Questionnaire aux candidat(e)s à l'élection présidentielle (suite)

Publié le par Association des Libres Penseurs de France

Triste constat

Au lendemain de la confirmation de leur présence dans l'élection présidentielle, nous avons envoyé à chacun des compétiteurs le questionnaire mis en ligne ici même. Nous nous engagions à publier les réponses de la même façon que nous signalerions leur absence. Aujourd'hui, vendredi 21 avril, dernier jour de la campagne officielle, nous ne disposons que de la réponse de Benoît Hamon. Les dix autres nous ont ignorés ! Voilà qui nous laisse pensifs sur le sérieux des équipes de campagne des candidats qui savent si bien flatter le bon peuple, mais n'ont que mépris pour ces corps intermédiaires tant détestés parce qu'ils exigent autre chose que des généralités ; généralités si faciles à oublier une fois confortablement installé tout là-haut... Comme dirait mon maître Montaigne : « Aussi haut qu'on soit assis, on ne l'est jamais que sur son cul ».

Réponse de Benoît Hamon

 
Monsieur le Président,
 
Dans le cadre de la campagne pour l'élection présidentielle, vous avez souhaité connaître ma position sur la laïcité.
Elle est très claire: je ferai scrupuleusement appliquer la loi de 1905. Toute la loi, rien que la loi. Elle est le fruit précieux d'un savant et riche compromis auquel le Président de la République, en tant que garant des institutions, doit rester fidèle. C'est en tout cas la conviction qui m'animera dans l'exercice de mes responsabilités. Mais je serai aussi le président d'une République bienveillante, dont la force est une source de liberté et d'émancipation, plutôt que de contrainte et de stigmatisation.
Je suis un amoureux des libertés. Ce combat a forgé mon engagement dans la lutte antiraciste et dans mon parcours politique. Ma conception de la laïcité en découle: elle doit être un bouclier des libertés, y compris la liberté de croire comme celle de ne pas croire. La loi de 1905 a fait de l'État, en garantissant sa neutralité, le protecteur de la liberté de conscience de chacun, avec l'idée que c'est à chaque individu de décider de ses croyances religieuses ou de ses convictions philosophiques et de les pratiquer, dans le respect de l'ordre public. Elle protège également contre tous ceux qui veulent au contraire, contraindre les autres, au nom d'un dogme, à pratiquer une religion ou à en appliquer les principes.
Face à l'instrumentalisation des faits divers, des provocations, ou, plus grave, des actes de terrorisme, il faut savoir garder les idées claires et rester ferme tant sur les principes que sur leur application. C'est pourquoi je refuse toute modification de la loi de 1905 qui comprend, tant dans son contenu que dans les principes pratiques qui en découlent, tout l'éventail nécessaire des réponses pratiques qu'il convient de donner aux situations parfois difficiles qu'il faut parfois affronter.
 
De même, je refuse d'envisager tout accommodement avec les pratiques culturelles ou cultuelles qui supposeraient de modifier la loi de 1905. Encore une fois, dans la pratique, beaucoup de problèmes de coexistence ont pu être réglés dans le dialogue ou le rappel des principes. Rien ne justifie de modifier les textes sauf à vouloir les fragiliser de manière délibérée. Je crains même que cela ne soit en fait l'objectif réel de certains qui refusent l'équilibre actuel de notre législation qui démontre encore toute sa modernité.
 
Vous m'interrogez également sur deux autres sujets: l'égalité femme-homme et le droit à mourir dans la dignité.
Sur le premier thème, je l'ai dit, je veux être un président féministe. Je lutterai sans relâche contre les inégalités entre femmes et hommes, les inégalités professionnelles, les stéréotypes, les violences. Je propose de renforcer la lutte contre les discriminations notamment en entreprise, de mieux lutter contre la précarité des femmes, notamment avec le revenu universel. Je propose de mettre en place un véritable service public de la petite enfance avec 250 000 places d'accueil. Je veux enfin éradiquer la lutte contre les violences faites aux femmes. J'ai eu l'occasion de détailler, le 8 mars dernier, ces propositions et d'autres.
Enfin, s'agissant du droit à mourir dans la dignité, je me suis exprimé sur ce sujet il y a quelques semaines devant les militants d'une association. J'ai indiqué vouloir aller plus loin que la législation actuelle, fruit d'un compromis en 2015. Cette loi a permis des avancées importantes mais n'a pas épuisé le débat. Je propose d'aller vers une loi du libre choix.
 
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes salutations distinguées.
 
Benoît HAMON
48 rue du Château d'Eau, 75010 - ParisTel: 01 8531 36 00 contact@benoithamon2017.fr

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F. Delaunay 22/04/2017 13:39

C'est le premier article de l'association que je lis, après en avoir entendu beaucoup de bien.
Je dois dire que je suis déçu par l'introduction et la pauvreté d'analyse vis à vis des équipes de campagne. J'attendais infiniment mieux d'un mouvement historique comme le votre, une pensée plus riche, complexe.
Ce n'est pas une réaction partisane, j'apprécie votre action que je vais continuer de découvrir.
Néanmoins, la première impression ayant son importance je tenais à vous en faire part.
Bonne continuation !