La Raison Militante n°62

Publié le par Association des Libres Penseurs de France

Invoquer la laïcité pour mieux la bafouer

 

Le récent afflux, sur la scène politique, de cette foule de néo-contempteurs de la laïcité produit d’étranges effets. Alors qu’il y a encore quelques mois les laïques « canal historique », au nombre desquels nous nous comptons, étaient, grosso modo, classés parmi les progressistes nostalgiques et un tantinet désuets, aujourd’hui, pour le commun, être un laïque signifie être un conservateur, voire un réactionnaire.

Le phénomène des néo-réacs est apparu dans le microcosme médiatique. Eric Zemmour en est la figure de proue. Il sait, mieux que quiconque, jouer la partition du « politiquement incorrect », tant et si bien que, flamberge laïque au vent, il constitue désormais l’idéaltype accompli d’une néo-bien-pensance de bon ton droitier, mais populiste, qui s’affiche laïque et qui transforme en bonne conscience les pires sentiments jusqu’alors refoulés : l’étranger viendrait manger notre pain ; le dealer ne pourrait être qu’Africain ; le chômeur se complairait dans le confort faramineux des minima sociaux… Autrement dit, les petits et les plus exploités seraient les responsables de la crise qui les broie !

Dans ce créneau du pseudo-laïcisme – mais de la véritable politique réactionnaire – la concurrence est rude. On joue des coudes pour avoir l’honneur des media. L’une des conclusions du pitoyable débat de l’UMP sur la laïcité c’est de considérer comme nécessaire que la collectivité donne aux fidèles les moyens matériels d’exercer leur liberté de religion. Pour cela, il faudra que tous, croyants et incroyants, crachent au bassinet pour édifier des lieux de culte afin qu’il n’y ait plus de prières collectives dans la rue. L’objectif est louable – cette demande de disparition de l’accaparement de l’espace public par une religion faisait d’ailleurs partie des revendications de notre dernier congrès – mais le moyen paradoxal de l’atteindre laisse pantois : on veut bafouer et dénaturer la loi laïque de séparation des églises et de l’Etat… au prétexte de laïcité !

Le même genre de sophisme et d’entourloupette sert, depuis cinquante ans, à justifier les crédits publics aux écoles confessionnelles : la liberté de l’enseignement ne saurait être effective que si la République lui donne les subsides nécessaires pour s’exercer, c’est-à-dire si elle joue contre son camp en subventionnant l’école qui la concurrence et qui l’assassine. La plupart de ceux qui devraient être les défenseurs naturels de l’école publique n’osent pas s’opposer à ces billevesées par crainte de rallumer une guerre scolaire. C’est donc sans combattre qu’ils cèdent devant la menace cléricale.

Pour circonscrire l’espace du camp laïque véritable, il suffit de réaffirmer quelques principes simples et essentiels. La laïcité authentique est celle qui ne se résigne pas au dualisme scolaire ; c’est celle qui exige donc l’abrogation de la quinquagénaire loi scélérate Debré de subventionnement des écoles privées (de rien) ; c’est celle qui refuse la confusion entre l’espace privé - où peuvent avoir cours une pratique et des préceptes religieux – et l’espace public, réglementaire et législatif, qui doit être protégé de toute influence des dogmes, notamment religieux.

La libre pensée dont nous nous réclamons ne se réduit pas à cette seule dimension laïque. Quelle pitié, pour nous qui nous réclamons également du rationalisme, que cette mascarade de béatification de feu Jean-Polonais, le faiseur de miracles, vous savez, ce pape si saint qu’il a couvert les pratiques pédo-criminelles avérées – et dont il avait connaissance - des membres de son clergé. Le vrai miracle est bien d’avoir réussi faire passer pour de l’information des sornettes aussi débiles (une guérison miraculeuse par le Dr Jean Paul II) et ainsi à encombrer les lucarnes télévisuelles et les ondes radiophoniques pendant des journées entières. L’autre miracle est d’avoir réussi à faire passer Wojtyla pour un bienfaiteur de l’humanité, alors que, en diabolisant le préservatif, il s’est rendu coupable de complicité dans l’extension de la pandémie du sida, notamment en Afrique où elle fait des millions de victimes. A côté de cela, le représentant de la boutique concurrente en matière de diffusion de dogmes puérils et criminels, Ben Laden, avec ses quelque dix mille personnes qu’il a fait tuer au nom de dieu, pourrait presque passer pour un gentil archange.

Notre prochain congrès devra à la fois rappeler ce qu’est une laïcité de bon aloi, affiner l’orientation sur laquelle repose notre démarche et surtout trouver les moyens les plus efficaces d’exercer les tâches qui nous incombent. Le concours du plus grand nombre est donc le bienvenu. Alors, tous à Piriac pendant le « pont » de l’« Ascension » pour coopérer au bon combat des Libres Penseurs !


                                                                                  Denis PELLETIER , président de l’ADLPF

 

 

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