Poème pour un chant mortuaire laïc, athée, voire chamaniste ou panthéiste

Publié le par Severine AUFFRET

A mes amis de la vie

Je retourne au soleil dont je suis l'enfant

Au ciel dont je suis le nuage et le vent

A la terre dont je suis la poussière et l'argile

A la rivière dont je suis la fuite et le lit

A la mer dont je suis la vague et l'algue

Au feu dont je suis l'étincelle et la cendre

A l'éternité dont j'ai surgi pour un instant

Un clignement de paupière

Un événement frémissant

Une vie si brève et si ample

Pour être comblée de vous.

 

Ce qui ne vit pas ne meurt pas

Ce qui ne meurt pas ne vit pas

Je meurs d'avoir vécu ma plénitude

Encore en vie, j'écris pour vous

Ne pleurez pas sur moi, je le demande

Mais vivez, dansez et chantez

Attentifs à guérir les douleurs

Autant qu'il est en vos pouvoirs

Aujourd'hui je ne sens plus rien

Ceci ne fait ni mal ni bien

Mais la calme ellipse du rien.

 

Je m'attendrissais, en vie, sur vos larmes

Sur le manque que je laisse en vous

Ce manque est de tendresse et d'amour

N'en gardez que la pleine présence

Retrouvez-moi dans tous les éclats du soleil

Dans tous les états du ciel, dans le rire de tous les rus

Dans les laisses et les mouettes de toutes les plages

Dans les flammèches de tous les âtres

Dans les ambres de tous les vins

Dans la sève de tous les arbres

Dans l'ombre complice des forêts.

 

Et là, mes amis de la vie

Moi-en-vie je vous retrouve

Dès aujourd'hui

Je ne dis pas que je vous retrouverai

Là, pas ailleurs, pas plus tard

Là, toute mesure de temps défaite

En notre commun jardin

Car nous sentons et nous expérimentons

Disait un sage ô combien

Que vous et moi

Nous sommes éternels

Oh oui, nous sommes éternels.

 

Séverine AUFFRET

 

 

 

 

 

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Publié dans POESIE

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Joël 11/03/2014 23:46


Émouvant et tendre à la fois


Merci Séverine

Ouroboros 11/03/2014 14:27


Superbe ! Oui... Profitons des dernières lumières des jours.


Au crépuscule sortent les fous.
Bientôt nous serons partis…

denis 11/03/2014 13:04


Après avoir lu ça, qui osera encore évoquer


- le cartésianisme désincarné,


- le matérialisme stérile,


- le rationalisme au coeur sec,


ou encore l'absence de sensibilité et de spiritualité des incroyants ?


Chapeau, Séverine.