Un procès d’Allemand pour un dérapage très contrôlé

Publié le par Association des Libres Penseurs de France

                 « Marine chausse les bottes de son père » ;

                 « Marine fait de la provoc’ » ;

                 « elle est plus Le Pen que Marine »…

Les classes médiatique et politique s’indignent que Marine Le Pen ait dénoncé « l’occupation » de l’espace public par la prière du vendredi. Nous qui sommes des adversaires et même des ennemis déclarés de l’extrême-droite, du Front National, de Le Pen père et fille, sommes néanmoins sidérés que, pour tenter d’enrayer ce qui semble devenir la résistible ascension de la fille de son père, on lance la curée contre cet aspect de son discours politique.

 

L’organisation de manifestations à caractère religieux sur la voie publique n’est-elle pas soumise à autorisation exceptionnelle ? N’est-elle pas en contravention avec la loi républicaine qui assure la liberté de circulation ? N’’est-elle pas contraire à la loi laïque de 1905 qui garantit la liberté de culte dans l’espace privé, mais décrète en même temps la neutralité de l’espace public ? N’est-elle pas en contradiction avec la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen dont l’article 10 « assure la liberté d’opinion, même religieuse, pourvu que ses manifestations ne troublent pas l’ordre public » ?

 

On reproche à Mme Le Pen l’emploi du terme « occupation » qui aurait été choisi à dessein pour établir un parallèle, insultant pour les musulmans, avec l’occupation militaire allemande de la Seconde Guerre Mondiale. Il est vrai qu’elle aurait pu dire « envahissement », ou même « invasion » de l’espace public… et on aurait alors décelé une connotation encore plus infâmante, xénophobe et raciste. Ne doit-on plus parler d’occupationd’usine par des grévistes, ni d’occupationd’église par des sans-papiers, sauf à risquer la comparaison avec le nazisme ?

 

En fustigeant, non le fait lui-même, mais la dénonciation de celui-ci, on évite d’évoquer le caractère antilaïque de cette pratique de prières de masse dans la rue. On accepte donc qu’une religion – en l’espèce l’islam, mais c’est vrai aussi pour le catholicisme avec les prières des intégristes lefèbristes anti-avortement devant les hôpitaux – bafoue la loi commune et lui substitue ses propres règles communautaires. On accepte ainsi que soient exclus de certains espaces publics ceux qui ne se reconnaissent pas dans cette religion. On accepte donc une entorse grave à la liberté de conscience – celle de croire ou de ne pas croire, de choisir sa religion, d’en changer, de l’abandonner, de n’en choisir aucune – pourtant théoriquement garantie par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

 

Certes, Marine Le Pen, femme politique habile, a su jouer de l’ambiguïté, l’utiliser délibérément pour susciter une réaction sans doute au-delà de ses espérances. A de rares exceptions près (1) tous ont foncé tête baissée pour condamner les propos de Mme Le Pen … mais pas l’obstruction des rues par des fidèles en prière. Marine Le Pen se forge ainsi à bon compte une double auréole. Non seulement elle se sent autorisée à se présenter comme Sainte Marine-la-Laïque, mais aussi comme une victime de l’establishment qui la punirait d’avoir décrit la réalité. C’est tout bénéfice pour le F.N. Quant aux laïques conséquents, au nombre desquels nous avons la faiblesse de nous compter, ils sont pris en tenailles à la fois par l’extrême-droite camouflée sous une peau de lapin laïque, et par les intégristes de l’islam - pour eux nous ne sommes que d’affreux racistes – qui trouvent un soutien objectif chez les pusillanimes démocrates apeurés à la perspective de devoir affronter ceux des musulmans qui bafouent la laïcité.

 

Alors, plutôt que lui faire un procès d’Allemand pour un pseudo-dérapage contrôlé, n’aurait-il pas été plus politiquement avisé de mettre à nu la supercherie d’une Marine porte-étendard de la laïcité ? Comment peut-on se dire laïque et vouloir la fin de l’enseignement public et laïque par l’instauration du chèque-éducation ; et vouloir la liquidation des services publics en s’en prenant au « fiscalisme » de l’Etat ? La laïcité, c’est l’acceptation de tous, dans le respect, à la fois, de la loi commune, mais aussi de la particularité des personnes privées. Le laïque ne peut accepter que, comme le réclame le F.N., on opère une différenciation des prestations sociales (éléments constitutifs du salaire différé) selon l’origine des individus ; cela reviendrait à rémunérer différemment une même tâche en fonction de la nationalité ou de l’origine de celui qui l’effectue. La laïcité s’oppose à toute forme de discrimination.

Comment, enfin, se prétendre laïque et se référer en permanence, comme le fait Marine Le Pen, aux coutumes, aux valeurs, aux racines chrétiennes de la France ? La dirigeante frontiste est laïque quand elle a affaire à l’islam, mais pas quand il s’agit du catholicisme. Or la laïcité ne se divise pas. Elle n’admet ni qualificatif (« ouverte », « positive »…), ni exclusive. Elle ne peut être ni à sens unique, ni à géométrie variable. Marine Le Pen n’est donc pas laïque. C.Q.F.D.

 

Nous ne prétendons pas détenir la vérité révélée sur la définition de la laïcité, mais nous nous efforçons de rester fidèles aux Principes de la Libre Pensée et aux précisions apportées à ceux-ci lors notre dernier congrès :

« La lutte déterminée que mènent aujourd’hui les Libres Penseurs contre les pratiques communautaristes, impérialistes, dogmatiques et rétrogrades des fondamentalismes religieux dans nombre de domaines (vestimentaire, alimentaire, relation hommes-femmes, culte sur la voie publique...) ne peut être confondue avec celle des adversaires du progrès social ou des tenants de la préférence nationale. S’il n’en était ainsi, l’action laïque perdrait sa dimension universaliste, démocratique et humaniste, c’est-à-dire qu’elle perdrait son caractère… laïque !

La Laïcité est à la fois la séparation des églises et de l’Etat, la neutralité des services publics, le refus que les religions investissent la sphère publique, mais c’est aussi la reconnaissance de l’égalité en droit et en dignité de tous les êtres humains ».

 

                                                                 Marc SIMON, secrétaire général de l’ADLPF

                                                                 Denis PELLETIER, président de l’ADLPF

 

(1) Interrogé sur la question, Daniel Vaillant, ancien ministre socialiste de l’Intérieur, n’a pas renchéri sur les propos de Marine Le Pen et il a évoqué les prières de masse rue Mira, les qualifiant de graves atteintes à la laïcité.

 

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Dubois 17/12/2010 14:39



Toute manifestation religieuse est interdite sur la voie publique,et y compris les processions.


A Lille,en 1925,le maire de Lille en a interdit une ,et à l'époque les socialistes n'avaient pas peur de mouiller leurs chemises.


La loi de 1905 est la "Loi de Séparation des églises et de l'Etat" , le mot églises étant pris au sens large puisqu'elle concernait aussi bien les juifs,les protestants
,les orthodoxes (puisqu'il y en avait sur les cotes de Provence et la Côte d'Azur),que les catholiques.


Quant à l'ancien Ministre de l'Intérieur,Daniel VAILLANT,il n'a malheureusement pas été à la hauteur de son prédécesseur CHEVENEMENT.