Note de lecture : Luxure et Châtiment

30 Juin 2018

ADLPF La Libre Pensée La culture est le ciment de la liberté Note de lecture : Luxure et Châtiment

de Narcisse Praz

(592 pages –  Éditions Slatkine, 2018 – Genève)

J’ai eu quelques hésitations avant de m’attaquer à la lecture de ce gros pavé littéraire de près de 600 pages. Qu’allais-je y trouver ? Pourtant, d’emblée le titre semblait indiquer ce qu’il contiendrait. Mais, après quelques pages, grande fut ma joie et l’excitation de poursuivre me prit tout aussi rapidement.

À onze ans, le personnage principal , Théo, va quitter ses alpages pour se trouver happé dans un processus de formation de missionnaires catholiques. Ces années passées dans le juvenat de Beaulieu seront ponctuées d’« amitiés particulières ». Passent encore ces vœux de pauvreté et d’obéissance, si chères à cette doxa chrétienne, mais que dire de celui de chasteté largement défloré au sein de l’institution ? Rapidement, Théo l’apprendra à ses dépens…

Une relation honteuse va s’établir entre la victime et son prédateur : le père Martin Gall. « Au moins, il m’aime, lui ! », soutiendra-t-il mordicus. Et l’enfer durera six ans pour l’écolier. Un temps surprenant, étrangement long quant on sait, comme l’écrit l’auteur, que « la miséricorde divine est sans limite. Trois Pater et trois Ave pour pénitence et tout est lessivé. Tout sauf l’anus de l’enfant ou de l’adolescent que l’on a pris pour une guenon bonobo. » Et zou ! La semaine suivante, c’est reparti de plus belle… Mais ce temps long sembla nécessaire pour que la rupture, enfin, apparaisse définitivement pour ce lycéen devenu.

La deuxième partie de l’ouvrage prend une tournure digne d’un polar. Des rebondissements se font jour. Tour à tour, deux morts surgissent subitement. Alors, les embêtements se précisent et la tempête tournoie sur celui qui aura été un jeune candidat à la prêtrise et sur la « sainte » église où le silence absolu, dur comme du béton, règne et peut, sans aucun doute, être considéré comme le quatrième vœu apostolique de l’institution. Mais c’est oublier que les griffes du juge « cet homme-là appartient à la frange la plus exécrable de la franc-maçonnerie laïcarde anticléricale » sont acérées. Elles creuseront leur sillon et iront jusqu’au bout pour résoudre ce double meurtre.

En définitive, l’auteur qui « en connaît un rayon » sur cet univers, fait resurgir les pratiques fallacieuses et hypocrites bien éloignées des principes religieux qui sont mis en avant. Rappelons que nous sommes dans les années 1940 et dans cette Suisse des profondeurs, partagée entre deux mondes opposés de la chrétienté.

Bravo à Narcisse Praz pour ce roman rondement conduit dans les entrailles de cette broyeuse d’individus et d’asservissement de masse. Il a su nous tenir en haleine jusqu’à la dernière page. Chapeau ! Il fallait le faire. Alors, si vous souhaitez faire une immersion dans ce monde détonant parce que délirant, il ne vous reste plus qu’à le commander. Je n’ai aucun doute : vous serez emballés par cette description.

 

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