Congrès ADLPF 2015 à Dole

26 Mai 2015

ADLPF A propos de l'ADLPF Congrès ADLPF 2015 à Dole

Discours d’ouverture du congrès par le président  de l’A.D.L.P.F. , Gilles POULET :

Nos travaux vont bientôt commencer, mais je voudrais vous dire un mot de notre cœur de combat : la Laïcité, non que je ne me soucie pas des autres qui sont la libre pensée, la liberté de conscience et l’élaboration d’un corpus athéiste propre à réfuter les pittoresques fariboles des marchands d’arrières mondes.

La laïcité fut, dès la révolution, dans les gènes de la république car il fallait non seulement renverser le monarque de droit divin, mais aussi son allié traditionnel, l’Église, qui ne viendrait pas facilement à résipiscence comme l’histoire l’a montré. La laïcité en France est fondée sur une réelle tension : d’un côté l’état, affranchi des religions, qui s’engage dans la neutralité face aux religions ; de l’autre le respect de la liberté pour chaque individu de croire et d’adhérer ou non à une religion. Dès lors où placer les limites de la liberté d’expression des croyances et de leurs pratiques dans l’espace public ? Tout cela nous est familier et nous ne cessons de prendre position sur tous les sujets qui en relèvent, que ce soient l’école, le concordat, les violations tant de la Constitution qui, rappelons-le, est laïque, que des charcutages de la loi de Séparation du 9/12/1905 – elle a été modifiée plus de nombreuses fois. Il nous faut cependant constater que l’installation d’une nouvelle religion en France, la religion musulmane, remet en question, et puissamment, qui le nierait ?, le schéma devenu jusqu’ici presque routinier du grignotage incessant et pervers. La grande question alors est de savoir si la laïcité doit rester ce qu’elle devrait être, i.e. républicaine ou bien si, comme au Canada, on doit s’acheminer vers des « accommodements raisonnables », ou en d’autre termes, vers un modèle multiculturel, porte ouverte aux communautarismes, fléaux potentiels pour la république car, vous le savez, des activistes instrumentalisent nombre de symboles qui jusqu’ici, parce qu’ils n’étaient pas brandis comme des bannières de guerre, étaient plutôt indifférents et peu visibles : le voile, le halal, les hôpitaux, les piscines, l’école, comme toujours, etc. sont devenus les champs d’une bataille qui ne vise rien moins que de détruire la république telle que nous la concevons. Ici, l’assaut est massif, impatient et furieux, loin des jésuitismes auxquelles les atteintes sournoises à la loi de 1905 nous avaient habitués. Mais cette impétuosité a une vertu : elle réveille les défenseurs de la laïcité. Les voilà mobilisés, enfin !

A l’examen, il apparaît que deux groupes de penseurs se sont constitués qui traitent de ces problèmes de manières différentes sans être complètement antagonistes. D’un côté, les défenseurs d’une laïcité stricte, tels Henri Pena Ruiz et Catherine Kinztler, pour qui la laïcité est un principe de droit politique qui prône et fait fonctionner ensemble la liberté de conscience, l’égalité de tous quels que soient leurs convictions et leur sexe et la mise en œuvre du « bien commun » comme seule raison d’être de l’État. Renégocier sans cesse ce principe ne peut que compliquer l’intégration républicaine des communautés et au final contrevient à l’esprit même du concept de laïcité. Je suis personnellement de ceux-là et je sais que la majorité de l’ADLPF en est aussi, car si nous combattons vigoureusement le communautarisme, nous ne nions pas l’existence de communautés. Nie-t-on la neige quand tombent des flocons ?

 

De l’autre, un groupe d’intellectuels défend une laïcité d’accommodement, tels E. Morin, M. Wieviorka et J. Beaubérot. Ces penseurs défendent l’idée qu’il faut assurément accorder le droit absolu à la liberté d’expression et au blasphème, mais qu’il est essentiel d’autre part de conserver une éthique personnelle visant à ne pas offenser les croyants. Moyennant quoi ils pensent que l’affichage de signes religieux ostensibles correspond à une façon nouvelle d’affirmer sa différence culturelle qu’il faut respecter. Nous constatons, nous, qu’il s’agit plutôt de marqueurs instrumentalisés et ne pouvons en convenir aussi longtemps que le niqab, par exemple, sera, qu’on le veuille ou non, rien moins que la négation de l’égalité homme/femme et une forme d’oppression que la tradition ne saurait expliquer ni pardonner.

Voilà l’état des lieux, mais n’oublions pas qu’il existe aussi de faux défenseurs de la laïcité, des faussaires pervers qui en font une arme anti-islam pour catholiques activistes et qui amalgament laïcité et racines chrétiennes en un magnifique oxymore. Sans oublier tous les autres, plus ou moins déclarés, dont le rêve est la disparition pure et simple du concept même de la laïcité républicaine. Rude combat, n’est-ce pas ? Qui ne saurait nous rebuter ni nous décourager.

Là ne s’arrête pas notre vigilance, il y a un autre combat urgent à mener et sans désemparer, c’est la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’anti sémitisme qui gangrène et empuantit notre société comme une authentique négation de la laïcité et un épouvantable déni d’humanisme. Nous ne devons pas céder aux sirènes de l’opinion assez déboussolée, qui ne le sait ? pour approuver l’opportuniste loi sécuritaire, sans réel garde-fous, sur les écoutes téléphoniques et la collecte de données sur le net.

Motion

Construction d’édifices religieux. Le financement public de la construction d’édifices religieux constitue une atteinte majeure à la loi de 1905 de Séparation des Églises et de l’État. Le Congrès de l’ADLPF réuni à Dole dénonce la persistance de cette pratique par des moyens détournés. La laïcité ne permet pas à l’État de s’immiscer dans les affaires religieuses.

Les associations cultuelles sont détournées par le biais des associations culturelles.

Résolution générale

Après une longue période où être laïque c’était désuet et « ringard », on assiste aujourd’hui à une multiplication des professions de foi républicaine et laïque. On se réjouirait de ce renfort des ouvriers de la onzième heure si la laïcité n’était pas désormais présentée comme relevant du conservatisme, voire de l’extrême-droite raciste, alors qu’elle est la base de l’idéal de progrès social et d’émancipation des individus. La laïcité est un dispositif institutionnel fixant le cadre de la citoyenneté républicaine impliquant le rejet de toutes les discriminations. Les principes de pluri-confessionnalisme, de différentialisme, aboutissent au communautarisme qui consacre l’inégalité de droits en réduisant chacun à une seule de ses particularités (ethnique, nationale, régionale, culturelle, religieuse…).

L’Association des Libres Penseurs de France (ADLPF), réunie en congrès à Dôle le 16 mai 2015

se félicite

du renforcement de la laïcité à l’école (affichage et étude de la Charte de la Laïcité ; journée officielle de commémoration de la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat 1905) ;

de l’abandon de la proposition de loi Tourret contraire à la jurisprudence Baby-Loup ;

de la volonté exprimée d’abolir le délit de blasphème du droit Alsaço-Mosellan.

En revanche, elle condamne les déclarations officielles du pouvoir exécutif allant à l’encontre de la loi de 1905. : document Dutheil (février 2015) et discours du président de la République –« La République française reconnaît tous les cultes » (4 mars 2015) ; « il n’est pas question » de toucher au droit local d’Alsace-Moselle dans le cadre de la fusion des trois régions de l’Est – et du Premier Ministre – « Les églises… un symbole de la France » (avril 2015) ; la formation des imans : « l’Etat veut y mettre les moyens » (mars 2015).

Elle renouvelle son opposition irréductible

au financement public de l’enseignement privé,

au subventionnement public direct ou indirect de constructions d’édifices religieux,

aux subsides et avantages fiscaux accordés aux associations cultuelles, camouflées ou non en associations culturelles.

Elle considère que l’Observatoire de la Laïcité mis en place manque totalement à sa mission, notamment lorsque son président considère qu’il « n’y a pas de problèmes de laïcité en France » ou lorsque cet Observatoire fait des préconisations propres à renforcer et pérenniser les dispositions législatives anti-républicaines du statut particulier d’Alsace-Moselle sous couvert d’harmonisation avec le droit commun.

Elle s’engage à

participer activement aux fêtes initiées par les Comités 1905 pour le 110ème anniversaire de la loi de Séparation ;

combattre constamment le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme et le communautarisme anti-républicain ;

à œuvrer à la mise à disposition gratuite, par les municipalités, de bâtiments publics pour les obsèques civiles ;

à exiger un traitement plus favorable et équitable pour les expressions philosophiques non-confessionnelles dans les media publics ;

défendre les droits des femmes et lutter contre leur asservissement, y compris vestimentaire (le niqab ce tombeau de tissu), les violences qu’elles subissent, y compris celles à caractère « culturel » et religieux (excision) ;

ne pas faiblir sur ses revendications de toujours : abrogation des lois antilaïques Debré, Carle, etc. ; abrogation des statuts particuliers concernant la reconnaissance officielle de religions en Alsace-Moselle et dans les départements et territoires d’Outre-Mer.

Formation du nouveau Conseil d’Administration ( Mai 2015)

Président : Gilles Poulet (en outre, représentant du C.A. à l’UMLP)

Secrétaire : Denis Pelletier (en outre, délégué au Collectif laïque)

Trésorier : Roland Bosdeveix

Déléguée au Droit des Femmes : Sophie Tordjmann

Délégué à la défense des Libertés : François Ledru

Vice-présidente : Annie Buchenot

Secrétaire adjoint : Bido Garcia (en outre, délégué suppléant au Collectif laïque)

Trésorier adjoint : Alain Nebout

Membre du CA : Bernard Denis

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