Quand l’État cherche à cacher la poussière sous le tapis

Publié le par Gilles POULET

     "La France n’a pas de problème avec sa laïcité".

Ainsi s’intitule une interview du Monde de M. JL Bianco, ancien ministre et toujours socialiste éminent. Beaucoup de mes camarades s’interrogent sur l’acuité du regard de ce bon monsieur Bianco, mais ils ont tort, Bianco n’est pas aveugle, il est en service commandé. Vous verrez, il trouvera ce que F. Hollande l’a envoyé chercher, c'est-à-dire une "laïcité apaisée". De ce point de vue, la commission qu’il préside est à ajouter à la déjà longue liste des comités Théodule dénoncés, en son temps, par le général De Gaulle.

     Adjectiver un principe comme celui de Laïcité, loin de le renforcer, c’est l’affaiblir. En effet, la Laïcité (avec un L) est un principe qui ne souffre pas l’épithète. C’est un principeà partir duquel se met en place une séparation radicale de la sphère publique, où s’épanouissent et œuvrent des citoyens, de la sphère privée, où s’expriment les différences de croyances, voire de mœurs de personnes privées.


     La Laïcité ne connait que des citoyens égaux et libres et ne reconnait pas les communautés particulières en tant que telles, mais les protège d’ennemis éventuels, des persécutions inter religieuse ou inter ethniques, et veille à l’ordre publique. Elle assure la liberté de tous de croire ou de ne pas croire; en cela, elle est autrement plus tolérante que les religions qui ne relient entre eux que ceux d’une même communauté de croyant à l’exclusion des autres. Cf. les douceurs et câlineries entre chrétiens réformés ou non ou entre musulmans chiites ou sunnites…


     Dans sa prestation, M. Bianco appelle, comme son patron élyséen, à une laïcité (ici on perd la majuscule) d’apaisement et indique que les atteintes à la laïcité sont surestimées, même s’il admet (du bout des lèvres ?) que "cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas de comportements qui portent atteinte à la laïcité ou qui montre une volonté de porter le fer contre la République". Merci de vous en rendre compte M. le ministre ! Plus loin, il prétend qu’ "on n’est pas en face d’un vide juridique [comme en 2004)" et, enfourchant des thèses déjà rabâchées, il évoque le code du travail et la jurisprudence qui s’est constituée au fil des jugements. Sa crainte est qu’en légiférant, on crée une "loi stigmatisante".

"Si l’on touche aux crèches privées, par exemple, on risque de dévider une pelote qui nous mène sur des établissement médico-sociaux, de santé, d’éducation, de centre d’accueil, des écoles privées." Redoutable amalgame où tout est mélangé pour que tout se confonde. Pourtant, il y a une vraie différence de nature entre une crèche qui reçoit des enfants de toute confession, et une école privée dont les élèves sont des enfants placés là par des parents qui savent où ils les ont mis, question de choix privé, voire de militance éducative.

     Ce qui révulse dans l’affaire de la crèche Baby-Loup, c’est que des activistes, en s’appuyant précisément sur le code du travail, sont en mesure d’entraver, puis de faire déménager un établissement qui ne répond pas à leurs critères PRIVÉS, en passant par la provocation telle qu’elle a été montée et menée à Chanteloup les Vignes. Que voulaient-ils ? Et bien qu’entrent en ces lieux la religion musulmane, la nourriture halal et tout ce qui va avec. Au rebours, quelle possibilité a un laïque, aussi militant que l’employée de Baby-Loup le fut pour sa religion, de seulement pouvoir être embauchée dans une crèche "musulmane", par exemple, avec les contraintes qui y seront imposées ?

      Répondez ! Vous les beaux esprits qui au nom du droit du travail laisserez sans barguigner de jeunes enfants en grand danger d’endoctrinement. L’État laïque se doit de protéger les enfants, tous les enfants. Alors oui, il y a bien une béance dans le droit si des projets aussi destructeurs peuvent aboutir, et si, et n’en doutons pas, cette jurisprudence là sert de fer de lance à tous les agités qui rêvent d’islamiser ce pays. Je galèje ? Que nenni !

      En observant l’histoire, je ne peux faire l’impasse sur 15 siècles d’évangélisation des peuples, en force et de force, le sabre d’une main et le goupillon de l’autre ! Et demain ? La kalachnikov et le coran, pour le même boulot ? Veut-on cela ? On dit que l’histoire ne se répète pas, soit, mais il lui arrive de bégayer et nul bégaiement n’est harmonieux.


      L’attitude de M. Bianco me semble bien désinvolte même s’il concède qu’il " faut redonner l’idée que la laïcité est un principe de liberté, la promouvoir et la rendre aimable " ; il est bien bon de s’en apercevoir, mais est-ce en niant le problème et en cédant encore et toujours sous les coups de boutoirs des agités et des agitateurs qu’il entend y parvenir ? "Faire la guerre en dentelles pour gagner le cœur des belles ", dit la chanson ; et vous voyez des dentelles chez les ultras, vous ?


     Il ne s’agit évidemment pas, dans ce combat, de s’en prendre à la majorité des français de confession musulmane car ils sont bien loin des turpitudes des agités et aspirent à une vie paisible loin des excès de tous ordres ; mais bel et bien de s’opposer, bec et ongles, aux agissements d’une minorité active et réactionnaire aux visées purement politiques et déstabilisatrices, qui rêve d’implanter en France une législation exogène, la charia, vieille lune parfaitement barbare et sanguinaire, que les esprits éclairés ne peuvent que condamner. On attend moins de naïveté, (ou de cautèle ?), d’un ancien ministre et de sa commission ; on attend qu’ils fassent vraiment le travail et qu’ils trouvent non ce que l’on leur a ordonné de trouver, mais des solutions à un problème récurrent que le temps n’arrangera pas, bien au contraire. Toute faiblesse encourage à poursuivre l’offensive. Toute faiblesse nous oblige à redoubler de vigilance.

Gilles Poulet

Publié dans LAICITE

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Mouloud Akkouche 03/07/2013 15:57


Bonjour,


Merci et bravo pour  ce billet qui fait chaud à mon coeur d'athée !


Cordialement,


Mouloud Akkouche