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HISTOIRE

Par Association des Libres Penseurs de France - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

1004998-Louise_Michel_parlant_aux_communards.jpg En ce lundi 22 mai 1871 a débuté cette tragique Semaine sanglante. Ce fut une bien triste journée qui marqua le commencement de l'effroyable répression de la Commune de Paris. Dès les premières lueurs, le jour s'annonçait chaud et sans nuages.

 

Après plusieurs infiltrations réussies la veille, l'armée versaillaise entre dans Paris par la Porte de Saint-Cloud. Le matin, Elie Reclus, directeur de la Bibliothèque nationale et frère du non moins célèbre Elisée, note dans son journal : "Les gardes nationaux, exécutant un mouvement tournant, auraient repris les portes d'entrée et les Versaillais, ayant leur retraite coupée, seraient maintenant pris entre deux feux". Sans le savoir et en toute bonne foi, il donne libre cours à cette rumeur de la rue qui, rapidement, s'avèrera fausse.

Malgré les injonctions répétées de quelques officiers, les Fédérés protégeant les secteurs du Petit-Vanves et de Passy reculent en catastrophe. Lissagaray rapporte la situation : "On s'étonne de cette invasion si rapide tant le Comité connaît peu la situation militaire". Les renforts demandés pour défendre le quartier de la Muette n'arrivent pas et, avant leur encerclement, on assiste aux premiers replis des Communards. Tant bien que mal, les premières barricades s'érigent dans la capitale. Les troupes versaillaises s'avancent lentement vers le Trocadéro. Les batteries de Montmartre, pour la plupart hors service, ne commenceront à tirer que dans l'après-midi... La résistance tente de s'organiser. Les Fédérés tiennent la Concorde, la Rue Royale et les bords de Seine, cela pendant près de quarante heures. En ce lundi après-midi, les Versaillais parviennent jusqu'à la gare Saint-Lazare. L'avance semble irrésistible dans la mesure où elle se conjugue avec la forte désorganisation des Fédérés ce qui, en quelques jours, provoquera leur défaite.

Le lyrisme de la dernière proclamation du Comité de Salut public ne change rien à l'affaire. Que pèse les quelques vingt-mille hommes de la Commune contre les cent-trente mille soldats de Mac-Mahon, super équipés et entraînés comme il se doit ? Le plan d'attaque de Versailles a été bien étudié : prendre Paris par l'ouest (XVIe et XVIIe arrondissements) et par le sud (XVe et XIVe), avancer de chaque côté de la Seine afin de repousser les factieux sur les côteaux de Belleville et de Ménilmontant. Quelques 40.000 soldats versaillais restent en réserve. En vérité, ces liquidateurs seront chargés du "ratissage", ce nettoyage par la terreur, quartier par quartier et maison par maison.

Après ces premiers combats du lundi, tout laisse penser que Thiers donnera l'ordre à Mac-Mahon de ne pas se presser pour envahir Paris. Le blanquiste Gaston Da Costa, dans son livre La Communellès vécue, semble accréditer cette thèse : "Si, le 21 mai, les Versaillais, entrés dans Paris par surprise, avaient continué leur marche en avant, ils eussent certainement occupé dans la nuit même les deux tiers de la capitale et pris l'Hôtel de Ville, sans laisser à Pindy le temps de l'incendier. La lutte prenait fin en quarante-huit heures ; les otages étaient sauvés, mais aussi le massacre prémédité de quarante mille Parisiens devenaient impossibles".

Une semaine sanglante c'est long, très long et, ce lundi 22 mai n'est jamais que son premier jour... Par Auteuil et par Passy, là où les loups sont entrés, les cadavres jonchent les rues. Hors des zones de combat, des charniers sont établis, démontrant, si l'en est besoin, que des massacres sur la population ont été commandités par le gouvernement : "L'important pour Thiers était de bien montrer à l'Assemblée de Versailles de quel danger de mort il allait tirer la société bourgeoise",(dixit G. Da Costa). 1004919-Execution_des_derniers_communards_contre_le_mur_de.jpg

En définitive, ce triste jour préfigue bien les six jours qui vont suivre. Un bilan de 20.000 morts, 38.000 arrestations et, jusqu'en 1877, quelques 50.000 jugements dont 10.000 déportations. Tel aura été, pour les Parisiens, le prix à payer pour que l'ordre bourgeois règne à nouveau !

                                                         Roland BOSDEVEIX

http://rebrousse-poil.over-blog.com/

 

Gravures:

Louise Michel parlant aux communards. Camaïeu sur bois de Jules Girardet. (Musée d'Art et d'Histoire, Saint-Denis.)

 

Exécution par les versaillais, en 1871, des derniers combattants de la Commune contre ce qui deviendra le mur des Fédérés, au cimetière du Père-Lachaise, à Paris. Dessin au crayon rehaussé de gouache, par Alfred Henri Darjou. (Musée Carnavalet, Paris.)

 

Communauté : libre pensée et laïcité
Mardi 22 mai 2012 2 22 /05 /Mai /2012 08:46
- Publié dans : HISTOIRE
Par Alain ANTOINE - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Marcel Sembat.jpg Marcel Sembat, humaniste, ami des artistes, illustre figure de la pensée socialiste, l’un des instigateurs de la loi du 9 décembre 1905 instaurant la séparation des églises et de l’état, Bonnièrois tombé dans l’oubli.

Marcel Sembat est né le 19 octobre 1862 à Bonnières sur Seine. Sa famille, de la moyenne bourgeoisie locale était implantée dans la région depuis plusieurs générations. Son père était directeur-receveur des postes de Bonnières, commune dans laquelle il fut Conseiller Municipal et commandant des sapeurs pompiers. Sa mère, sans profession était la fille du greffier de la justice de paix de la commune. Après de brillantes études de droit, il s’inscrit au barreau des avocats de Paris vers 1885. Il exerce essentiellement dans des affaires politiques, défendant des syndicalistes, des antimilitaristes… Déjà il se fait remarquer et apprécier comme un redoutable orateur. Très vite, il se dirige vers le journalisme et la politique.

Il est parmi les créateurs, en 1891 de la « Revue de l'Évolution Sociale, scientifique et littéraire ». Chroniqueur judiciaire à « La république Française ». Il dirige en 1892 « La petite République Française », journal fondé par Léon Gambetta, qu’il a racheté avec des anciens condisciples du collège Stanislas : c’est le premier quotidien accueillant tous les courants socialistes. Le 19 juillet 1893, c’est Alexandre Millerand qui lui succède. Très régulièrement, il collabora à « La revue Socialiste », « La lanterne », et « l’Humanité », quotidien dans lequel il tint une rubrique de politique étrangère, et qu’il dirigea par intérim lors de la tournée de Jaurès en amérique latine en 1911.

Son engagement politique commence avec sa carrière d’avocat et de journaliste : il adhère au « Comité Révolutionnaire Central » (parti socialiste de tendance blanquiste), qui devient en 1897 le « Parti Socialiste Révolutionnaire », dont il fut un des dirigeants, puis le « Parti Socialiste de France » en 1902, puis la SFIO en 1905. Marcel Sembat est l’un des auteurs de l’unification de tous les courants socialistes français. Il est élu pour la première fois à la chambre des députés, en 1893, dans la première circonscription du XVIIIè arrondissement de Paris, celle des Grandes-Carrières, à Montmartre, quartier populaire et de la bohème artistique et littéraire. Il y fut constamment réélu jusqu’en 1922.

A partir de 1898, il développe, tant à la chambre des députés que dans d’innombrables réunions publiques dans toute la France, ainsi que dans ses articles et éditoriaux de la presse nationale (sa plume était admirée et redoutée !), une activité parlementaire et militante qui fit de lui l’une des figures les plus en vue de la SFIO. Fervent défenseur de la République, il participe à l’élaboration de la loi de séparation des églises et de l’état. Il défend aussi les thèses pacifistes, rédigeant le seul de ses livres publié de son vivant « Faites un roi, sinon, faites la paix », pamphlet pacifiste qui fut incompris à l’époque.

L’assassinat de Jaurès, le 31 juillet 1914, la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France, le 3 août, et la prise de position de la SFIO en faveur d’un gouvernement de défense nationale, le propulsent le 26 août 1914 au gouvernement Viviani comme ministre des travaux publics : il est le premier membre de la SFIO à représenter son parti au sein d’un gouvernement, comme ministre de droit. Bien que pacifiste dans l’âme, il dut assumer sa participation à un gouvernement de guerre totale. Ses responsabilités l’amenèrent à exercer un contrôle complet sur le marché économique du charbon (loi du 22 avril 1916 « sur la taxation et le transport de charbon sous pavillon français » et négociation de l’accord franco-anglais Sembat-Runciman, du 25 mai 1916, sur la taxation du fret et du charbon anglais). L’évolution défavorable du marché, les conséquences de la bataille de la Somme sur le ravitaillement de Paris, le développement de la guerre sous-marine, provoquent une grave pénurie de charbon à la fin de l’année 1916. Mis en cause par une virulente campagne de presse orchestrée par la droite, contesté au sein de son propre parti par les opposants à la participation ministérielle, il quitte son poste à l’occasion du remaniement du gouvernement Briand du 12 décembre 1916, laissant sa place à Edouard Herriot.

Très affecté par l’échec qu’on lui imputait, et physiquement épuisé, il est vivement contesté au sein même de la SFIO où Longuet, Renaudel, Frossard, et Cachin prennent de plus en plus d’ascendant. Au congrès de Tours en 1920, il vote contre l’adhésion du parti à la IIIè internationale, sauvant « la vieille maison » avec Léon Blum. Il restera l’un des dirigeants de la SFIO. Bouleversé par la mort de son vieil ami Jules Guesde, le 28 juillet 1922, et très inquiet des conséquences à moyen et à long terme du traité de Versailles, il n’eut pas le temps d’achever la rédaction d’un ouvrage d’une exceptionnelle lucidité « La Victoire en déroute », édité à titre postume par ses neveux André Varagnac et Pierre Collard, en 1925.

On ne peut résumer Marcel Sembat à son action politique. Il prit part à l’action et au développement de la franc-maçonnerie. Initié à Lille en 1891 dans la loge « La Fidélité de la Grande Loge de France », il rejoint le « Grand Orient de France » à Paris. Fondateur de la loge « La Raison », à Montmartre en février 1898, il appartint à la formation para-maçonnique de « la Chevalerie du Travail ». En 1910, il devient vice-président du Conseil de l’Ordre et président de la commission des affaires administratives du Grand Orient de France. Il fut aussi le créateur et l’animateur du « Comité Central des Fêtes et Cérémonies » civiles de l’Ordre et dirigea la publication de son organe ; le « Annales des Fêtes et Cérémonies Civiles ».

Marcel Sembat était aussi un humaniste complet, qui lisait le latin, le grec, l’anglais, l’allemand… et rêvait de faire du chinois. Pendant toute sa carrière, soit il suit des cours ou des séminaires (psychologie, chimie…) au Collège de France ou à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, soit il lit, commente et annote inlassablement tous les ouvrages publiés sur les sciences nouvelles : c’est un passionné de la psychologie et des prémices de la naissance de la psychanalyse.

C’est un homme d’une immense culture et d’une insatiable curiosité intellectuelle, en particulier dans le domaine artistique. Membre du tumultueux Salon d’Automne de 1905, celui des « fauves », il prend la défense du concept de « la liberté de l’art », en particulier dans son retentissant plaidoyer à la tribune de la chambre en faveur des cubistes lors de l’affaire du Salon d’Automne de 1912. Ami des artistes, des peintres en particulier, il écrit en 1920 la toute première monographie consacrée à Matisse et son œuvre.

Le 27 février 1897, Marcel Sembat épouse Louise, Georgette Aguttes (connue sous le nom de Georgette Agutte), fille de Jean, Georges Aguttes, artiste peintre, lui-même élève de Félix Barrias et Camille Corot. Le couple Sembat-Agutte est l’exemple même de l’union fusionnelle : les carnets noirs de Marcel Sembat témoignent souvent de cette union, parfois, en terme crus et sans pudeur, mais d’une vérité saisissante.

Si les activités de Marcel Sembat le retenaient le plus souvent à Paris, Marcel et Georgette rejoignaient chaque fin de semaine la maison de Bonnières où Georgette Agutte avait son atelier. C’était souvent le rendez-vous des écrivains et artistes… Le couple faisait aussi de nombreuses et longues promenades dans la campagne environnante : les carnets noirs contiennent de nombreuses et délicieuses descriptions des environs de Bonnières.

AgutteGeorgette02.jpg Le couple possédait aussi un chalet à Chamonix. C’est là que Marcel Sembat meurt le 4 septembre 1922, terrassé par une attaque cérébrale. Georgette Agutte ne survivra pas à cette disparition. Quelques heures plus tard, elle écrit à leur neveu : « je ne peux pas vivre sans lui. Minuit. Douze heures qu’il est mort. Je suis en retard » et se tire une balle dans la tête.

Cette double disparition a un retentissement énorme dans la société de l’époque. L’Humanité écrit : « Tous deux, lui dans la bataille des partis, elle dans la bataille de l’art, étaient à l’avant-garde. ». Le 7 septembre 1922, une foule immense assista aux obsèques de Marcel Sembat et de Georgette Agutte, au cimetière de Bonnières. Lors de la cérémonie organisée le 18 décembre 1922 dans l’immense salle du Gaumont Palace, Léon Blum déclare : « Marcel et Georgette Sembat étaient socialistes comme ils étaient artistes : ils étaient artistes par les mêmes dons, par les mêmes penchants qui avaient fait d’eux des socialistes. »

Une vieille militante socialiste de Bonnières évoquait souvent le pèlerinage annuel des socialistes, à la date anniversaire de la mort des époux Sembat : c’était un train entier qui amenait à Bonnières les socialistes de la Région Parisienne venus se recueillir dans le cimetière de Bonnières. La deuxième guerre mondiale mit fin à cette tradition, et Marcel Sembat est tombé peu à peu dans l’oubli.

Combien d’usagers de la ligne 9 du métro parisien savent quel illustre intellectuel et militant socialiste fut Marcel Sembat quand ils passent dans la station qui porte son nom ?

Dans les années 70, une association « les amis de Marcel Sembat », essentiellement composée de militants socialistes tenta de faire sortir de l’oubli l’illustre personnage… Ses animateurs vieillissant ou disparus, elle est tombée en sommeil.

Les époux Sembat reposent dans le cimetière de Bonnières. Leur tombe, un monument d’une grande simplicité était jadis ornée d’une statue… celle-ci a été volée il y a quelques années. Plus personne ne vient fleurir ce monument, et rares sont les visiteurs qui viennent visiter ce tombeau.

En 2002, la commune de Bonnières a acquis la maison et le parc Marcel Sembat. Grâce à d’importantes subventions, le jardin a été remis dans l’état où il devait être au temps de Marcel et Georgette. Il est agrémenté en son centre d’un kiosque à musique (un peu moderne), où la commune a organisé une ou deux fois des concerts. Ce parc, à deux pas du centre ville, est un lieu de promenade des plus agréables, peu fréquenté, hélas par les Bonnoièrois.

En 2005, s’est créée une association, qui avait établi son siège dans la maison Sembat/Agutte www.aguttesembat.com.

52324.jpg Le demeure venait d’être acquise par la mairie ; les membres de cet association ont fait alors un gros travail de fouilles au milieu des gravats qui encombraient les greniers de la maison, à l’abandon depuis des lustres. Ils ont trouvé les lieux dans un état de délabrement désolant : les célèbres cheminées de faïence de Metthey avaient disparu… Ils ont toutefois récupéré dans le grenier, un certain nombre d’ouvrages de la bibliothèque, et une peinture sur fibro-ciment, en mauvais état. Un gros travail… Une fois les lieux remis à peu près en état, l’association « aguttesembat » a fait vivre les lieux : conférences, animations à caractère culturel sur le thème de « la belle époque », ouverture de la maison au public, avec visites (gratuites) commentées. Les responsables de l’association se sont surtout intéressés à la facette artistique des époux Sembat, et à l’implication de Marcel Sembat dans la franc- maçonnerie, laissant de côté toute l’œuvre politique du personnage, ce qu’on ne peut que regretter. Après trois années de fonctionnement, un conflit est né entre le maire de Bonnières et l’association, et celle-ci a été purement et simplement chassée des lieux : la convention qui la liait à la mairie n’a pas été renouvelée. L’association continue de fonctionner, en d’autres lieux.

Récemment, la commune a construit à l’entrée du parc, à proximité de la maison, un bâtiment neuf qui accueille la « petite enfance » et le centre de loisirs. Si on peut être certain que Marcel et Georgette auraient été ravis d’entendre les cris et les jeux des enfants près de leur demeure, ils auraient été aussi, sans doute horrifiés de la laideur de l’architecture du bâtiment ! Le ravalement de la maison a été réalisé en même temps que ces travaux : peut-être aurait-il été plus judicieux de faire un ravalement dans le style de la construction de l’époque, plutôt que ce crépit résolument moderne ?

Aujourd’hui, la maison Agutte/Sembat est fermée. Elle n’a même pas été ouverte au public ces dernières années, à l’occasion des journées du patrimoine, comme replongée dans le sommeil d’où on l’avait sortie quelques temps…

La lecture des bulletins municipaux successifs entre la rupture avec l’association « aguttesembat » et la mairie ne laisse pas présager un projet culturel pour utiliser ce témoignage local d’une grande figure du socialisme du début du 20è siècle. C’est dommage : c’est une chance, pour une commune comme Bonnières de posséder un lieu aussi chargé d’histoire et de symboles. Cette maison, pourrait, par exemple accueillir des expositions temporaires où la population pourrait profiter des tableaux de Georgette Agutte, que la commune possède et qui sont rangés loin des regards du public.

Ainsi, Marcel Sembat, illustre à son époque, un des initiateurs de la loi du 9 décembre 1905, instaurant la séparation des églises et de l’état est retombé dans l’oubli d’où il était sorti pendant la brève période où l’association Agutte Sembat avait fait vivre sa maison. Restent ses écrits, en particuliers, ses « carnets noirs », où il relate, jour après jour, son immense activité politique, philosophique, artistique… Des textes d’une étonnante modernité, à lire absolument.

 

                                                                                                              Alain ANTOINE

Communauté : libre pensée et laïcité
Lundi 4 octobre 2010 1 04 /10 /Oct /2010 09:56
- Publié dans : HISTOIRE
Par (envoyé par) Marc SIMON - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires




Communauté : libre pensée et laïcité
Samedi 12 septembre 2009 6 12 /09 /Sep /2009 11:08
- Publié dans : HISTOIRE
Par Michel BOTTOLLIER - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Julien Offray de La Mettrie est né à St Malo en 1709. Après avoir suivi des cours de logique, il opta pour la médecine et fut reçu docteur en 1733. Dès la fin de ses études il publia des traités sur l’asthme et les maladies vénériennes, puis il vient à Paris en 1742 en qualité de médecin des Gardes françaises ; il y fréquente les cercles cultivés et libertins de la capitale et prend conscience des mensonges véhiculés par l’idéologie dominante, surtout cléricale.

En 1745 il publie l ’« Histoire naturelle de l’âme » , ouvrage condamné par le Parlement à être brûlé, en même temps que les « Pensées philosophiques » de Diderot. Contraint de fuir en Hollande il y publie l’ « Homme machine » en 1747. Il se réfugie ensuite à Berlin où il devient lecteur de Frédéric II roi de Prusse, un despote certes, mais protecteur des intellectuels d’avant-garde, bien plus éclairé et tolérant que Louis XIV. Il est nommé membre de l’Académie royale des sciences ; il écrit son ouvrage le plus radicalement matérialiste : « Discours sur le bonheur » (1748) puis « Le système d’Epicure » (1750).

Il sollicite l’appui de Voltaire pour rentrer en France, mais meurt en 1751 à 42 ans.

La Mettrie a été persuadé très tôt que l’âme, au sens religieux, n’existe pas ; il nomme âme la faculté particulière de l’homme à raisonner (ce que nous pouvons appeler à l’heure actuelle le « logiciel du cerveau » *).

Aux théologiens de son époque, qui se déguisaient en philosophes, La Mettrie oppose ses observations de médecin.

Il a lu le « Manifeste » du curé Meslier (1664-1729) mais, alors que le matérialisme de Meslier n’était pas étayé par des connaissances scientifiques, les convictions de La Mettrie reposaient sur une solide culture en médecine, chirurgie, physique et chimie, ce qui lui a valu la considération des milieux européens les plus éclairés de son temps.

Allant plus loin dans sa réflexion il arrive à la conclusion que nous ne sommes que des animaux perfectionnés et que notre corps peut se décrire comme une entité purement matérielle. La conséquence logique est que rien ne justifie l’immortalité et les superstitions/religions qui s’y rattachent. Une autre conséquence est qu’il faut exalter les plaisirs du corps car le désir est l’affirmation de la vie, mais, à la différence de Sade (1740-1814) , son hédonisme naturel est tempéré par une rigoureuse morale sociale. La Mettrie a été un matérialiste radical et athée ; les tentatives marxistes de promouvoir sa pensée n’ont pas reçues grande audience en France, mais, par le biais du darwinisme et de la biologie moderne, il retrouve enfin son importance.

Dans un 18e siècle encore soumis aux pouvoirs obscurantistes

La Mettrie a été un précurseur, un penseur rigoureusement logique pour lui la philosophie est avant tout l’enseignement de la vérité, et ceci en dépit des risques. Sa pensée a permis le développement de la théorie de l’évolution de Charles Darwin (1809-1873). Maintenant qu’il est prouvé, par les dernières découvertes sur l’A.D.N., que nous partageons 98% de notre patrimoine génétique avec les grands singes anthropoïdes, les derniers combats des créationnistes américains ou turcs n’ont plus guère de signification pour la communauté scientifique internationale et le récit de la Bible, la Genèse, est relégué au rang d’une fable ridicule.

Le mépris de l’« homo religiosus » envers les animaux (dépourvus d’âme donc définitivement nos inférieurs !) est critiqué par les scientifiques du monde entier, disqualifié par les biologistes, les éthologues et même les ethnologues ; l’humanité prend conscience peu à peu qu’il n’y a pas de hiatus (interruption de la continuité) dans la chaîne vivante de la bactérie jusqu’à l’homme et que si nous sommes une exception « intelligente » dans la nature c’est la loi du hasard et de la nécessité.

 

* Lorsque le disque dur de votre ordinateur est détruit, tous les programmes logiciels le sont également, il n’en reste pas de trace ; chez les organismes vivants (dont l’homme) c’est pareil : la raison, l’esprit, la pensée, tout ce qui est immatériel, est détruit si le support réel (le cerveau) est détruit, il n’en reste rien.

 

Bibliographie succincte :

- La Mettrie : « Œuvres philosophiques » tomes 1 et 2, Fayard 1984.

- Claude Morihat : « La Mettrie. Un matérialisme radical » PUF 1997.

- J.S. Spink : « La libre pensée française de Gassendi à Voltaire » éditions sociales 1966.

                                                                                          Michel BOTTOLLIER

 

 

 

 

Communauté : libre pensée et laïcité
Vendredi 11 septembre 2009 5 11 /09 /Sep /2009 19:20
- Publié dans : HISTOIRE
Par Michel BOTTOLLIER - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

« Dieu est le seul tort que je ne puisse pardonner à l'homme »

Donatien Alphonse François marquis de Sade (1740-1814), écrivain, pamphlétaire, théoricien d'une révolte absolue contre la société et les religions, a fait couler beaucoup d'encre depuis deux cents ans. Sa philosophie mal comprise, sa vie dissolue due à ses puissants besoins érotiques, et ses écrits d'une violence suffocante, ont été résumés d'un mot : sadisme, et il a toujours été considéré comme le monstre de la littérature française. Ses frasques sexuelles, bien réelles, ne justifiaient pas une réputation aussi sulfureuse. Une fois de plus son époque a confondu l'écrivain et ses personnages, et la confusion dure encore aujourd'hui. S'il a passé trente ans de sa vie dans des cachots c'est plus parce qu'il dilapidait la fortune de sa famille en fêtes coûteuses que du fait de ses dérèglements érotiques. Bien que révolutionnaire (secrétaire de la section des Pique en 1792) Il était suspect même aux yeux des robespierristes du fait de son athéisme opposé au culte de l' « Etre Suprême » (le «Grand Architecte » pour certains francs-maçons) ; son origine aristocratique n'arrangeait pas son cas.

  • « Qu'on examine avec attention les dogmes absurdes, les mystères effrayants, les cérémonies monstrueuses, la morale de cette religion dégoûtante et l'on verra si elle peut convenir à une république...Que les blasphèmes les plus insultants, les ouvrages les plus athées soient autorisés pleinement afin d'extirper dans le cœur et la mémoire des hommes ces effrayants jouets...Oui détruisons à jamais toute idée de Dieu ! » (1)

Sade est un libertin qui tente de se justifier philosophiquement. L'univers sadien affronte et transgresse sans cesse un ordre social d'essence divine. La nature est indifférente, sans dessein, hasardeuse, criminelle, avec ses forts et ses faibles qui opèrent une sélection impitoyable, on serait tenté de dire que c'est du pré-darwinisme ! En effet la clé de son athéisme réside dans son rapport personnel à la nature, son libertinage et sa débauche littéraires sont autant d'outrages envers cette nature et sa perception présumée sacrée.

  • « S'il était vrai qu'il y eût un Dieu, maître et créateur de l'univers, ce serait l'être le plus bizarre, le plus cruel, le plus méchant et le plus sanguinaire ; nous n'aurions pas en nous assez d'énergie pour le haïr, pour l'exécrer, pour l'avilir et le profaner » (2)

Sade lisait beaucoup à la Bastille et son œuvre est imprégnée des écrits matérialiste de La Mettrie et de D'Holbach. Bien que révolutionnaire, opposé farouchement à la royauté, c'était un adversaire résolu de la peine de mort, la guerre et ses carnages lui étaient odieux, attitude rare et incomprise à son époque. Cependant il prenait au pied de la lettre le principe que tous les goûts sont dans la nature ; il interpelle Dieu en ces termes :

  • « Quant à moi, j'en conviens, l'horreur que je te porte Est à la fois si juste, et si grande, et si forte, Qu'avec plaisir, Dieu vil, avec tranquillité... » (3)

J'évite délibérément la suite, au cours de laquelle Sade fait subir à « Dieu » les débauches sexuelles les plus outrageantes !

Cet excès de radicalité veut faire tomber les divinités de leurs socles, laissant l'homme face à lui-même, face à sa vérité, privé des béquilles vermoulues de la religion. Le vertige nous prend devant le gouffre d'amoralité/immoralité qu'il nous oblige à scruter.

Pour Guillaume Apollinaire Sade est « l'esprit le plus libre qui ait existé ». André Breton en fait, avec des réserves, un révolutionnaire dégagé de toute contrainte sociale ou morale. Pour Klossowski (suspect de crypto-mysticisme par les surréalistes) la présence constante de la sodomie dans l'œuvre de Sade est un geste de dérision envers l'acte « sacré » de la procréation, une transgression de l'ordre naturel par l' affirmation d'un matérialisme absolu. Pour Annie Le Brun : « Sade affirme carrément que la disparition de l'humanité ne changerait pas plus la marche de l'univers que la disparition d'une fourmi ». D'autres auteurs, plus marginaux, ont avancé l'idée d'un gigantesque canular, un monument d'humour noir ! Léo Campion, régent de rétrophysiognomonie, loue en lui un pataphysicien avant la lettre ! De plus il soutient la thèse d'un Sade franc-maçon, ce qui, avec le grand respect que j'ai pour mon bon maître Léo, me semble bien improbable. (4)

Sade nous arrache les justifications religieuses, morales, sentimentales, juridiques, dont nous camouflons les plus suspects de nos désirs et de nos fantasmes. Par l'extrême violence de ses textes il nous fait basculer dans l'abîme du doute, dans le marécage de notre identité réelle et de nos certitudes bien-pensantes. Il nous dépouille de ces croyances, parfois inconscientes, qui nous interdisent le rejet absolu des mythes irrationnels (diables et dieux)  qui hantent parfois notre subconscient. En mettant en œuvre des nobles corrompus, des abbés lubriques, des cardinaux dépravés et même le pape, dans des orgies systématisées, il n'a pas un but d'érotisation, ce n'est pas un écrivain grivois ou pornographe, l'outrance et la monotonie du propos en sont la preuve, mais il est possédé d'une volonté de blasphème volcanique que les Libres Penseurs, sous des formes différentes, revendiquent encore et toujours au nom de la liberté.

Voici un extrait de : « Dialogue entre un prêtre et un moribond » (5)

-  Le prêtre - Le créateur est le maître de l'univers, c'est lui qui a tout fait, tout créé, et qui conserve tout par un simple effet de sa toute-puissance.

- Le moribond - Voila un grand homme assurément ! Eh bien, dis-moi pourquoi cet homme-là, qui est si puissant, a pourtant fait une nature corrompue.

- Le prêtre - Quel mérite eussent eu les hommes, si Dieu ne leur eût pas laissé leur libre arbitre ? ...

- Le moribond - A quoi bon, dès qu'il savait le parti qu'ils prendraient et qu'il ne tenait qu'à lui, puisque tu le dis tout-puissant, de lui faire prendre le bon !

- Le prêtre - Vous ne croyez donc point en Dieu ?

- Le moribond - Non. Et cela pour une raison bien simple : c'est qu'il est impossible de croire ce qu'on ne comprend pas ».


Laissons le mot de la fin à Sade pour exprimer son ultime vision de Dieu : « Etre chimérique et vain dont le seul nom a fait couler plus de sang sur la surface du globe que n'en fera jamais répandre aucune guerre de politique, puisses-tu rentrer dans le néant dont la folle espérance des hommes et leur ridicule frayeur osèrent malheureusement te sortir » (6)



Renvois :

  1. «Français encore un effort si vous voulez être républicains » in « La philosophie dans le boudoir » 1795.

  2. « Histoire de Juliette » 1797, in « Œuvres III », bibliothèque de la Pléiade

  3. « La Vérité » 1787, prison de la Bastille

  4. « Sade franc-maçon », ABI 1972

  5. Prison de Vincennes 1782, in « Œuvres I » la Pléiade

  6. « Fantômes » 1803, prison de Charenton


Nota : l'illustration « Luxure », est l'œuvre de Clovis Trouille



                                                                                           Michel Bottollier - janvier 2008


 

Communauté : libre pensée et laïcité
Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /Avr /2009 16:33
- Publié dans : HISTOIRE
Par Michel BOTTOLLIER - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Jean Meslier est né en 1664 ; après avoir été « formé » au séminaire de Reims son évêque le nomma curé d'Etrépigny, petit village des Ardennes, il a alors 25 ans ; c'est là qu'il a exercé ses fonctions sacerdotales, procédant aux baptêmes, mariages, enterrements, et prêchant, sans excès de zèle, lors des offices dominicaux. Il a passé près de quarante ans de sa vie dans ce milieu exclusivement rural et obligatoirement catholique, jusqu'à son décès en 1729. Il serait resté inconnu des historiens s'il n'avait laissé, à sa mort, un manuscrit : « Mémoire de mes pensées et sentiments », connu aussi sous le nom : « Le testament », c'est une bombe ! En 1200 pages manuscrites, Meslier s'attaque aux prétendues preuves de l'existence de Dieu et aux dogmes catholiques. Certes, il lui manquait une formation scientifique mais il avait beaucoup lu et réfléchi. Ses cinq ans de théologie au séminaire en faisaient un bon connaisseur de la bible, des évangiles et des dogmes auxquels il ne croyait pas.

Des copies du « Mémoire » circulent dès 1740 et, en 1761, Voltaire en publie « L'Extrait », mais, en bon déiste hypocrite, il purge honteusement l'œuvre de Meslier, ne conservant que les critiques de la religion, et supprimant tout ce qu'elle a de révolutionnaire et de radicalement athée. Heureusement le texte intégral a été ensuite édité, pour quelques amateurs éclairés, en Belgique, en France puis en URSS (où il était étudié lors des cours de philosophie).

Pourquoi une bombe ? Parce que, à l'aube du siècle des Lumières, il fut un précurseur de la philosophie matérialiste, l'inspirateur de La Mettrie (1709-1751), de d' Holbach (1723-1789) et de Sade (1740-1814). Soixante ans après éclatait la Révolution française, et maintenant, près de quatre siècles après, son cri de révolte n'a pas vieilli.

Citons-le : « Serait-il possible qu'un être infiniment bon et infiniment sage ne voudrait pas faire tout le bien qu'il pourrait ? » (chapitre 74) ; et encore : « Dieu n'est point, n'a jamais été et ne sera jamais » (chapitre 86). Matérialiste mais aussi révolutionnaire : « Je voudrais faire entendre ma voix d'un bout à l'autre du royaume, je crierais de toutes mes forces : « Vous êtes fous, ô hommes ! Vous êtes fous de vous laisser conduire de la sorte et de croire aveuglément des sottises ! Vous êtes dans l'erreur et ceux qui vous gouvernent vous abusent ! » (chapitre 96).

Meslier n'était pas « l'ennemi de Dieu », il était l'ennemi de « l'idée de Dieu et de l'idée de l'âme ». Alors, s'il avait de telles convictions, pourquoi les dissimuler sa vie durant ? Ne concluons pas trop vite à sa lâcheté. Il faut replacer son itinéraire dans le contexte du XVIIIe siècle. Le curé de campagne connaissait la menace terrible qui pesait sur les athées, il suffisait qu'un bon paroissien le dénonce comme hérétique pour qu'un procès soit instruit par l'archevêché et le procureur royal. De son temps plusieurs prêtres et laïcs ont payé de leur vie leur anti religion. En 1776 le Chevalier de la Barre a été torturé, on lui a arraché la langue avant de le brûler pour la plus grande gloire de l'Eglise et du roi de France.

Meslier ne s'est pas démasqué sa vie durant, il en a probablement souffert, mais sa revanche, posthume et explosive, c'était son « Mémoire ». Citons-le une dernière fois : « La religion et la politique s'unissent pour vous tenir captifs dans leurs tyranniques lois. Vous serez misérables et malheureux tant que vous souffrirez la domination des princes et des rois de la terre ».

Bibliographie succincte (bibliothèque personnelle consultable):

* « Le curé Meslier. Athée, communiste et révolutionnaire sous Louis XIV », par Maurice Dommanget, 1956, réédité en 2008 aux éditions Coda. D'une grande érudition, la référence historique.

* « Lire Jean Meslier. Curé et athée révolutionnaire», par Serge Deruette, en 2008 aux éditions Aden (Bruxelles). Ce livre, présentant de larges extraits du « Mémoire », est clair et facile d'accès.

* « Histoire de l'athéisme », par Georges Minois, en 1998 chez Fayard. Le livre que tout libre penseur cultivé devrait avoir lu.

* « Contre histoire de la philosophie - tome 4 : les Ultras des Lumières », par Michel Onfray, en 2007 chez Grasset. L'auteur du « Traité d'athéologie » justifie son hédonisme en se référant aux penseurs matérialistes, il classe Meslier parmi les « communistes libertaires ».


                                                                                      Michel Bottollier - octobre 2008


 

Communauté : libre pensée et laïcité
Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /Avr /2009 16:31
- Publié dans : HISTOIRE

A.D.L.P.F.

La séparation :Lithographie représentant Emile Combes tranchant le lien entre la République et le Vatican - Musée Jean Jaurès Castres

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