Communiqué du Cercle Maurice Allard

Publié le par Association des Libres Penseurs de France

Nous avons été consternés et révoltés par la décision du Conseil d’État du 19 juillet 2011 validant la subvention de 228 673 euros versée par la Mairie de Lyon au profit de la Fondation de Fourvière pour la réalisation de l’ascenseur de la basilique de Fourvière.

Il s’agit là d’une nouvelle et grave atteinte au principe et à la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Églises et de l’État. En effet, elle stipule que « l’État ne reconnait et ne subventionne aucun culte ». Le Conseil d’État a mis en avant le fait que la basilique de Fourvière est un lieu touristique important de la région Rhône-Alpes et que la réalisation de cet ascenseur destiné à faciliter l’accès des personnes à mobilité réduite présente un intérêt public local lié notamment : «à l’importance de l’édifice pour le rayonnement culturel et le développement touristique et économique de son territoire et qu’il ne soit pas destiné à l’exercice du culte ».  Bref, à lire la décision du Conseil d’État la laïcité n’est plus le principe qui prévaut et ouvre une nouvelle « boîte de Pandore » au clientélisme local.

L’Église, bien évidemment ne se pose pas de cas de conscience ou de moralité : toucher près de 230 000 euros d’argent public (qui pourraient servir pour développer les crèches ou construire des logements, embaucher du personnel pour les écoles…) ne la dérange pas, bien au contraire… Peu importe si la majorité de la population est adepte d’autres religions ou agnostiques, athées, non pratiquantes.

Mais, en plus de n’avoir aucun scrupule, l’Église ne manque pas de culot. En effet, l’ancien recteur de la basilique de Fourvière, le Père Jean-Marie Jouham, s’est plaint de la tenue vestimentaire des visiteurs de la cathédrale. Le journal le Progrès en a parlé à plusieurs reprises. Le nouveau recteur (le Père Daniel Murard) est sur la même ligne. Le Progrèsdu 16 août explique « avant ou après avoir observé de l’esplanade la magnifique vue sur la capitale des Gaules, ils passent par l’édifice religieuxrecommandé par tous les guides (…) Le tourisme n’a cure des messes et célébrations (normal, les touristes ne sont pas forcément catholiques). Tout habillé de blanc, une médaille de Marie à son cou, le nouveau recteur de Fourvière vient d’admonester une jeune fille. Debout et silencieuse elle observe la cérémonie. Elle porte un short et un tee-shirt clair à bretelles pas particulièrement décolleté, mais qui déclenche l’agacement du prêtre. « Vous pourriez vous habiller un peu pour entrer dans une église. Vous ne rentreriez pas comme ça dans une mosquée». (…) ». « On a un peu de mal à préserver la dignité des lieux. J’ai visité des musées où on impose le silence (mais non pas des tenues vestimentaires ce qui n’est pas la même chose). Ici, ils rentrent comme à la Part Dieu ». Seulement voilà, les mosquées ne sont pas (en France) des lieux hautement touristiques mais des lieux de prière pour les fidèles. Elles ne bénéficient pas, à notre connaissance, de subvention publique au prétexte qu’elles participeraient au rayonnement touristique et économique. La basilique de Fourvière est-elle un musée, un lieu touristique, un lieu pour les fidèles catholiques ? Si c’est tout cela à la fois, le recteur doit accepter que des touristes viennent habillés en touriste. Par 30 degrés, les touristes s’habillent léger, rien de plus normal et quand on est en vacances on a des tenues plus décontractées. Il est indéniable que Fourvière est un lieu touristique. C’est grâce à cette argumentation que l’Église a bénéficié à tort d’une gracieuse et généreuse subvention publique. Mais voilà que cela ne lui suffit pas, elle exige que ce lieu reste exclusivement religieux… On ne peut pas tout avoir le beurre, l’argent du beurre et les avantages de la crémière. Si l’Église veut garder son lieu de prière rien que pour ses fidèles, ce qui peut parfaitement se comprendre, qu’elle rendecomme l’eut dit Jésus, « ce qui est à César à César », qu’elle rembourse la Mairie. Que l’argent public retourne au financement des services publics communaux.

Pour notre part, le Cercle Maurice Allard, dénonce l’hypocrisie du Conseil d’État, des élus locaux qui invoquent le tourisme pour mieux financer un culte, ainsi l’Eglise joue sur tous les tableaux pour obtenir des subventions publiques tout en manifestant son intolérance à l’égard des paisibles visiteurs de la colline de Fourvière.

Dans ce contexte, nous ne pouvons que dénoncer cette nouvelle atteinte à la laïcité de notre société. A l’approche d’échéances majeures et en période de crise très grave nul ne peut prédire l’impact de telles décisions. Notre certitude est que la laïcité à la « sauce lyonnaise » nous conduit inéluctablement à la montée des communautarismes religieux et porte ainsi atteinte à la paix civile.

                                                                                                         Régis Boussières

                                                                                  Président du Cercle Maurice Allard

 

Publié dans RHONE

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