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ADLPF La Libre Pensée Laïcité Avantager des religions reconnues
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Le jésuitisme présidentiel dénature l’organisation laïque et la neutralité de l’État

25 Jan 2019

ADLPF La Libre Pensée Laïcité Avantager des religions reconnues

Rejetée à la toute fin de sa Lettre aux Français en ajout de dernière minute, la Laïcité est maltraitée par le Président de la République. Renforcer la Laïcité devient prétexte à réviser la Loi de Séparation, pour faciliter le « vivre ensemble » c’est-à-dire assigner les individus à des communautés … « Réparer » le rapport État-Religions voulant dire les stipendier. Que devient la neutralité de l’État dans un régime de religions reconnues mais rivales ?

La Lettre aux Français s’empare de la Laïcité pour la mieux molester

Jupiter de Loyola

Le Président de la République s’est adressé aux citoyens le 13 janvier par le truchement d’une « Lettre aux Français » pour lancer le grand débat qui se déroulera jusqu’au 15 mars.

Il a choisi d’écrire cette lettre en mélangeant proximité et courrier officiel, ce qui n’est qu’un effet de communication, comme nous y a accoutumés ce gouvernement.

Il est amusant de voir que ce document reprend les habituelles ficelles du marketing direct : la formule d’appel de la lettre ainsi que la signature et la formule de politesse en calligraphie manuscrite et de couleur bleue, appliquant ainsi le B.A.-BA de la lettre publicitaire.

Ce qui dénote bien l’esprit école de commerce de ceux que certains nomment les « Jupitériens ».

Là n’est pas vraiment la question : ce qui nous intéresse en tant que libres-penseurs, ce sont les deux paragraphes consacrés à la laïcité que voici in extenso afin d’en faciliter la lecture :

« La question de la laïcité est toujours en France sujet d’importants débats. La laïcité est la valeur primordiale pour que puissent vivre ensemble, en bonne intelligence et harmonie, des convictions différentes, religieuses ou philosophiques. Elle est synonyme de liberté parce qu’elle permet à chacun de vivre selon ses choix.

Comment renforcer les principes de la laïcité française, dans le rapport entre l’État et les religions de notre pays ? Comment garantir le respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République ? »

La Laïcité en fin de lettre, comme un lapsus révélateur … pour modifier la Loi de Séparation par des chemins détournés

Soyons d’abord attentifs à la place de ce point consacré à la laïcité dans l’architecture du texte présidentiel. Il est placé en fin de la lettre, dans ce que nous pourrions appeler le quatrième point « démocratie et citoyenneté ». Il fait suite à une remarque sur l’immigration et l’intégration des migrants, ce qui n’est pas innocent.

Les immigrés connotent la question de l’islam, même si tous les migrants ne sont pas de cette confession, loin de là… Il y a un amalgame intellectuel qui est insidieusement posé pour permettre le développement de ce qui suit.

Ne nous étonnons pas du procédé, mais au contraire comprenons sa logique. Depuis les années quatre-vingt, il est affirmé par les tenants de la modification de la loi de Séparation que le paysage religieux français a changé et que la laïcité doit être amendée en tenant compte de ce changement. C’est utiliser l’islam, qui est dans bien des cas la religion de Français et non d’immigrés, comme un cheval de Troie pour modifier en profondeur la loi de Séparation. Les acteurs de cet aggiornamento sont en premier lieu l’Église catholique, qui y voit une opportunité, associée, en l’occurrence, à des associations laïques historiques traîtres à leurs engagements idéologiques.

Le Président montre par là qu’il est en accord avec cette voie, ce qui, en tant que personne proche de la revue Esprit, est cohérent car c’est la ligne défendue par celle-ci depuis plus de cinquante ans.

Portons notre attention sur la première phrase : « La question de la laïcité est toujours en France sujet d’importants débats. ».

Que veut-on nous faire croire ?

Qu’un principe constitutionnel, appuyé sur une loi qui s’applique depuis 113 ans, inscrit dans l’article 1 des constitutions de 1946 et 1958, et de surcroît appuyé sur les articles 3 et 10 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, serait toujours en débat alors qu’un large consensus existe dans la Nation quant à sa légitimité.

S’il y a débat, il est porté très minoritairement par les seuls groupes qui remettent en cause ce point constitutionnel : les intégristes et ceux qui ont une vision communautariste de la société.

Nous pourrions voir là une forme de retour du refoulé. Certains catholiques et une partie du clergé n’ont jamais au fond d’eux-mêmes accepté la loi de séparation et s’y sont adaptés par la force des choses comme ils s’adaptaient à la République. Nous savons aussi que l’inscription dans l’article 1 de la Constitution de 1946, qui proclame que la France est une République laïque, n’a jamais été acceptée par les tenants du cléricalisme romain. Poser que la laïcité fait débat, c’est cacher la vérité et c’est ne vouloir pas nommer ceux qui font débat, ceux qui s’y opposent et à qui le Président de la République, par sa formation intellectuelle et ses convictions profondes, veut plaire.

La Laïcité prise comme prétexte au « vivre ensemble » pour stipendier les religions

La deuxième phrase est en elle-même une déclaration de philosophie politique : « La laïcité est la valeur primordiale pour que puissent vivre ensemble, en bonne intelligence et harmonie, des convictions différentes, religieuses ou philosophiques. ». Le problème avec les personnes issues des écoles de commerce est que tout est valeur. Ils devraient pourtant savoir que les valeurs montent et descendent, que le terme de valeur employé à tort et à travers est toujours soumis à la question : qu’est-ce que ça vaut ? Nous libres-penseurs préférons le terme de principe, notamment quand il s’agit d’un principe constitutionnel et juridique. La République, en ne regardant que des citoyens égaux, met de fait les religions à distance de l’espace politique et du bien public. La notion floue, faussement plaisante, du vivre-ensemble est une paresse intellectuelle. Reprenons la formule « (…) pour que puissent vivre ensemble, […] des convictions différentes, religieuses ou philosophiques. ». Remarquons au passage le « religieuse » avant le « philosophique » … Le Président semble oublier que la philosophie devance la religion. Le texte nous propose donc d’aller vers une société convictionnelle et communautariste. L’État tiendrait compte des différents groupes qui la composent et on quitterait l’égalité citoyenne pour une assignation communautaire des individus. Et bien sûr, un droit pour chaque communauté serait la prochaine étape… On connaît ça au Liban et au travers des tristes « accommodements raisonnables » du Canada.

Continuons : Elle est synonyme de liberté parce qu’elle permet à chacun de vivre selon ses choix. Il y a néanmoins des limites au choix de chacun, précisées par l’article 1 de la loi de 1905 « Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public. »

Comment renforcer les principes de la laïcité française, dans le rapport entre l’État et les religions de notre pays ? Quelle étrange question ! La loi de 1905 n’est-elle pas faite pour ça ? Rappelons au premier magistrat le début de l’article 2 de cette loi : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. ». De plus, nous restons cois devant la formulation « les religions de notre pays » :  ce retour en arrière vers un système de religions reconnues est ce qui avait été abrogé par la loi dite de séparation. La conception républicaine de la Nation se passe de religion, c’est avant tout une conception politique. Il n’y a pas de préalable religieux à la constitution de la Nation, mais une communauté de citoyens.

Que réinvente-t-on dans cette « Lettre aux Français » ? Nous sommes en pleine casuistique jésuitique, le « en même temps » du Président nous propose la séparation le le concordat, les cultes séparés de l’État etun dialogue permanent avec eux, la République ne salarie aucun culte facilite fiscalement leur développement économique, la République ne s’occupe pas de contenu théologique et concourt à la constitution d’un Islam de France…

Il est pourtant simple de bien faire fonctionner ce beau principe républicain qu’est la laïcité, appliquer la loi telle quelle est et corriger et affirmer par décret certains points qui la limitent.

Thierry MESNY, Président de l’ADLPF

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