Et si on rendait le pouvoir au peuple ?

Publié le par Association des Libres Penseurs du Jura

       La tare originelle de la 5ème République est sa mutation, ou plutôt sa régression, vers un système qui relève plus de la monarchie élective que du républicanisme, système dans lequel le peuple est censé détenir le pouvoir à travers la représentation nationale mais aussi une batterie de contre-pouvoirs, expression des minorités ou garde-fou démocratique s’opposant aux éventuels abus de l’exécutif. La 5ème république a acté l’instauration d’un super pouvoir assez peu susceptible d’être perturbé par le Parlement notamment depuis l’alignement du mandat présidentiel sur celui des députés et, ô funeste bêtise !, l’inversion du calendrier des élections qui donne dorénavant des « chambres introuvables » au gagnant de l’élection présidentielle quel qu’il soit. L’opposition n’a plus dès lors que les élections régionales et municipales pour exprimer un toujours possible mécontentement.

Oh ! bien sûr, si « le style c’est l’homme » on a vu chacun des présidents depuis de Gaulle s’accommoder de la fonction à sa manière plus ou moins autocratique, convenons-en. Avec Sarkozy, on a atteint le pic du déni de démocratie. En effet, voilà un petit monsieur qui décide de tout, qui a pratiquement réduit le premier ministre au rang de collaborateur, qui nomme qui il veut où il veut –à l’exception notable sanctionnée par l’échec de la nomination de son fiston à l’EPAD-, qui contrôle la plupart des institutions de la république, même s’il a perdu récemment celui du Sénat (signe des temps à venir ?), bref, un personnage hyper puissant dont le propre camp ne peut infléchir les décisions puisqu’il décide aussi en dernier ressort des investitures des candidats aux élections législatives. On a, à voir se déployer son bon plaisir, l’impression que personne, au tour de lui, ne dispose d’une véritable autonomie de pensée ou alors clandestine ! Comment, du coup, oser montrer du doigt un Guéant sans commettre une injustice flagrante. Le ministre de l’Intérieur, éternel préfet aux ordres, ne fait que répéter et colporter les propos et idées du Chef bien-aimé, psittacisme assumé jusqu’à l’absurde qui montre clairement l’emprise de cet homme sur ses « collaborateurs » comme sur les petits marquis de cour et autres idéologues droitiers énamourés et transis de trouille à l’idée que le conte de fée sarkozien touche à sa fin, mais encore là pour défendre la nouvelle posture du chef, résolument à droite, voire à l’extrême droite, qui broiera à terme ce qui reste de l’école républicaine, de la sécurité sociale, de l’industrie… et de la démocratie et qui vote à tour de bras des lois dont ils n’ont pas eux-mêmes à subir les conséquences.

Voilà planté le décor de ce dont, nous penseurs libres, nous devons nous débarrasser de toute urgence. Ce président est aux ordres de l’idéologie ultra libérale et néoconservatrice, son modèle c’est Thatcher, Reagan et Bush Jr, ses amis sont les riches, les très riches et le Medef et son égérie. Rien ne leur est barguigné, tout est fait pour les contenter. Alors que restera-t-il de notre pays quand, s’il reste au pouvoir, il reproduira la descente aux enfers de la Grèce chez nous au nom de la dette dont nous ne sommes pas les premiers responsables, au nom de la compétitivité qui divisera les salaires, achèvera de démolir le code du travail et poursuivra la destruction des services publics. Que restera-t-il de la France vassalisée par l’Allemagne  de Merkel? Que restera-t-il de notre diplomatie émasculée et fondue dans l’OTAN aux mains des USA et rudoyée depuis cinq ans par une inconstance proprement inouïe. Que restera-t-il de nos armées devenues forces supplétives dans des expéditions lointaines décidées hors de tout contrôle parlementaire réel ? N’a-t-on pas accueilli les Khadafi et autre Bachar al-Assad, tyrans sanguinaires, en grandes pompes quitte à perdre beaucoup de la dignité que conservait la France aux yeux de la diplomatie internationale. Il nous vantera son bilan. Ah ! Les retraites. Ouille ! le bouclier fiscal. Scandaleuses ! les attaques répétées contre la laïcité ! Pouah! la protection des nantis au prix de la misère des petites gens. Horrifique ! le bilan de la lutte ( ?) contre le chômage. Inepte ! le sauvetage des banques privées qui ne font et ne feront que ce qu’elles entendent faire, c'est-à-dire du fric, en dépit du bien commun et de l’aide à l’activité économique. Désolant ! L’état de la Justice et de ses tribunaux. Ahurissant ! le massacre du système de santé. J’en oublie, bien sûr.

Il vous vantera son bilan et nous, nous éventerons l’arnaque et nous dénoncerons sans désemparer la régression programmée de ce pays qui est le nôtre et dont l’histoire dit assez qu’il est révolutionnaire dès lors qu’on piétine son intelligence et son sens de la Justice.

Il nous reste à voter en penseurs libres, mais surtout libres de changer de paradigme de société, libres de penser un avenir plus fraternel et plus solidaire. Libres enfin de reprendre un pouvoir depuis trop longtemps confisqué par une oligarchie jouisseuse, cruelle et égoïste.

                                                                                                                      Gilles POULET


Article du numéro 42 : Libres Paroles

PERIODIQUE DES LIBRES CITOYENS DU SUD-REVERMONT

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