Été amer

Publié le par Sophie TORDJMAN

     L’été s’en va doucement. Bon voyage ! Encore un qui n’a pas tenu ses promesses ! Chaque année, c’est la même chose : on voudrait pour tout le monde un bel été, tranquille, au soleil, les doigts de pied en éventail. C’est le cas pour une petite minorité privilégiée. Mais pour les autres, c’est-à-dire la plupart de nos contemporains, il n’existe qu’une saison : la misère, avec souvent la guerre en prime.

     Cette année, le ramadan a été particulièrement pénible. En pleine canicule, rester quinze heures sans manger et surtout sans boire, c’est un exploit quotidien : « Dieu nous donne la force », me disait une voisine tunisienne, qui ne l’a pas fait!

Je ne sais plus dans quel pays, le ramadan et la canicule réunis ont été meurtriers.

     Tout l’été, nous avons vécu le cauchemar de ces réfugiés qu’on appelle migrants, chassés par la misère et la guerre, cramponnés aux rochers de Vintimille ou forçant le tunnel de l’Eurostar. Gloire à ceux qui les ont secourus, si peu que ce soit : ils sont les justes de ce temps.

Et pour finir, à quelques jours d’intervalle, nous avons pris en pleine figure la photo de Aylan, ce petit Syrien noyé à quelques encablures d’une plage turque, et le témoignage de Jinan, cette jeune fille kurde de religion yézidie, tombée pour son malheur entre les mains de Daesh. Par parenthèses, admirons l’humanisme de son co-auteur qui travaille au Figaro, journal dont le slogan serait plutôt :

« Un kurde, ça va. Cent kurdes, bonjour les dégâts ! »

     Le martyre des femmes yézidies dure depuis des années, celui des enfants syriens également. Et c’est maintenant seulement qu’il faudrait s’émouvoir à la commande ! Pourquoi ? En tant que déléguée aux droits des femmes, il y a longtemps que j’entends l’appel au secours des femmes yézidies, enlevées, vendues comme esclaves, mariées de force c’est-à-dire violées religieusement. Un imam l’a dit : en tant que non-musulmanes, elles sont considérées comme prise de guerre, et le Coran autorise tout valeureux combattant à les traiter comme bon lui semble. Et il ne s’en prive pas !

     Après cela, il va falloir du courage pour se retrousser les manches et reprendre le combat laïque. A la vue de tous ces êtres humains crevant de faim sur les routes du monde, on pourrait se demander si la laïcité n’est pas encore un idéal de riches, une philosophie de luxe pour intellectuels bien nourris. Je l’avoue, cela m’arrive : ne ferais-je pas mieux de militer à Amnistie Internationale, au Réseau Education sans Frontières, ou simplement d’être bénévole aux Restos du Cœur ?

     Et puis, ce matin, j’ai entendu une citation de Stefan Zweig, qui disait à peu près que nos malheurs commencent quand la liberté devient une habitude, et non plus un bien sacré. On peut en dire autant de la laïcité, à cela près qu’il serait paradoxal ou humoristique de la regarder comme un bien sacré. Elle est un acquis précieux, mais fragile ; non un luxe, mais une nécessité, justement le seul rempart contre les antagonismes religieux qui dévastent le monde. Dans la fournaise syrienne, certains trouvent le temps de lutter pour la laïcité, comme Razan Zaitouneh. Alors, pourquoi pas nous ?

      Et pendant que j’écris ces lignes, Asia Bibi continue de croupir dans sa geôle pakistanaise. Ils ne l’ont pas tuée : ils la laissent crever. Il Faudrait se battre pour tout !

Sophie TORDJMAN

Cannes, 20 septembre 2015

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François Ledru 27/09/2015 09:19

La religion transforme les gens en des sortes de sales fous. Cela en fait parce que si on parle à un vrai croyant il vous dit : mais je parle au nom de mon dieu, ce que vous dites n'est rien en face ! il faut donc lui rappeler que ceci n'est que ce qu'il croit, qu'il y a d'autres qui croient autre chose, sinon vra