Lettre au journal du barreau de Lyon

Publié le par ADLPF- Rhône

Cercle Maurice Allard

17 Rue Ternois

69003 LYON

                                                                                                                        Lyon le 19 Août 2011

 

     A Mesdames Myriam Picot et Chantal Bittard (Directeur de la rédaction de Le journal du Barreau de Lyon)

 

Nous avons lu votre dernière publication : lejournal du Barreau de Lyonn°10. Nous avons été très surpris par le fait que vous ayez interviewé le cardinal Barbarin, représentant d’un culte et non un professionnel ayant des compétences ou une quelconque légitimité en matière de Droit. Peut-être que dans un prochain numéro vous donnerez une tribune au représentant d’une autre confession ?

Outre que cela est une reconnaissance d’une des religions de France par un ordre d’avocats qui se doit d’être indépendant à l’égard de toutes les confessions, nous ne voyons pas l’utilité de donner la parole et une tribune à une personne pour qui le Droit des Hommes se confond avec les dogmes les plus arbitraires et réactionnaires qu’ils soient.

En effet, quel est l’intérêt dans une revue professionnelle telle que la vôtre de savoir que pour le cardinal Barbarin la profession d’avocat renvoie à l’évangile et que Jésus parlait de ce noble métier (d’avocat) ? Il existe de nombreuses revues théologiques où de telles inepties peuvent être écrites. Il n’a nul besoin de la vôtre et nous nous interrogeons sur ce choix journalistique ? De plus, L’Église, en matière de Droit a donné naissance à l’Inquisition, dont on a vu l’efficacité en matière de Justice… L’Église catholique a combattu la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, la République et la loi de 1905 sur la laïcité. Elle conteste toujours le fait que nos lois soient votées démocratiquement par les représentants du peuple. Doit-on rappeler que l’Église combat la loi sur l’avortement, avec des méthodes peu démocratiques (commando anti IVG, menaces de morts pour certains médecins comme le docteur Nisand) ? Rappelons-nous de la croisade anti Pacs et de ce que ferait l’Église, si elle était au pouvoir, en ce qui concerne la sexualité, la contraception, le divorce… Il suffit de voir ce qui s’est passé très récemment au Brésil, lors de l’élection présidentielle.

Ferions-nous l’offense de vous rappeler que tout le combat pour l’émancipation de l’humanité est passé, entre autre, par la laïcisation du droit ? Benoît XVI n’a-t-il pas condamné, en novembre 2010, la laïcisation accélérée des sociétés occidentales comme risquant de « détruire la liberté religieuse en se proposant comme une vrai dictature » ?

Si l’Église, au nom de ces lois divines (qu’elle prétend supérieures aux lois des États) excommunie les médecins qui pratiquent un avortement, elle n’excommunie pas les pédophiles, ni les violeurs… Les larmes de crocodiles du cardinal Barbarin dans votre revue ne trompent personne. Il se  dit « touché par ceux qui défendent les enfants par exemple. Ils souffrent à leurs côtés. Cela se voit et se ressent, et j’aime les écouter lorsqu’ils me font partager leurs convictions ». Que c’est beau et larmoyant mais surtout insupportablement hypocrite. Chaque mois, les médias nous interpellent sur des crimes des plus sordides commis sur des enfants par des hommes d’Église que leur hiérarchie a protégés afin d’éviter le scandale et la justice des hommes. D’ailleurs, à ce jour aucun pédophile n’a été excommunié par l’Église. Il est vrai que des hommes d’Église, des génocidaires comme au Rwanda ou plus proche de nous le milicien Paul Touvier ont été aussi cachés et protégés pendant des années dans des couvents, afin d’éviter la loi commune que nous nous sommes donnée…

Mais la compassion catholique a ses limites, pour Barbarin, on divorce trop facilement (de quoi se mêle t-il ce célibataire à vie ?). Il ferait mieux de s’occuper de ce qu’il connait : de ses prières. Connait-il le désarroi des femmes qui sont menacées par leurs époux, quand elles demandent le divorce ? Connait-il les délais pour divorcer (plusieurs mois) ? Sans compter les procédures plus conflictuelles comme les divorces pour fautes ? A l’heure actuelle où de nombreuses femmes sont victimes de violences, de menaces de la part de leurs époux, ce cardinal a la compassion bien sélective suivant, bien évidemment, comme tout bon prosélyte, les dogmes de son Église.

Pour notre part, nous affirmons avec force le principe de laïcité et défendons le Droit Républicain issu de la représentation du peuple. L’Église catholique comme toutes les religions (en tant qu’institution et par rapport à ses dogmes) n’a pas à combattre les lois votées par les State démocratiques. Le Pape n’a pas à interférer dans les choix des peuples souverains comme il se le permet (par exemple quand l’Espagne a voté une loi autorisant le mariage gay). Nous vous rappelons et ne cessons de le faire à tous, que le Vatican est une dictature. Il n’y a pas d’élections mais un Pape tout puissant et infaillible…

Nous espérons que notre courrier vous aura fait comprendre notre position qui n’a pour but que de défendre le Droit républicain, comme le font, les avocats de ce pays.

Comme Émile Littré nous faisons notre sa devise : « nous dénions aux religions qui passent le droit à gouverner l’humanité qui dure ».

Veuillez agréer, Mesdames, nos salutations distinguées, laïques et républicaines.

                                                                                                                Régis BOUSSIERES

                                                                                          Président du Cercle Maurice Allard

 

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