Je suis un dinosaure

Publié le par Gilles POULET

                           Je déteste la publicité et les infinis bavardages dont nous abreuvent les chaînes de radio à journées continues aussi ai-je beaucoup zigzagué, et depuis longtemps, à la recherche d’un havre de paix radiophonique. Finalement, j’ai élu domicile sur France Culture, dont j’aime le ton et l’excellence de bien des émissions et sur sa voisine France Musique, bref, je vais de l’une à l’autre, convaincu, jusqu’ici que j’étais chez elles à l’abri des caquetages à la mode et des « émotions-sur-commande » qui enflamment en tout temps l’univers médiatique.


Je me trompais. France Culture n’a pas échappé à la papamania et nous a gavés de vaticaneries comme n’importe quelle station lambda. Comprenons nous bien, je ne conteste pas à un média le rôle de tenir informé de l’air du temps et des rumeurs du monde ses auditeurs, mais pas ad nauseum tout de même ! Et puis bon, je m’en étais remis lorsque, patatras, l’émission « Un autre jour est possible », que j’écoute chaque matin à partir de 6 heures, me vend tout soudain et pour une longue série la vie des papes produite par radio Vatican qui ouvre avec un « ici radio Vatican » et clôt sa chronique par un « loué soit Jésus Christ » en français et en latin, du plus bel effet sur mes oreilles rétives à ce type de slogan publicitaire. Cela, me direz-vous, ne peut choquer l’esprit éveillé que je suis censé être, certes, mais a bien prêter l’oreille, il s’agit d’hagiographie plus que de chronique véritablement historique car si on y ironise, par exemple, de belle façon (Michel Cool, le chroniqueur ne manque ni d’humour ni de talent) sur le pape Formose dont le cadavre exhumé eu droit à un procès post mortem (on appela la chose le Concile cadavérique), je ne suis pas sûr d’entendre contées jamais les folies d’un Sixte-Quint qui autorisa formellement la pratique des castrats pour avoir en sa Chapelle des « voix d’anges », ou ce jour sinistre du 20 avril 1233 où le pape Grégoire IX confia à un tribunal d'exception dénommé Inquisitio hereticae pravitatis le soin de tourmenter les malheureux suspectés d’hérésie ou quelques autres déviations qu’il plairait à l’inquisiteur de poursuivre. Restons-en là, chacun connaît la « douceur » proverbiale de l’Église quand elle a la bride sur le cou, mais il est permis de penser que radio Vatican, qui est une radio de propagande, n’est pas pressée de déballer les turpitudes de ses patrons passés et à venir.

Mais comme si cela ne suffisait pas, j’ai remarqué aussi que notre chaîne culturelle ne se mouchait pas du pied pour faire dans le religieux pur et dur. En lieu et place de l’excellente émission « Le Gai Savoir » du philosophe, Raphaël Enthoven, on trouve le « Carême des protestants » ; le philosophe retrouvant sa place et son émission une fois passées les Pâques. Je rassure, car je suis plein de bénignité, les auditeurs de Frédéric Lenoir, homme de talent lui aussi, son émission « Les Racines du Ciel » n’est pas supprimée !

Que conclure de ce constat tout simple, pris sur le vif ? Sinon que l’empressement à servir les religions reste une énigme pour tous ceux qui comme moi, tout en respectant les convictions de chacun, trouve le traitement réservé à la philosophie, aux agnostiques et, pour quoi pas aux athées, bien loin d’être équilibré et juste. Il y a du mépris dans cette façon de faire.

                                                                                              Gilles Poulet

                                                                                               Mars 2013

Publié dans SOCIETE

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