Ramasse-miettes n°110

2 Août 2018

Cette semaine, le Ramasse-miettes s’intéresse à un aspect kafkaïen du Parquet d’Aix-en-Provence ; au com…porc…tement d’un robuste crétin ; au maquereautage des gosses de migrants à la frontière franco-italienne ; au constat de la décérébration de la politique, au sens noble du terme ; à la discrimination anti-gay sur un avion de la Cie Alaska Airlines ; au néo fascisme en marche en Italie et au succès qu’il y rencontre ; à une bonne nouvelle qui nous vient du Royaume Uni et que les militants de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité apprécieront à sa juste valeur. Enfin, il y est question d’armes imprimables en 3D…

Au secours ! Kafka n’est pas pas mort.

Amnesty International France (AIF) et l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé) ont appris avec consternation l’appel par le Procureur général d’Aix-en-Provencedu jugement du tribunal correctionnel de Nice qui avait prononcé la relaxe de Martine Landry le 13 juillet dernier. Martine Landry avait été relaxée après avoir été poursuivie pour « aide à l’entrée sur le territoire de deux mineurs en situation irrégulière ».

Le piquant de l’affaire est qu’en première instance, la procureure du tribunal de Nice avait demandé la relaxe. Il est assez piquant que la protection de l’intérêt public – c’est le boulot du Procureur général – exige une condamnation dix jours après la relaxe obtenue régulièrement, sur la demande de sa collègue.

Questions : y a-t-il vraiment séparation des pouvoirs dans ce pays ? Le parquet n’est-il pas bien trop à l’écoute du politique ?

Le porc n’est pas toujours halal.

Marie Laguerre, 22 ans, a raconté mercredi sur la plate-forme Face Book, images de vidéosurveillance à l’appui, comment un homme lui avait adressé, mardi 24 juillet au soir, des « bruits/commentaires/sifflements/coups de langue sales, de manière humiliante et provocante » alors qu’elle rentrait chez elle, près du boulevard de la Villette, à Paris.

Elle raconte : « J’ai donc lâché un ‘ta gueule’ en traçant ma route. Après m’avoir jeté un cendrier dessus, il est revenu sur ses pas et m’a suivie dans la rue. Il m’a frappé au visage, en pleine rue, en pleine journée, devant des dizaines de témoins. J’ai porté plainte. »

Désolant !

Reiser avait un héros qui osait tout, c’était le « Gros Dégueulasse ». Reiser est mort, pas la postérité de ce héros.

Le rapport de l’ONG Save the Children dénonce la prostitution forcée des migrants mineurs à la frontière franco-italienne, là où certains enfants migrants sont obligés de se prostituer car ils n’ont pas les moyens de payer les passeurs (la somme s’élève jusqu’à 150 euros). Mais pas seulement. Le chemin est long et les jeunes migrants se prostituent pour un peu de nourriture, ou un endroit où dormir. Une Nigérienne, Blessing, raconte dans le rapport comment, arrivée en Libye, elle a été obligée de se prostituer durant 8 mois pour « vivre correctement ».

Désolant vous dis-je !

Le monde change : l’économique a pris le pas sur la politique et les états sont désormais gérés comme des entreprises, ce qui n’est pas un critère de qualité et de rigueur.

Montesquieu, Jaurès, Marx et bien d’autres en seraient malades, mais les Trump, Macron et consorts n’en ont cure : on ne gouverne plus, on « manage ».

Après les menaces, la main tendue. Huit jours après avoir infligé un Tweet véhément au président iranien Hassan Rohani, Donald Trump s’est proposé de le rencontrer « sans préconditions ». « Je rencontre tout le monde. S’ils veulent que je les rencontre, je les rencontre. Quand ils veulent », a-t-il déclaré, lundi 30 juillet, en marge d’une rencontre avec le chef du conseil italien, Giuseppe Conte. Ce serait « bon pour nous, bon pour eux, bon pour le monde ».

« Business as usual, mon bon Monsieur ». Le Twittomane étonne, mais quand on y regarde de plus près, il devient évident qu’il mène son pays comme il menait ses affaires : à grand renfort de coups de gueule, de bluff et de mensonges. Il n’est pas sûr que les Iraniens mordront à cet hameçon là. Au reste, Kim Jung-undémontre, s’il en était besoin, que les accords arrachés selon cette méthode ne sont que rarement pérennes.

C’est entendu, tout le monde est anti-raciste, anti-sexiste, féministe et tolérant avec l’univers LGTBQ etc., etc…

… C’est comme pour ceux qui soutiennent une nouvelle ligne de TGV, une nouvelle autoroute ou la mise en eau d’une future base nautique… à condition que leur jardin soit épargné.

Alaska Airlines nous en fournit un bel exemple. David Cooley, homme d’affaires gérant d’un bar et d’une boîte de nuit hollywoodienne gay raconte : « Alors que mon compagnon et moi-même étions assis dans nos sièges, un agent de bord lui a demandé de changer de place pour qu’un couple puisse s’asseoir à côté. J’ai expliqué que nous étions en couple et nous voulions rester côte à côte pour le vol. L’agent a été clair : soit il changeait de place, soit il quittait le vol. Nous n’aurions pas pu supporter le sentiment d’humiliation pendant toute la durée du vol, nous avons alors fait le choix de quitter l’avion. » Courageusement, la compagnie s’est réfugiée derrière la vaine excuse de l’erreur de logistique et de sièges. Allez prouver le contraire !

Il y a aussi ceux qui assument leur racisme…

Ils n’en sont que plus redoutables quand ils accèdent au pouvoir. C’est le cas du ministre néo facho italien Matteo Salvini qui ne manque pas une occasion de se donner des airs de Mussolini. Outre ses poses les mains sur les hanches, ses photos torse nu en veux-tu en voilà, et ses incitations plus ou moins explicites au lynchage des immigrés (son modèle avait fait adopter des lois raciales en 1938), le ministre de l’Intérieur italien en vient maintenant directement aux citations du Duce.

Le recteur émérite de l’université Roma 3, Guido Fabiani, membre éminent du Parti démocrate, voit dans l’approbation tacite de la population un besoin d' »homme fort », d’un « capitano » capable d’offrir aux victimes de la crise économique leur revanche. C’est là tout le drame du populisme. Et Salvini de grimper dans les sondages. Il faut dénoncer, pense cet intellectuel : « Le choix délibéré, calculé, cynique fait par Salvini de singer le Duce, de ré-exhumer jour après jour des bribes d’idéologie fascisante, comme pour tâter le terrain ». Pour tâter seulement ?

Selon une décision rendue ce lundi 30 juillet par la Cour suprême britannique, l’accord de la famille et du personnel médical suffit désormais pour arrêter les soins et laisser mourir le malade.

C’est indiscutablement un progrès en ce que cette décision renvoie au niveau des « acteurs » et des « témoins » une décision que le juge, avec ou sans perruque, ne peut appréhender pleinement. Je gage qu’il coulera de l’eau sous le pont des Arts avant que la France ne prenne une telle décision.

Un tribunal fédéral de Seattle a suspendu l’autorisation de mettre en ligne des plans numériques pour la fabrication d’armes, validée par l’administration Trump.

La justice américaine a temporairement suspendu mardi 31 juillet la mise en ligne de plans numériques permettant de fabriquer des armes à l’aide d’une imprimante 3D, une perspective qui avait ému une partie de la classe politique américaine. Saisi lundi en urgence, un tribunal fédéral de Seattle a fait droit à la demande des procureurs de huit États américains et de la capitale fédérale Washington, qui voulaient empêcher l’accès à ces plans. L’objet est en plastique mais fonctionne comme une arme bien réelle. Il est potentiellement intraçable et indétectable par les détecteurs de métaux.

Naturellement, L’inventeur de l’arme imprimable en 3D porte plainte pour atteinte à la liberté d’expression. Ben voyons !

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