarisme et les replis identitaires".

Débat. Henri Pena-Ruiz : "On pourrait introduire une distinction entre public, collectif et privé. Les religions ont le droit d'occuper l'espace public comme n'importe quelle association privée, syndicale, politique ou religieuse, mais en demandant l'autorisation aux représentants de l'Etat. Ce qui n'est pas normal, c'est qu'elles exigent un privilège sur l'espace public.

Antoine Sfeir : Il n'est pas normal que la télévision publique diffuse des émissions religieuses le dimanche matin.

H.P.R. : La République ne reconnaît aucun culte. On n'a pas besoin de payer les religieux pour les contrôler. Napoléon disait : "Je les paie, donc je les contrôle", mais il ne contrôlait rien du tout, il disait aussi : "Un curé vaut trois gendarmes".

Pour conclure, Patrice Decorte appelle à la Fête de la laïcité à Lorgues, le 12 décembre, sur le thème "laïcité et santé publique", avec Patrck Pelloux, président du syndicat des urgentistes, rédacteur à Charlie Hebdo.

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