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La reprise économique et sociale entraîne revendications ouvrières et protection de la population

16 Déc 2018

En France, la Première Guerre mondiale a tourneboulé les classes sociales et la richesse. 

Les survivants rompent avec les certitudes établies, appréhendent autrement avenir, travail, société, économie, politique. Ils tendent vers une vie meilleure. Clemenceau est un laïque et un républicain ; une chance ! L’État est la nouvelle providence. Des aspirations philosophiques et libérales accompagnent cet élan. La pensée s’évade des carcans paysans, des rigidités bourgeoises.

L’invention de l’État-providence planifie la socio-économie, libère l’esprit des Français

La Révolution russe de 1917 marque le soulèvement effectif des travailleurs. Après-guerre, l’ouvrier « international » aspire à une vie plus digne et juste. Les salariés (Les femmes ont œuvré en usines) réclament une paye permettant de vivre sans privations. En France : 1919, grèves dans la métallurgie parisienne, 1920 grève générale des Cheminots, Mines du Nord, Métiers de l’habillement. L’athéisme se répand dans une camaraderie nouvelle. La religion, un opium ? Il devient possible de le supposer. 

Protection sociale des populations

En France, en Europe, Outre-Atlantique, la société apporte aide et réparations aux rescapés : les anciens combattants, invalides, malades chroniques (gazés) mais aussi veuves et orphelins sont pris en charge (soins dispensés, pensions, adoptions comme pupille de la Nation). C’est « le prix du sang » à payer, selon l’historien Bruno Valet. Les progrès de la médecine (vaccination, radioscopie, hygiène sanitaire et alimentaire) permettent graduellement de mieux maîtriser la mortalité infantile, l’espérance de vie. Les services publics s’organisent à petits pas pour protéger les Français : maternité suivie, allocations familiales (1932) ; réduction du temps hebdomadaire de travail en 1919 (48 h. 6 jours), droit à la formation (1919). En 1936, le Front populaire vote les 40 heures hebdomadaires, les premiers congés payés. Quand on a du temps pour soi, on peut enfin s’autoriser à penser. C’est un loisir.

Planification, transformation économique par l’inflation et l’emploi

D’après l’économiste Keynes, « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie » 1936, l’inflation permet le plein emploi, l’ajustement monétaire, le crédit à faible taux d’intérêt, la consommation. L’État investit dans les infrastructures. Les fils de familles aisées, rentiers devenus ruinés par le krach, choisissent des postes clefs : cadres bancaires, ingénieurs (Chemins de fer, Mines, Sidérurgie, Automobile, Aéronautique, Electricité). Des croyances s’effondrent, en même temps que l’individu devient plus libre et plus vulnérable. A quelque chose malheur est bon.

Les Français choisissent une autre façon de penser

S’ils restent majoritairement empreints de religion, la question de la permissivité du mal par un dieu ébranle la foi ; les revendications syndicales, les partis politiques : Radicaux, Communistes, prônent anticléricalisme ou athéisme. La Liberté de conscience favorise les mouvements féministes qui demandent l’égalité des droits : vote des femmes, droit à l’éducation ; lutte anti-prostitution. La radio puis le cinéma parlant (1927) participent à cette prise de conscience mais l’image de la femme au foyer perdure. Jugées immatures en politique, moins payées que les hommes, dépendantes du chéquier du conjoint : elles réclament plus d’autonomie. Des pionnières : doctoresses, chercheuses, aviatrices, modistes proposent une société sans fatalisme, discrimination, intolérance. Des livres, des revues : « L’Idée Libre » 1926 d’André Lorulot ou « l’Encyclopédie anarchiste » 1925 de Sébastien Faure, émancipent leurs lecteurs. Le libre-penseur n’est plus un libertin : c’est un moteur. Il acquière un statut social et suscite même l’envie.

Un monde plus juste et plus libre … reporté à plus tard

C’est dans ce contexte économique, social, politique et philosophique : « Propos sur le Bonheur » d’Alain, que la Libre Pensée demande la paix, l’éducation pour tous, le bonheur. Dans les années 1930, les émissions radiophoniques facilitent la liberté d’expression et de penser différemment. Une ère moderne s’ouvre où la Raison promet espoir et fraternité. De secrète, la Libre Pensée aspire à l’universalisme. Curieusement, Il faudra attendre une seconde guerre mondiale pour que la protection sociale et les libertés qui l’accompagnent puissent servir de fondement au Conseil national de la Résistance (CNR) : vote des Femmes 1944, Sécurité sociale 1945. Mais la Libre Pensée devient alors un enjeu politique dans un régime parlementaire tri-partisan. Ce ne fut pas une chance !

Nicole FAVOT

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