À la mémoire de...

Publié le par Association des Libres Penseurs de France

André GILS : 1918 – 2016.

 

« Je ne mourrai pas à trois chiffres ; deux me suffiront ». Le Libre Penseur et rationaliste André Gils n’était pas voyant extra-lucide, mais le pronostic qu’il avait formulé sur sa durée de vie est apparu exact. André nous a quittés dix-huit mois avant d’atteindre le siècle.

Conformément à sa volonté, il a été incinéré sans fleurs ni couronnes, sans cérémonie ni discours, sans la bannière de sa Loge ni le drapeau de la fédération de l’Aude de la Libre Pensée. Sur son cercueil, il n’y avait qu’une image de fleur – une pensée, bien entendu – que lui avait envoyée notre camarade Yves Beziat. André avait prévenu : « si tu viens à mes obsèques, ne sois pas en retard ! »

Heureusement, il n’avait pas pensé à interdire que l’on rédige quelques lignes pour rappeler quel militant il était : un homme de conviction d’acier, au caractère bien trempé, tout entier voué à la solidarité humaine et à la lutte contre la tyrannie politique et l’imposture religieuse. Né à Peyriac-en-Minervois, fils de maçon, il reprend et développe avec son frère l’entreprise paternelle, puis la cède à ses enfants au moment de sa retraite. Heureux de pouvoir rester dans son village entouré des siens, il a consacré sa vie à la lutte pour la justice sociale, la laïcité et l’émancipation de l’individu. Sa détermination et sa fidélité sans faille à nos idéaux de progrès forcent le respect. C’est parce que l’hypocrisie, notamment religieuse, le révoltait qu’il a poursuivi le combat qu’avait déjà engagé André Lorulot avant-guerre pour récuser la prétention de l’Eglise catholique de récupérer l’image de Jeanne d’Arc en la canonisant après l’avoir si cruellement martyrisée.

André Gils avait quitté la Fédération Nationale de la Libre Pensée pour rejoindre l’Association des Libres Penseurs de France dès sa création en 1995. Son nom figure en bonne place dans la liste des signataires de l’Appel qu’avait lancé Henri Lecoultre pour que perdurent les principes d’indépendance d’une Libre Pensée authentique. Dans sa fédération de l’Aude, qui l’avait aussitôt suivi dans sa démarche, il a toujours pris toutes ses responsabilités, mais sans jamais accepter la présidence. Ses camarades sont toutefois parvenus à lui décerner la présidence d’honneur en 2014.

Il fut une cheville ouvrière de l’organisation de l’important congrès de Lézignan, en août 1995. En 2009, il était encore à l’ouvrage pour le congrès national de Port-Leucate. Son bonheur de pouvoir échanger avec des copains de toute la France était manifeste. Il est vrai que l’accueil et l’hospitalité n’étaient pas ses moindres qualités ! Il se faisait un plaisir de recevoir chez lui l’orateur que la fédération de l’Aude faisait parfois venir pour une conférence ou toute autre manifestation. Il était fier de pouvoir énoncer la liste des présidents ou responsables de la Libre Pensée qu’il avait hébergés : Aristide Lapeyre, Maurice Azoulay, Roger Labrusse, René Labrégère…et, quand l’invité repartait, ce n’était pas les mains vides, mais avec quelques flacons de cuvée spéciale, car on fait aussi du bon vin en Minervois !

En 2013, André avait obtenu que le maire de son village de Peyriac procède à la plantation d’un arbre de la laïcité le 9 décembre pour commémorer la promulgation de la loi de Séparation des Églises et de l’État. La cérémonie, organisée par la fédération de l’Aude de l’ADLPF, fut un très grand succès avec la participation des élèves et des enseignants de l’école laïque.

Ancien résistant, militant enthousiaste, rationaliste intransigeant, mais aussi et surtout animé du respect de chacun et d’une profonde tolérance : voilà qui était André Gils. Son combat sans merci contre les dogmes et les clergés n’était pas fait de violence car il aimait les gens et respectait les individus quelles que fussent leurs options. C’est ainsi qu’il accompagnait chaque dimanche sa pieuse épouse Marie-Jeanne à l’église. Bien entendu, il ne franchissait pas le seuil de l’édifice et allait voir les copains en attendant la fin de l’office.

Tous ceux qui l’ont connu garderont André Gils, « Papeto », dans leur panthéon personnel. Il est impossible d’oublier une telle figure du mouvement libre penseur et humaniste. À son épouse Marie-Jeanne, à Hélène sa fille, à Charles son fils, à Denise son autre fille aujourd’hui maire de Peyriac-en-Minervois et à tous ses proches, nous adressons nos sincères condoléances.

 

Pour le Conseil d’Administration de l’A.D.L.P.F.,

Denis Pelletier, secrétaire général,

Le 9 décembre 2016.

Publié dans HISTOIRE

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