Delirium tremens... sans alcool

Publié le par Régis BOUSSIERES

Cela prête à sourire, surtout pour les rationalistes que nous sommes, mais certains prétendent, encore une fois, que "la fin du monde est proche". On a même une date : le 12 décembre 2012 ou le 21 décembre 2012. Cela serait annoncé dans un calendrier maya (comme dans le film 2012).

D'après ces illuminés apocalyptiques, un seul village échappera à la destruction du monde : Bugarach, dans l'Aude. Cette information a circulé non pas par onde ou pensée cosmique, mais par Internet. Rien de mieux que la technologie moderne pour véhiculer les superstitions les plus éculées et obscurantistes...

Depuis que l'information circule, des illuminés arrivent par centaines dans ce petit village, à un tel point que les journalistes du New York Timesse sont déplacés pour commenter l’événement. Le village vit au rythme "des processions qui regroupent parfois 200 à 300 personnes, des baptêmes dans le lac".

« Des offrandes sont aussi déposées devant les statuts de la Vierge" confie le maire Jean-Pierre Delord. Que vient faire la Vierge avec un calendrier Maya ? Cette légende païenne ne peut être que fausse pour tout chrétien qui se respect et ce d'autant plus que la fin du monde n'est pas prévue à cette date dans le Nouveau Testament. On a donc bien affaire au syncrétisme le plus délirant qui mélange toutes les croyances et les superstitions de toutes les origines religieuses et mystiques. Quel cocktail détonnant, c'est du délire puissance dix ! Il suffit de lire, non pas sur un parchemin Maya, ni celui d'un Saint quelconque ou d'un écrit apocryphe, mais sur Internet, les propos de nos apocalyptiques : on y croise pèle mêle les extraterrestres, le Christ, le Graal, les Templiers, l'abbé Saunière et François Mitterrand. Cette liste manque d'originalité. Il faudrait, de temps en temps renouveler les personnages et ajouter de nouvelles vedettes comme Mickey, le Père Noël, E.T... Ainsi, d'après un certain Jean Argoun, il y aurait à Bugarach "une cavité ou un lac caché sous le mont Bugarach qui sert de base extraterrestre. Elle abrite depuis 9000 ans un vaisseau qui renferme en son sein tout le savoir des Atlandes, le peuple disparu de l'Atlantide". D'autres tarés disent que le Mont Bugarach renferme le Graal, l'Arche d'Alliance, voire le Christ lui-même, réfugié en pays cathare avec Marie-Madeleine. D'autres prétendent que l'abbé Saunière, supposé découvreur du trésor des Templiers, déambulerait encore dans l'une des grottes de la montagne. Quant à François Mitterrand, il aurait été héliporté directement au sommet du Pic. Enfin, les amoureux de la numérologie ont pu démontrer que le Mont qui culmine à 1231 mètres (en système décimal) faisait en système "octal" 666, le chiffre de la bête... Ben tiens!

Le village doit supporter ces illuminés qui prient nus dans la montagne où ils font des rituels plus étranges les uns que les autres, comme des stages pour aller pousser le cri primal dans une cavité naturelle (car il faut être écolos aussi, c'est à la mode). Espérons qu'ils ne feront pas de sacrifices humains, mais quand le délire mystique est à son comble, la connerie et la barbarie ne connaissaient plus de limite.

Avec l'arrivé de l'An 2000, des sectes chrétiennes apocalyptiques avaient annoncé la fin du monde. A l'époque, j'avais fait un article pour le Monde Libertairecar une de ces secte était passée à l'acte : afin de hâter la fin du monde, des fidèles s'étaient suicidés. Cette secte chrétienne "restauration des 10 commandements" a été responsable de la mort de 300 fidèles en Ouganda. Le sommeil de la raison, les délires engendrent ce genre de risque, c'est pourquoi, si l'on peut rire de ces superstitions et fadaises, il ne faut jamais perdre de vue que cela peut mener à des actes très graves : dépression, folie, suicide, meurtre... D'ailleurs, le Maire et les autorités surveillent de près ce qui se passe dans la région. Quant à nous, il faut dénoncer partout où nous le pouvons ces superstitions et tous les obscurantismes.

                                                                                                                  Régis Boussières

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