Prix de la Laïcité 2011

Publié le par Association des Libres Penseurs de France

Cet article est le commentaire diffusé ce matin dans notre émission hebdomadaire "jour de lessive anticléricale" de 10 h 00 à 12 h 00 sur Radio Libertaire 89.4 Mhz.

 

Natalia Baleato a reçu vendredi soir le prix national de la laïcité. Cette reconnaissance, alors que celle-ci reste en attente du jugement en appel dans un procès qui l’oppose à l’une de ses employées.

Ce prix récompense 20 années de travail, mais il est aussi la reconnaissance de la légitimité d’un combat qui sonne malheureusement, ici tel une exception. Un paradoxe dans notre pays, berceau de la laïcité.

Ce prix permet d’attendre avec sérénité l’audience du 27 octobre car la voilà d’ores et déjà lavée des soupçons portées par la Halde, qui lui doit d’ailleurs son implosion.

Paradoxalement, ce procès aura contribué à sensibiliser l’essentiel des laïques, nourrit de nombreuses réflexions et permis une prise de conscience de l’état de notre société. La crèche Baby-loup, véritable laboratoire, constitue un outil de cohésion sociale que l’on souhaite aujourd’hui voir se généraliser plus systématiquement.

Au lieu d’abandonner les territoires, comme se fut la règle pour la majeure partie des structures d’accueil, celle-ci, de par son engagement a su sans arrêt se remettre en question et s’adapter aux contraintes socio-professionnelles de plus en plus lourdes.

Plus de 400 personnes étaient donc assemblées dans les salons de l’hôtel de ville de Paris.

Détailler ici l’ensemble des discours serait les dénaturer. De sensibilité diverse, chaque intervenant manifestait un plaisir unanime à cette laïcité recouvrée.

Le pessimisme apparent de Pierre Bergé n’était cependant que l’amer constat, malgré des années de lutte de ce combattant de la première heure, d’une laïcité affaiblie à force d’immobilisme. Il revenait à l’un de nos pairs de l’exprimer. Le timbre profond et sans faille témoignait de la vigueur d’un militant bien actuel.

Tour a tour se sont exprimés Anne Hidalgo, première adjointe de la ville de Paris, Patrick Kessel, président du comité laïcité république, Alain Seksig, Élisabeth Badinter, Pierre Bergé et Odile Saugues, députée du puy de dôme et présidente du jury 2011.

Un trait d’union à toutes ces interventions fut de souligner l’intervention essentielle de Manuel Valls sans qui, et ce malgré la mobilisation pourtant massive des associations et personnalités présentes, n’auraient probablement jamais abouti. Un coup de chapeau unanime à l’action citoyenne, née de l’indignation de cet élu, le seul à prendre cette position à l’opposé de l’ensemble de la classe politique. Marquer cette initiative démontre ainsi que l’affaiblissement de la laïcité tient essentiellement en sa défense, et c’est le rôle que les élus, pourtant garant de la constitution, ont dans leur grande majorité abandonné. 

Le prix national a donc été attribué à Natalia Baleato,

Directrice de la crèche Baby Loup, pour son action courageuse en faveur de la laïcité au quotidien. Le jury, au-delà des mérites personnels de Mme Baleato a voulu adresser un signal fort pour soutenir son combat, alors que l’affaire sera jugée le 24 septembre prochain devant le Tribunal de Versailles.

Le prix international a été attribué à Nadia El Fani,

Réalisatrice franco-tunisienne, dont le film « Laïcité Inch Allah ! », réalisé avant et au cœur de la révolution de jasmin, témoigne d’un engagement en faveur d’une Tunisie démocratique et laïque. Le jury a souhaité adresser un message de solidarité au peuple tunisien et à travers lui, à tous les peuples arabes qui aspirent à la démocratie, à liberté de conscience, à l’égalité des droits, en particulier entre hommes et femmes et à la justice sociale.

Ces deux prix, remis ce jour sont un instantané de notre planète en même temps qu’un trait d’union. Il démontre l’évidente association entre laïcité et mondialisation.

Lors que, au pays des droits de l’homme, elle s’affaisse sous l’éteignoir d’un gouvernement réactionnaire, elle vibre d’un nouvel élan chez nos voisins en lutte. 

À l’instar de toute révolution, le peuple aura toujours pour premier acte de s’émanciper de tout pouvoir, qu’il soit politique ou religieux et malheureusement, le plus souvent tous deux inextricables.

Nous ne dirons jamais assez combien la trahison à ces valeurs du gouvernement Sarkozy aura été néfaste, tant pour la France que pour l’Europe dont la vocation était justement de porter haut et fort les valeurs laïques afin qu’elles rayonnent auprès de ceux qui subissent encore le joug des religions, et non d'hypothétiques racines chrétiennes (n'en déplaise au sus-nommé). 

Le film «laïcité Inch’allah» réalisé par Nadia El Fani a cette force et ce courage.

Il montre ce peuple en ébullition, ces questionnements, au cœur desquels revient sans cesse le souhait de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité.

Laïcards* de tous poils, donc, assemblés ce vendredi auront au moins donné ce signe fort, témoin de notre solidarité. Une poignée de main traduite par la remise de ces deux prix.
Et ce n’est pas un hasard, comme le relevait Élisabeth Badinter, que ce soit justement deux femmes qui soient ici reconnues dans leur combat.

Comment dissocier laïcité et droit des femmes dans toute recherche d’émancipation.

Trois mots, trois concepts qui provoqueront toujours la colère des intégristes de toutes les religions, sous toutes latitudes.

 

Didier CROS

Secrétaire général de l’ADLPF

 

*Laïcards : Étiquette à connotation péjorative largement diffusée par les intégristes de tous bords pour désigner les ardents défenseurs de la Laïcité. Élisabeth Badinter dans son discours a revendiqué fièrement cette étiquette, et l’ensemble des personnes présentes, se sentant concernées, l’endossent aussi fièrement.

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