Bonnes sœurs et mauvaises filles

22 Déc 2022

ADLPF Non classé Bonnes sœurs et mauvaises filles

Une conception très particulière de la charité chrétienne : celle que révèle le documentaire « Mauvaises Filles », sorti en salle le 23 novembre dernier. Cinq femmes y racontent leur jeunesse tourmentée, livrée aux soins de religieuses chargées de leur éducation ou de leur rééducation, on disait encore redressement.

Une justice spéciale pour les jeunes gens déracinés

La dernière guerre a entraîné un éclatement du tissu familial et social. Beaucoup de jeunes se retrouvent en situation de précarité et d’abandon. Les ordonnances de février 1945 créent pour eux une justice particulière. Sur décision judiciaire, des jeunes en situation difficile peuvent être placés dans des établissements spécialisés. Les garçons sont généralement orientés vers des structures publiques, tandis que les filles sont confiées à des congrégations religieuses. Parmi elles, celle dite « de Notre-Dame de Charité », ou encore « du Bon Pasteur ».

Des filles maltraitées et exploitées…

D’anciennes pensionnaires témoignent : humiliations, séquestrations, violences physiques et psychologiques, travail forcé, hygiène sommaire, médication inadaptée et dangereuse, sans compter la pratique religieuse obligatoire. L’une d’elles raconte : il y avait sélection à l’arrivée, les filles encore vierges et celles qui ne l’étaient plus n’allaient pas dans la même section, et le test se faisait à la hussarde. On imagine le traumatisme, comme pour cette jeune fille qui s’est trouvée placée à la suite d’un viol. Encore si ces pauvres filles, déjà malmenées par la vie, avaient reçu dans ces couvents-prisons une formation, un bagage pour l’avenir. Mais plusieurs le disent : à part faire le ménage, souvent à genoux en guise de punition, et un peu coudre, elles n’ont rien appris.

… qui réclament aujourd’hui justice

La congrégation du Bon Pasteur existe toujours. Elle a sévi jusque dans les années 70. Elle se défend en affirmant qu’il y avait des contrôles (un par an), et que, s’il y a eu maltraitance, ce n’était que dans des cas isolés. Ce n’est évidemment pas l’avis de ces femmes qui ont formé une association pour réclamer leur dossier, porter plainte et exiger réparation. C’est internet qui leur a permis de se regrouper et de recueillir des témoignages.

On voudrait espérer que ces comportements appartiennent à un passé révolu, à cette époque où les institutions religieuses avaient encore la haute main sur les écoles et les hôpitaux. Une ancienne sage-femme de la Belle de Mai, à Marseille, se rappelle encore comment les religieuses traitaient celles qu’on appelait les filles-mères, les pécheresses. Et que dire des jeunes handicapés confiés à des religieux qui avaient souvent d’étranges méthodes éducatives.

Aujourd’hui…

… la prise en charge de la jeunesse en difficulté s’est largement laïcisée. Les éducateurs sont mieux formés. Mais on peut tout craindre de l’inertie administrative, de l’insuffisance chronique des moyens et de la précarisation croissante de la société.

Sophie Tordjman, déléguée ADLPF aux droits des femmes

Commentaire de la rédaction

Retour sur un paradis perdu.

Les congrégations n’ont pas vocation à encadrer la jeunesse, la preuve ! À la lecture de ce texte de notre camarade Sophie, on prend conscience de l’étendue de l’outil de propagande dont disposaient les églises jusqu’aux décisions laïques prise à partir de 1881 et qui connurent leur acmé le 9 décembre 1905. Un petit pas dans le corpus législatif, certes, mais un grand pas pour l’humanité, enfin possiblement débarrassée des lubies religieuses. Possiblement !

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