La laïcité

Publié le par Association des Libres Penseurs de France

Intervention de Gillet Poulet, lors de l'Assemblée Générale du Jura

 

Mes chers Amis et camarades rappelons-le tranquillement, la Laïcité n’est pas une opinion ni une philosophie ni une religion sans dieu, c’est un principe, c'est-à-dire un élément constituant et même premier de la République française, il garantit la liberté absolue de conscience. Car notre République n’est pas n’importe quelle république, on le sait ; elle n’a rien à voir avec ces innombrables avatars pollués par des attributs tels que islamiste, populaire, socialiste et j’en passe. Non, la nôtre est superbement définie comme indivisible, laïque, démocratique et sociale. Et dans cet ordre, qu'on ne l’oublie pas.

Les principes étant posés, il reste à organiser la République pour qu'en effet elle soit indivisible, laïque, démocratique et sociale. Examiner l’étant à travers ce prisme est très intéressant et je le ferai volontiers une autre fois. Pour l’heure concentrons-nous sur la seule laïcité et constatons que la loi dite de séparation du 9 décembre 1905 vient, au bout d’un long cheminement, en organiser l’exercice.

Rappelons donc que cette loi est très claire dès son article 1er :

« La République assure la liberté de conscience »c’est-à-dire le droit de croire aussi bien que de ne pas croire. Droit positif : « elle assure » donc de protéger au même titre l’incroyance comme toute croyance. Ce qui implique qu’au passage il faut se garder de la confusion laïcité = athéisme. Pour la République, l’athéisme n’est qu’une position parmi d’autres. La République, il faut y insister ne connait que des citoyens.

« Elle garantit le libre exercice des cultes… »: lequel n’est qu’une conséquence de la liberté de conscience. Mais, « garantir » n’implique nullement le « favoriser », encore moins le financer. Il s’agit simplement de « veiller à ce que personne ne l’empêche ». Ainsi veille-t-elle à rendre impossibles les guerres de religions.

D’ailleurs, en toute cohérence, l’article 2 de la loi interdit-il la « reconnaissance » et la « subvention » publiques des cultes. Ce qui pose de façon insistante le statut particulier de l’Alsace-Moselle, de la Guyane et autre DOM/TOM.

Alors, tout irait-il pour le mieux dans le meilleur des mondes républicains ? Serions-nous au paradis des laïques puisque la loi prévois bien que l’État protège, mais ne soutient pas et que les cléricatures, car il s’agit bien de cela, peuvent œuvrer à leur guise pour autant qu’elles ne s’immiscent pas dans la conduite des affaires de l'Etat et respectent impérativement l’ordre public, barrière nommément posée face à leurs ambitions toujours renaissantes.

Et bien, non ! Chacun peut constater les incessantes attaques menées par les clercs contre la République à travers leur contestation de la laïcité. Voyez les histoires de niqab, de voile, de viande halal, de lutte anti IVG, de financement des écoles confessionnelles, de procession, de prières publiques, de violence aux portes de théâtres et des cinémas… etc.

C’est que les clercs font d’abord et avant tout de la politique et la religion, qu’ils instrumentalisent comme d’autres envoient des troupes de choc avant l’assaut final, leur sert d’alibi pour s’emparer des esprits et des corps, puisqu’aussi bien ils entendent scruter nos lits, nos assiettes, nos verres, nos lectures, nous dire quoi penser et quoi voir au cinéma comme au théâtre, qui honorer et où déposer enfin l’obole et la dîme. Oui ! Ils font de la politique comme depuis 2000 ans pour la chrétienté, 4000 pour les Juifs et un peu moins pour l’Hégire. Partout et en tout temps il s’agit de dominer, de vivre sur la crédulité du peuple en asphyxiant sa raison et son esprit critique avec des fariboles promettant une vie meilleure… post mortem !

Mais la vraie vie, c’est ici et maintenant, qu’on veuille bien s’en souvenir.

Les clercs ont, pour leur combat, un allié redoutableet très efficace qui, pas plus qu’eux-mêmes, ne croit aux bondieuseries diverses et variées, mais rêve tout autant qu’eux à la mort de la République laïque. Vous l’aurez reconnu, j’ai nommé le libéralisme financier, ultra ou non, ortho-, ordo- ou quelque suffixe derrière lequel se puisse cacher une réalité dont on voit aujourd’hui les méfaits. Rien n’est plus insupportable à ce prédateur et à son idéologie que les états forts qui s’occupent d’autre chose que de le protéger, lui et ses intérêts, raison pour laquelle il veut le confiner aux seules fonctions régaliennes : diplomatie, défense, sécurité, justice. Pour lui, il y a urgence à défaire la sécurité sociale, l’école émancipatrice, tous les systèmes protecteurs à financement public etc. Et il s’y emploie depuis longtemps : lois Bérenger, Debré, Carle, accords Lang-Cloupet, loi Guermeur de 1977, et le projet de loi Bayrou de 1994, le prêtre supérieur à l’instituteur, l’affaire des diplômes universitaires, lois sur l’hôpital et la santé, lois de décentralisation avec transfert de charges sans souci du transfert des moyens. Cette idéologie rêve d’une autre société, fondée sur le culte de tout ce qui distingue et sépare les hommes – l’histoire, la culture, la langue –, une culture qui refuse à la raison aussi bien la capacité que le droit de façonner la vie des hommes.Quand l’idéal républicain se propose de libérer l’homme des fatalités et des résignations, elle entend le déterminer et l’immobiliser. En exemple les commissions préfectorales imaginées parGuéant. Les préfets vont, par définition, retenir certains cultes et leurs représentants au détriment d’autres, faute de quoi la liste serait sans limites, ainsi la « reconnaissance », exclue explicitement par l’article 2 de la loi de 1905 se met en place, sournoisement. Sous couleur de « liberté religieuse », il s’agit en réalité d’organiser un dialogue officiel des Pouvoirs publics avec certains cultes, excluant non seulement les citoyens incroyants mais les cultes « non reconnus » par cette démarche. Le but de ce dialogue est, c’est écrit, de « favoriser le libre exercice des cultes »,autrement dit de leur accorder toutes facilités, éventuellement administratives et financières, en violation de l’obligation de neutralité religieuse des Pouvoirs publics. Or, répétons-le, ils sont libres et n’ont donc pas besoin d’être « favorisés » ! Remake à l’encens de la pitoyable « discrimination positive ».

Alors quoi faire ?

On l’a déjà dit dans nos assemblées nous sommes au pied du mur et devons cesser nos incantations stériles pour une action dynamique.L’ennemi principal reste la droite et ses alliés plus ou moins conscients ou bernés par l’enfumage médiatique.

Donc la droite néolibérale tout simplement parce que c'est la droite néolibérale qui dirige la gouvernance mondiale du capitalisme financier actuel et qui aide, finance et forme les communautarismes et intégrismes ethniques et religieux sur toute la planète. Moins les gens sont autonomes, plus ils sont faciles à manipuler. CQFD.

De même, nous devons avoir une vigilance extrême vis -à vis de la partie de la gauche qui n'a pas encore rompu avec les politiques néolibéraleset communautaristeset qui donc élabore des politiques souvent anti-laïques et néolibérales (parce que cela va ensemble) et qui pratique souvent des systèmes d'alliance avec la droite néolibérale (voir Traité de Lisbonne, ou le coup d'Etat du 21 février 2012 du Mécanisme Européen de Stabilité).

Pour ma part, je crois que nous devons considérer nos actions sur deux registres : un registre défensif et un autre offensif, en d’autres termes : résister et agir.

Résister :pointer sans faille tout atteinte à la loi de 1905 et soutenir ceux qui veulent l’inscrire, du moins ses principes essentiels, dans la Constitution, mais sans la folie concordataire maintenue. Faire pression sur les élus, maires ou autres, chaque fois qu’ils dérapent. Ne plus les lâcher, quitte à leur pourrir la vie.

Agir :organiser des rencontres en parcourant le département et en nous appuyant sur des évènements susceptibles d’être commentés. C’est ce que j’appellerais, ça parlera aux anciens, des tournées de préau d’école même si cela aura sans doute une autre forme. Constituer un fonds pour aller devant les Tribunaux Administratifs si nécessaire, idem se renforcer dans notre connaissance des lois et règlements. Rapprochons-nous pour cela de juristes et d’élus sympathisants, il doit bien y en avoir.Pourquoi, enfin ne pas tenter la stratégie des cafés-philos ou cafés-blabla ou quelque autre dénomination que vous voudrez leur donner ?

                                                                                             Gilles POULET

Publié dans JURA

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