La machine est l'avenir de l'homme

Publié le par Sophie TORDJMAN

Le mardi 2 juin dernier, les libres penseurs niçois et leurs invités ont eu la chance d’entendre une conférence remarquable. Le thème en était le transhumanisme ; et l’orateur, Jean-Michel Besnier, professeur en Sorbonne, chercheur au CNRS et auteur de nombreux ouvrages.
Le transhumanisme, qu’es aco (comme on dit chez nous ?) Cette nouvelle doctrine, sortie toute fumante des cerveaux en ébullition de la Silicon Vallée, considère les imperfections humaines, telles que la souffrance, la maladie, l’infirmité, le vieillissement, la mort, les émotions en général, comme des vestiges d’un passé révolu, en un mot des vieilleries dont le progrès technologique est désormais en mesure de débarrasser l’humanité. Youpy ! Alléluia, dira-t-on ! Oui mais…
De nos jours, la science-fiction devient réalité. Les progrès de la biologie alliée aux techno-sciences promettent l’émergence d’un homme nouveau, l’homme parfait, l’homme augmenté, le cyborg, suivant les vocabulaires. Pour les pionniers de cette humanité nouvelle, la question ne se pose même plus : nous y sommes. Jean-Michel Besnier, qui enseigne la philosophie, a longuement insisté sur un point : contrairement à toutes les expériences précédentes, les technologies récentes, par leur puissance inédite, ont amené une véritable rupture dans la vision de l’homme. Il ne s’agit plus de créer des machines au service de l’homme, mais de créer un homme à la hauteur des machines, allégé de ses attributs obsolètes, tels que le langage et la pensée complexe, et doué de capacités inouïes. Certains n’hésitent pas à annoncer une nouvelle Renaissance.
Mais alors, que devient la spécificité humaine ? Et les idéaux, qui ont fait la richesse de l’humanité, sont-ils appelés à disparaître au profit de la seule performance ? Cela ne semble pas poser de problème aux promoteurs du transhumanisme, en particulier de l’autre côté de l’Atlantique : ceux-là se croient déjà les maîtres du monde. Des sommes colossales sont investies dans la recherche. Plus près de nous, en Suisse, un programme prévoit la fabrication d’un cerveau artificiel, qui pourra même être dupliqué. L’immortalité est en vue !
D’autres groupes voient plutôt dans le progrès technologique un immense espoir dans le domaine de la santé. De quel droit refuser, surtout à un être jeune, la possibilité de recouvrer, sous forme d’une prothèse ultra-sophistiquée, le sens ou l’organe dont la déficience lui gâche la vie ? Avec les nanotechnologies, le corps humain devient accessible même à distance, et il en va de même pour le mental. La question est de savoir quel sera le prix à payer : peut-être celui de la liberté. Quand la moindre de nos pulsations cardiaques sera enregistrée dans la mémoire d’un ordinateur géant, on pourra dire adieu au secret médical. A une plus grande échelle, on peut s’interroger sur l’avenir de la démocratie. On tremble à l’idée de tels moyens tombant entre les mains d’un pouvoir malveillant, qui aurait ainsi la possibilité, non seulement d’éliminer toute opposition, mais de fabriquer à la chaîne des serviteurs sur mesure, sans émotion et sans fatigue.
Donc, Prométhée ou Terminator ? Il est difficile de se faire une idée précise. On peut consulter quelques émissions récentes consacrées à ce sujet (en note). On peut lire bien sûr les ouvrages de Jean-Michel Besnier, dont le plus connu : Demain les post-humains, le futur a-t-il encore besoin de nous ? Pour entendre une opinion différente, on peut lire dans Le Monde les chroniques de Laurent Alexandre, oracle du transhumanisme à la française.
La conclusion a été tirée par notre vice-présidente, qui a cité une formule percutante de Ray Kurzweil, père du transhumanisme et nouveau directeur, par la grâce de Google, du Centre de Recherche sur l’Intelligence Artificielle de Paris : « Ceux qui décideront de rester humains et refuseront d’être augmentés auront un sérieux handicap. Ils constitueront une sous-espèce et formeront les chimpanzés du futur. »
Personnellement, cette perspective ne me gêne pas, quoique je préfère les bonobos.
Sophie TORDJMAN
Note : sur France-Inter, la tête au carré, le téléphone sonne, comme un bruit qui court.

 

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jo 16/06/2015 22:13

les nazis l'ont rêvé, le capitalisme du 21ème siècle le fera !

François Braize 18/06/2015 06:24

Et j'ajouterai que le rêve n'a pas été hier que celui des nazis, hélas...

"L'homme augmenté", on s'aperçoit que c'est déjà le cas pour la bêtise d'ores et déjà insondable...

Et le cauchemar est demain pour tous si nous n'y veillons pas collectivement...
il est de plus en plus urgent de "Placer l'Homme au centre de toutes choses"...
Premier principe des droits humains à poser pour cantonner les méfaits de ces docteurs Folamour illuminés par leur propre science et technique... tout comme pour cantonner un peu mieux aussi en même temps les méfaits des ultralibéraux sur l'espèce humaine et son environnement !