Décrocher les crucifix en Suisse

Publié le par Roland Bosdeveix


Après l'affaire du Portugal et d'Italie, voici que notre ami et camarade Narcisse Praz fait la "une" du journal Le Nouvelliste.
L'importance de son action n'a d'égale que la renommée de celui-ci. Le canton du Valais reste réputé par l'influence bigote qui y règne. La tâche est donc à la hauteur de Narcisse.
C'est donc avec beaucoup plaisir que nous publions cet article, malheureusement suivi - au nom de l'objectivité sans doute ? -  du témoignage d'un abbé. Vous pourrez y admirer la manipulation sémantique employée et jugerez, par vous-même, qui, de Narcisse Praz ou de l'abbé, respire la mauvaise foi...



Narcisse Praz veut décrocher les crucifix dans les
ECOLES
. L'écrivain libre penseur demande au canton d'appliquer la décision de la Cour européenne des droits de l'homme.

GILLES BERREAU

Alors que la Cour européenne des droits de l'homme vient de déclarer illégale la présence de crucifix dans les écoles publiques italiennes, l'écrivain et pamphlétaire Narcisse Praz demande au Département valaisan de l'éducation quelles mesures il entend prendre en vue de l'application de cette décision.

Narcisse Praz, qui collabore au «Libre-penseur», périodique romand laïque et indépendant, estime que «la Suisse ne saurait se soustraire à pareille sentence». Et qu'il est «un fait indéniable que les mentalités et les mœurs des habitants de ce canton ont marqué depuis une trentaine d'années une évolution spectaculaire vers une moindre dépendance face au fait religieux. L'application de la sentence de la Cour européenne des droits de l'homme ne saurait heurter l'immense majorité de la population. L'association de la Libre Pensée à laquelle j'appartiens attend avec sérénité une réponse positive.»

En charge du département concerné, le conseiller d'Etat Claude Roch déclarait récemment son opposition à la suppression des croix où elles existent. «Si une telle demande me parvient, je prendrai position contre», a-t-il déclaré au «Temps». Pour Claude Roch, «un crucifix accroché au mur d'une salle de classe n 'enfreint en rien, à mon sens, la liberté de croyance d'un élève non catholique».

 

Le TF lui donne raison

En Suisse, la justice s'est déjà prononcée sur le sujet par sa plus haute instance, suite à la requête d'un instituteur tessinois ne voulant pas de crucifix dans sa classe. En 1990, le Tribunal fédéral lui a donné raison, estimant que la présence d'un crucifix sur le mur d'une salle de classe viole le principe de neutralité confessionnelle.

Selon nos informations, cet arrêt du TF ne s'applique pas automatiquement. Impossible donc de s'y référer pour demander à Claude Roch de faire enlever tous les crucifix de nos écoles. Dans le cadre d'une éventuelle action en justice devant un tribunal, ne pourraient s'y référer que des personnes directement concernées. Par exemple un instituteur ou des parents d'élèves.

Notre sondage

Pour l'instant, les crucifix figurent toujours en bonne place dans nombre de nos écoles. En Valais, le sujet ne pose pas de problème. Lors de la réforme scolaire E2000, le Parti socialiste avait plaidé pour la suppression des signes religieux ostentatoires, mais aujourd'hui, il dit ne pas vouloir en faire un cheval de bataille. Mieux: les Jeunes socialistes du Valais romand se sont désolidarisés récemment de leur comité national qui venait de réclamer la suppression des crucifix à l'école au nom de la stricte séparation Eglise-Etat.

Sur le site du «Nouvelliste», 68,8% des 545 internautes s'étant prononcés hier en milieu d'après-midi ont répondu non à la question de notre sondage: «Faut-il interdire les crucifix dans les écoles publiques valaisannes?»

 

TÉMOIGNAGE D'UN ABBÉ

«La présence d'un crucifix n'est jamais discriminatoire»

La décision de la Cour européenne des droits de l'homme concernant l'interdiction des crucifix dans les écoles en Italie a suscité ce témoignage de l'abbé Pierre-Yves Maillard, directeur du séminaire valaisan à Givisiez: «Quand j'étais aumônier des collèges de Sion, un recteur m'avait confié que la présence des crucifix dans les salles de classe lui permettait de se montrer plus ouvert envers les autres minorités religieuses. Son argumentation était excellente: une certaine conception de la laïcité, qui voudrait exclure toute représentation religieuse du domaine public pour confiner cette dimension à la seule sphère privée, conduit inévitablement à l'intolérance et à l'extrémisme. La reconnaissance de notre identité chrétienne, au contraire, permet précisément la rencontre avec l'autre et la prise en compte de sa croyance.» Et l'abbé Maillard d'ajouter : «En outre, la présence d'un crucifix n'est jamais discriminatoire. En rappelant l'amour universel du Christ, elle rend possible l'accueil et le respect de toute identité, fondement nécessaire à l'idée de l'état laïc. Le recteur avait raison: quand on croit être laïc par ignorance, on ne sait pas qu'on devient intolérant par laïcisme.» vp

 

Publié dans LAICITE

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