Quand Dieu est dans l’isoloir

Publié le par Régis BOUSSIERES

Le jeudi 9 février 2012, le journal Métro a titré en une "présidentielle: des candidats et des dieux". Il aborde la question de la place des religions dans les élections et de l’attitude des candidats et des partis politiques vis-à-vis des religions.

Jean Pierre Denis, directeur de la rédaction de la très chrétienne La Vie, s’en prend à Hollande qui a déclaré par rapport à son projet d’inscrire dans la constitution la loi de 1905 "que la démocratie sera plus forte que les religions », pour lui c’est sous-entendre « qu’elles (les religions) sont une menace".

 

Pourtant, les religions ont toujours combattu la liberté de conscience et la démocratie.

Le Roi était de droit divin et les philosophes étaient pourchassés par les prélats qui mettaient leurs écrits à l’index. Aujourd’hui, grâce au lobbying auprès des élus, qui empêche:

                            le mariage gay ?

                            la recherche sur les cellules souches?

Les religions! 

Alors que la population y est majoritairement favorable…

Bref, d’une manière non démocratique, les religions, par leur force politique, au nom de dogmes figés dans le temps et qui ne devraient s’appliquer qu’aux seuls fidèles imposent à tous leurs visions du monde.

 

Puis, le spécialiste des religions Odon Vallet (pro laïcité ouverte) y affirme que la loi de 1905 est morte avec ses mots à lui:

     "Elle (la loi de 1905) n’est absolument pas respectée. L’État et les collectivités donnent plus d’argent aux religions en France qu’en Allemagne, où pourtant il y a un impôt ecclésiastique ".

Bref, dès lors, pourquoi mettre dans la constitution une loi qui n’existe plus que sur le papier ? A moins qu’il s’agisse avant tout d’inscrire le concordat dans la constitution comme veut aussi le faire Hollande ? "Rappelons que le concordat, contrairement à la loi de 1905 est réellement appliqué…"

 

Puis Odon Vallet précise que pour lui "les gesticulations, les chemins de croix et les retraites, ne servent à rien : Nicolas Sarkozy a perdu beaucoup de voix catholiques avec le bling bling". Il est vrai que Sarkozy, comme beaucoup d’autres élus de l’UMP n’arrêtent pas d’exalter "les racines chrétiennes de la France". On a vu dernièrement la position de l’UMP sur le mariage gay, pour faire du pied à l’électorat chrétien, cela a fonctionné puisque la très catholique Christine Boutin (en échange, aussi, de circonscription réservé par l’UMP pour le Parti Démocrate Chrétien de Boutin) a rejoint Sarkozy car il l’a rassuré sur certaines valeurs… Pour autant, déjà en janvier l’institut de sondage IFOP annonçait que 38% des catholiques pratiquants se déclarent prêt à voter Sarkozy, Hollande n’avait que 22% d’intention de vote, le FN lui arrivait en troisième position avec 17% comme le Modem… Bref, les catholiques pratiquants sont prêt à voter à droite et au centre droit (UMP, FN, Modem : 72% ! ). Par contre, Odon Vallet reconnait que le spirituel reste une donnée importante, s’invitant dans les sujets sociétaux « bioéthique, mariage homosexuel, IVG… »

 

Sous la soutane, un programme politique

Puis le journal Métro interview l’abbé Grojean, prêtre du diocèse de Versailles, responsable des questions politiques, de bioéthique et d’éthique sociale. Comme tout prélat , il nous parle avec une certaine langue de bois et hypocrisie ; il faut décortiquer et analyser de nombreux sous entendu. Tout d’abord, en tant que curé, il devrait s’occuper de théologie mais non pas de questions politiques ! 

Les religions se préoccupent de sujets qui ne les concernent pas et pour lesquelles elles n’ont reçu aucun mandat du peuple.  Pourtant, notre, prêtre confirme que l’Église se préoccupe de politique, car les évêques français ont publié un texte « élection : un vote pour quelle société ? » avec treize points d’attention, à destination des candidats et des électeurs, pour que l’homme reste au centre des programmes électoraux.

Le Journal demande au curé si « s’est le rôle de l’Église de s’immiscer ainsi dans la campagne présidentielle ? ». Il répond tout de go: "l’Église est dans son rôle lorsqu’elle propose une réflexion, une sagesse, une expérience (lesquelles ?). Elle joue un rôle de veilleur qui alerte les consciences lorsqu’elle juge (au regard de ses dogmes et non pas d’une sagesse ou d’une réflexion…) que la dignité de la personne est en jeu".

Bref, l’Église est bien présomptueuse et orgueilleuse. Elle n’a pourtant aucune sagesse ni réflexion, elle défend ses vieux dogmes au nom de la Bible et des interdits des Pères de l’Église qui ont mis aux buchers les "sodomites, les sorcières et les hérétiques… ". Derrière la défense de la personne, il y a bien sûr la lutte contre l’IVG, la contraception, l’euthanasie active, la volonté d’interdire à la science de faire des recherches sur les cellules souches. Bref, le respect de la vie de la procréation à la mort naturelle qui n’existe plus depuis longtemps grâce à la médecine d’où l’allongement de l’espérance de vie….

 

Dans ces prises de positions on y retrouve le programme de l’UMP. D’ailleurs le curé le confirme " les catholiques seront attentifs aux valeurs fondamentales qui touchent à l’être humain ». Puis, il ose rajouter « les candidats ont peu de marge de manœuvre dans le domaine économique et politique".

Mais alors, à quoi bon voter dans ces conditions, si les hommes politiques ne peuvent plus rien faire en matière de logement, de pouvoir d’achat, d’emploi, de santé? On y voit là le discours de toujours des religions : « soumets toi, tais toi, accepte ton sort, admet les injustices « heureux les pauvres », « si Dieu t’a faitesclave, c’est bien » disait déjà Saint Paul, belle sagesse en effet !

Les Traders, les grands patrons peuvent compter sur les Eglises. Bien évidemment, malgré la place de plus en plus importante des religions dans l’espace public, sans compter les allégeances des élus et les financements publics en faveur des cultes, le bon curé met en garde contre la laïcité , "ce qui m’inquiète c’est une crispation laïciste (sic) qui va à l’encontre du lien social auquel la loi de 1905 participe. Le désir de rassembler passe par une application apaisée de la laïcité. Les religions ne sont pas un danger pour la démocratie". Bien, tiens…

 

Au fait, au niveau du Vatican, qui est un État, à quand les élections démocratiques ?

La possibilité de créer des syndicats, des partis politiques ? Puisque les Religions sont des grands défenseurs du principe de la démocratie, pourquoi leur organisation ressemble tant aux systèmes totalitaires ? Ce n’est pas votre affaire, répondrons les calotins, les "kippatisés" et voilées du monde entier, cela ne regarde que les croyants !

Soit, mais alors pourquoi vous vous permettez de vouloir gérer la vie de la cité et vous occuper des affaires strictement politique ? La séparation des pouvoirs se fait dans les deux sens et non pas uniquement dans un sens. "L’État chez lui, les Églises chez elles" ! Occupez vous avec votre théologie, nous nous chargeons du reste et par la volonté politique, on peut transformer le monde et le rendre plus juste.

En tant que Libre Penseur, je ne me satisfais pas de voir tant de gens qui galèrent alors que d’autres en profitent de plus en plus… Notre sagesse n’est pas celle de l’acceptation de la misère et de la souffrance "soignées à coup de Secours Catholique, via le charity business" mais une répartition des richesses, la défense des Droits sociaux et des services publics.

                                                                                         Régis Boussières

 

Publié dans LAICITE

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Amine 23/03/2012 19:33


Excellent billet.


Pourant le principe est simple, qu'ils s'occupent de la théologie et qu'ils nous fichent la paix...!

Mtiness 24/02/2012 22:45


Et oui, Dieu, ou l'un de ces confrères, est partout !


http://www.nogent-citoyen.com/inauguration-de-la-nouvelle-kouba-a-nogent-sur-marne-22/04/2011.html

Roland 23/02/2012 19:25


Bien vu l'ami Régis !


Comment ne pas adhérer à cette analyse certes pessimiste mais d'un réalisme inquiétant ?


Plus que jamais, il faut une risposte laïque, mais attention : pas n'importe laquelle, c'est-à-dire, vous m'avez sans doute compris, pas celle qui semble se complaire avec les "identitaires".