Le sexisme de l’Eglise, une bonne vieille tradition

Publié le par Régis BOUSSIERES

Saint Paul le disait déjà : « la femme écoute l’instruction en silence, avec une entière soumission. Je ne permets pas à la femme d’enseigner ni de prendre autorité sur l’homme, mais elle doit demeurer en silence. Si elles désirent s’instruire sur quelque chose, que chacune d’elles interroge son mari à la maison » (1ère épître aux Corinthiens chapitre XIV, versets 34 – 35) ; ou encore « Soumettez-vous les uns aux autres dans la crainte du Christ (on doit donc craindre Jésus). Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur, parce que le mari est le chef de la femme, de même que le Christ est le chef de l’Eglise. Ainsi, comme l’Eglise est soumise au Christ, les femmes doivent l’être à leurs maris en toutes choses  » (Epître aux Ephésiens, chapitre V, versets 21 à 23). On comprend mieux l’opposition au mariage gay : dans un couple où il y a deux hommes, qui sera chef ? C’est le bazar…

Mais Saint Paul ordonnera aussi aux créatures (les femmes) de se voiler la tête bien avant les autres sexistes de la secte mahométane : « Tout homme qui prie ou prophétise la tête couverte fait affront à son chef. Mais toute femme qui prie ou prophétise tête nue fait affront à son chef ; car c’est exactement comme si elle était rasée. Si la femme ne porte pas le voile, qu’elle se fasse tondre ! Mais si c’est une honte pour une femme d’être tondue ou rasée, qu’elle porte un voile ! L’homme, lui, ne doit pas se voiler la tête : il est à l’image et à la gloire de Dieu ; mais la femme est à la gloire de l’homme. Car ce n’est pas l’homme qui a été tiré de la femme, mais la femme de l’homme. Et l’homme n’a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme. Voilà pourquoi la femme doit porter sur la tête la marque de sa dépendance, à cause des anges » (1.Corinthiens, chapitre IV, versets 4 à 10). Que c’est beau la famille traditionnelle chrétienne ! On comprend pourquoi, de Civitas à Boutin ou Frigide Barjot - la catho dite « branchée » -, en passant par les élus chrétiens de l’UMP, ils veulent tous défendre ce beau modèle, avec une femme silencieuse, ignorante, faible, résignée, obéissante à son mari et toujours prête à enfanter.

Rappelons que l’apôtre Paul est le père fondateur du christianisme. Sans lui, pas d’Eglise. Ses enseignements, bien que vieux de deux millénaires, font toujours autorité. Les citations ci-dessus ne sont pas des scories prononcées par inadvertance, puisque l’on retrouve, dans la plupart des épîtres de Paul, les préceptes de soumission de la femme à l’homme, comme d’ailleurs du serviteur à son maitre.

Saint Paul n’est pas un original. Saint Pierre, un autre père fondateur de la sainte Eglise dira aussi « Femmes, soyez soumises à vos maris » ( 1ère épître de Saint Pierre, chapitre III, verset 1), ou encore, un peu plus loin, avec beaucoup de condescendance pour ces pauvres êtres inférieurs : «  Maris, montrez de la sagesse avec vos femmes comme avec un sexe plus faible » (verset 7).

Ces écrits du Nouveau Testament seront renforcés, plus tard, par Saint Grégoire le Grand mettant en garde les hommes car « de toutes les bêtes féroces, la plus dangereuse est la femme ». Pour Saint Bernard, la femme « est l’organe du diable ». Obéissante et vigilante, l’Eglise catholique exterminera sur des bûchers, pendant des siècles, des milliers de femmes pour sorcellerie. L’historienne féministe Françoise d’Eaubonne évoque, dans son livre, le « sexocide » des sorcières. La femme, instrument du diable depuis Eve, est considérée comme un danger permanent. Les catholiques inventeront une fable pour seul modèle acceptable : la Sainte Vierge, qui accouche… en restant vierge.

Fidèle aux enseignements de ces sexistes et fin connaisseur des écrits de l’apôtre Paul, malgré la lutte des femmes et la philosophie des Lumières, aujourd’hui, en plein XXIème Siècle, le Cardinal de Paris André Vingt-Trois (celui qui a salué les manifestants contre le mariage gay) a déclaré en 2008, lors d’une émission de radio : « les femmes lisent l’Ecriture tant qu’elles le veulent, je ne pense pas que ce soit une question très difficile (même pour ces ignares). Ce qui est plus difficile, c’est d’avoir des femmes qui soient formées. Le tout, ce n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête ». Quant à Jean Paul II, il n’a eu de cesse d’asséner : « la vocation de la femme est la maternité : hier, aujourd’hui et toujours ».

Le prêtre italien, don Piero Corsi, curé de la paroisse de San Terenzo, dans la ligne de cet enseignement religieux sur les femmes, a commenté le fait que 101 femmes ont été agressées et assassinées en Italie en 2012. Pour lui, l’explication est simple : les femmes sont coupables d’être victimes ! Dans un texte intitulé « les femmes et le féminicide », il écrit sans vergogne : « qu’elles fassent leur saine autocritique : combien de fois provoquent-elles ? » Et il précise : « le nœud du problème réside dans le fait que les femmes provoquent toujours plus, tombent dans l’arrogance, se croient indépendantes et finissent par augmenter les tensions. Enfants abandonnés à eux-mêmes, maison sales, plats tout préparés ou de fast-food, vêtements sales(…) ». Quant au viol, là aussi, c’est leur faute : « Combien de fois voyons-nous des jeunes filles et des femmes mûres sortir dans la rue avec des habits provoquants et légers (il ne fait pas que prier le curé, il regarde de près les femmes). Qu’elles fassent un sain examen de conscience : peut être l’avons-nous cherché nous aussi ? ». A un journaliste venu lui demander s’il confirmait ses dires, il a répondu « si vous voyez une femme nue, qu’est ce que vous éprouvez ? Ou peut-être êtes-vous pédé ? »

Si, lors de la manifestation contre le mariage pour tous, Frigide Barjot, la catho « branchée » en jupe, se fait violer par une horde de curés en rut, sera rassurée : au moins ce ne sont pas des « pédés ». Face à la polémique et l’émoi causé par de tels propos, l’évêque fut contraint de demander au curé si humaniste de retirer son texte. Mais rassurez-vous : aucune sanction n’a été prise contre lui. Tertullien, un autre père fondateur de l’Eglise n’avait pas dit autre chose « soumettez vous à vos maris et vous serez assez parées ; occupez vos mains au travail de la laine, gardez les pieds à la maison et vous plairez plus que de l’or ». On comprend mieux pourquoi, sur le site catholique Pontifex, les fidèles soutiennent le pauvre curé…

Décidément, Hervé Bazin avait bien raison d’écrire : « il est significatif que le statut de la femme demeure à peu prés inchangé là où les religions sont encore très puissantes. Partout ailleurs, il est remis en question ».

                                                                                            Régis Boussières

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Poulet Gilles 13/02/2013 08:25


Je vois que Régis a de "bonnes" lectures. Bravo pour ce rappel magistral de la haine infinie que les religions - inventées par des hommes - ont toujours développé envers les femmes. Deux raisons
centrales: l'asservissement sans frais, la jalousie morbide engendrée par la soif de possession exclusive. Mais, last but not least, il y a aussi le dérèglement psychotique d'hommes, les
religieux, qui ont osé établir une équivalence entre le Mal et la Femme.


Sur le malaise psy des clercs, lire le bouquin éponyme d'Eugen Drewerman.

brigitte follys 11/02/2013 16:12


Le Cardinal André23 a tout à fait raison, plus je lis,relis et re-relis les Ecritures et moins je comprends........pourquoi de tels propos et théories imbéciles perdurent depuis des siècles avec
autant de force . Je ne dois pas être assez "formée".

François LEDRU 10/02/2013 19:57


Le passage "tout homme qui prie (....)  Toute femme qui prie (....) etc " est fabuleux, cela me rappelle beaucoup un mot dans le très bon bouquin du Dr Wendell Watters
"Mortelle religion" (édit. H & O) où il dénonce le désastre vis-à-vis de la psychiatrie, n'hésitant pas à dire qu'aux USA le psy n'interroge souvent pas le patient sur sa religion...
donc ne le soigne pas. C'est le symbole d'Athanase sur la trinité "Voici la foi catholique, nous vénérons un dieu dans la trinité et la trinité dans l'unité, sans confondre, (...) comme est le
père, tel est le fils (...) ils ne sont pas trois éternels mais un éternel  ...etc"  il y a une page et demie et Watters dit  "si ces lignes avaient été rédigées par un
patient d'HP, nous conviendrions tous qu'elles sont parfait exemple d'un processus à la fois psychotique et obsessionnel".  Je n'ai lu que le quart du book, je m'engage à continuer. Enfin
bonne réflexion de Régis : le curé n'oublie pas de regarder les femmes ! Ledru